A voir ou A revoir #3 : THE WANDERERS

dans ÉVÉNEMENTS

Les années 60, à New York, dans le Bronx. The Wanderers est le nom d’un gang de jeunes italo-américains. On suit le quotidien de Richie, Joey, Perry, Turkey… autour des rencontres avec les filles, de la fête, des affrontements avec les gangs rivaux, et d’une bande-son rock ’n’ roll.

Le réalisateur Philip Kofman (réalisateur de L’invasion des profanateurs (1978), L’étoffe des héros (1983), ou Soleil levant (1993), et notamment scénariste de trois Indiana Jones) scénarise The Wanderers en compagnie de sa femme. Le film est adapté d’une nouvelle écrite (du même nom et signifiant littéralement « les vagabonds ») par Richard Price, natif du Bronx, en 1974. L’écrivain a également participé aux scénarios de La couleur de l’argent (1986), La Rançon (1996) ou le récent Child 44 (2015). Il est par ailleurs un adepte des apparitions furtives dans la plupart des films cités.

AMBIANCE VISUELLE ET SONORE

Le film de Kofman nous plonge dans un New-York de 1963. Une époque où l’on frimait encore en mâchant ostensiblement des chewing-gums dans la rue, où l’on s’enduisait les cheveux de gomina et où l’on traînait avec sa bande. Une époque où tous ces traits rimaient avec délinquance.

L’ambiance des 60’s et les décors dignes d’un West Side Story sont très bien rendus, accompagnés d’une Bande-Originale comme on les aime, en plein âge d’or du rock’n roll : Ben.E.King, Four Seasons, Dion…

CONSTAT D’UNE ÉPOQUE

The Wanderers désire témoigner de la violence qui gangrène l’Amérique de l’époque, mais aussi de la jeunesse qui cherche ses repères et tente de se construire parmi celle-ci. En effet, le contexte historique et géopolitique est relativement tendu au début des années 60, avec entre autres l’assassinat de Kennedy et la guerre du Vietnam qui bat son plein. Philip Kaufman n’aborde que futilement ce contexte, qui aurait sans doute mérité une place et un impact plus conséquent dans la narration et les personnages. On pense à la scène où la bande des Baldies (au look skinhead) déambulent ivres dans la rue et rencontrent un recruteur de l’armée qui tentent les enrôler afin d’annihiler cette marginalité et décadence.

De même, le réalisateur traite un peu trop superficiellement de l’entrée de cette jeunesse dans la vie réelle, la vie d’adulte. En effet, il aborde trop succinctement plusieurs points tels que la famille (et les responsabilités que cela implique), l’appartenance sociale et ethnique ou encore la reconnaissance et la notion de respect.

Le film dresse un portrait minoratif de la femme de l’époque, souffrant d’un machisme et manquant d’une réelle reconnaissance sociale et humaine. Elle est trompée par son mari, alcoolique, solitaire, mise de côté par son groupe majoritairement constitué d’hommes, ou encore « mise en cloque ». Le seul personnage féminin auquel on accorde une stature plus importante est Nina (joué par Karen Allen, interprétant le rôle de Marion Ravenwood dans la saga Indiana Jones). Cela peut s’expliquer par son répondant mais aussi son charme qui lui fait prendre le dessus sur les hommes jusqu’à se jouer d’eux pour poursuivre son propre intérêt. Cependant, Nina traverse rapidement l’histoire, en ne semant que le trouble et la confusion. Ce constat est illustré par la mésentente naissante entre les membres des Wanderers, avec au premier plan le leader de la bande, Richie. Ce dernier en vient à tromper la confiance de son meilleur ami et remettre en question son union prochaine avec Denise, sa « promise ».

Au sein de cette peinture, la culture des gangs sert à mettre en exergue certaines réalités : la mixité sociale et la haine raciale.

