Popa Chubby @ Rocher de Palmer, 19 mars 2015

dans MUSIQUE

Immense Popa ! Surprenant Popa ! Généreux Popa ! Trois heures de show intenses qui paraissent trop courtes. Autant vous dire que c’est rare. Il y a toujours un vide dans un concert de cette longueur, l’attention chute (quasi-)inévitablement à un moment ou à un autre. Ici que nenni ! Inexorablement hypnotisé par la masse intense qui se démène sur scène, Le Type est aux anges. Habituellement le blues ne m’électrise pas plus que ça, mais ce soir c’est différent. Parce que le blues new-yorkais de Popa Chubby se nourri de rock’n’roll, de soul, de hard rock, de jazz, tout ce que l’artiste a absorbé au fil de sa vie. Après avoir longtemps officié dans le milieu underground de la grosse pomme, il fête cette année ses 25 ans de carrière solo. Né en 1960 dans le Bronx, le jeune Ted Horovitz découvre très vite les Stones, Jimi Hendrix, et autres Cream, et se passionne pour le blues, son style de prédilection. Un blues agressif dont Popa est un des plus fervent défenseur actuel, tout en ne rechignant pas devant le métissage. En résultent des chansons modernes bien sûr empreintes de la sempiternelle poisse du genre, mais très variées.

Quand on arrive devant la salle d’où monte déjà le son souple et gras de sa guitare, elle est bondée. C’est simple, on ne peux pas rentrer. On essaie l’autre côté. C’est pareil, et même pire, ça déborde. On revient à la charge et en se faufilant entre les corps déjà sous emprise on se retrouve dans la fosse finalement assez aérée. Juste en face de Popa Chubby trônant sur son siège, son joujou préféré entre les bras. Ah oui, il aime ça jouer de la guitare notre ami, ça se voit quand il joue, quand il chante, quand il sue. Pour le blues, pour le rock’n’roll, pour la musique, pour sa guitare. Pour son public avec qui il échange volontiers quelques banalités entre les morceaux. Avec “respect” pour mot d’ordre et ligne de conduite, Popa fais résonner son blues urbain et énergique dans tout le Rocher, où le son est excellent. Et il mène ses trois acolytes (basse, batterie, clavier) à la baguette ! En effet, ceux-