CONTRE-CULTURE & GANG CULTURE

VAGABOND/-ONDE (subst. et adj) :
-(Celui, celle) qui mène une vie sans ordre, sans but, qui ne se fixe pas sur un projet, une idée. […]
-(Enfant, adolescent mineur) qui fait l’école buissonnière, qui fait des fugues, qui rompt les liens familiaux et sociaux pour errer seul ou avec une bande organisée. (source CNTRL)

Vous l’aurez compris, The Wanderers (« vagabonds » en français) met en scène des jeunes en perte de repères. Cette désignation les caractérise comme vivant sans véritable but, s’éloignant du concept de la famille et accordant davantage d’importance à leur groupe social, leur bande. Ces derniers se forment par une même appartenance sociale, ethnique, géographique…

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est le fait que le film et cette recherche de repères sont représentatifs du zeitgeist des années 60-70. Ce terme regroupe les notions qui symbolisent cette période : l’esprit du temps, l’ambiance intellectuelle et spirituelle de celle-ci. Dans l’univers du cinéma américain, la décennie des années 70 symbolise la contre-culture. Cette période qualifiée de « Nouvel Hollywood » aborde des sujets de société et évoque des mouvements de contestation. La jeunesse est souvent mise en scène, se révoltant contre les structures sociopolitiques et évoluant dans une société qui lui paraît plus inquiétante. La génération qui a perdu ses illusions et ses repères se remet en question et cherche des valeurs auxquelles se raccrocher. Les scénarios sont ancrés dans un réalisme et dans les difficultés du quotidien.

Cependant, à vouloir trop vulgariser les codes pour être plus facile à cerner, le film s’engouffre dans certains poncifs. Il n’épargne guère les clichés entre gangs et origines éthiques (les japonais sont des champions de kung-fu, les italo-américains sont hyper-expressifs finissant leurs phrases par « chicken-shit », « fuck » ou « come on », les afro-américains sont victimisés, les skinheads sont les plus agressifs…).

Concernant la représentation de la culture des gangs, le film s’en approche trop brièvement. On est ainsi témoin des différents groupes existants avec leur propre origine ethnique et sociale. Le décor est celui du Bronx, un des endroits les plus insécuritaires de NY à l’époque. D’un point de vue historique, ce quartier s’est ghettoïsé dans les années 60, avec le développement de Manhattan et les loyers en hausse qui y ont repoussé les populations pauvres. Plusieurs communautés (citées précédemment) apparaissent à l’écran et chacune possède ses propres codes, croyances, comportements…

Bien que la bande des Wanderers soit fictive, d’autres présentes dans le film ont réellement existé telles que les Ducky Boys (gang ultra violent qu’on voit rôder autour du terrain de foot à la fin du film) et les Fordham Baldies (skinheads).

REPRÉSENTATION DE LA VIOLENCE

Un point que je trouve important d’évoquer est la représentation de la violence. En effet, celle-ci n’est pas directement montrée à l’écran, on se situe souvent éloigné ou détourné de l’action. La violence repose donc presque entièrement sur la musique omniprésente et la mise en scène suggestive.

Afin d’illustrer ceci, il est intéressant de mentionner l’affrontement, qui est à la fois dans la rue mais aussi dans le sport (bowling, football américain). Ces deux environnements sont mixés à la fin du film, dans une bataille qui se veut épique. Cependant, il n’en ressort qu’une immense cohue qui tourne même la scène d’action en ridicule. Ne vous attendez donc pas à des effluves sanguinolents ou des réelles bagarres, mais il est toutefois intéressant de voir les tenants et aboutissants de ces conflits. Ce décalage avec le réel ne fait qu’atténuer considérablement le degré de violence que devrait ressentir le spectateur et nous offre un teenage movie plutôt qu’un film sur les guerres de gang et l’agressivité engendrée.

Bien que The Wanderers ne soit pas complètement abouti, il reste toutefois très agréable à visionner. La force du film réside dans l’ambiance bien retranscrite des 60’s dans laquelle on se replonge avec nostalgie. Le long métrage possède sans doute la meilleur BO consacrée à cette décennie mythique et symbole de l’émancipation sociale. Il est représentatif de l’état d’esprit contestataire des années 70 et du mouvement cinématographique qualifié de Nouvel Hollywood.

Note : 6,5/10

**

DANS LE MÊME GENRE

The Warriors (Walter Hill, 1980)… qui est également adapté d’un roman (Sol Yurick, 1965) et se déroule également à New York. Le long métrage est sans doute plus violent, mais moins ancré dans la culture de l’époque et davantage kitsch (les costumes, les personnages qui sur-jouent…) lorsqu’on le visionne aujourd’hui.

Outsiders et Rusty James (deux films de F.F.Coppola sortis en 1983)… pour l’ambiance des années 60’s, les conflits entre gangs de jeunes et la perte de repères de cette génération.

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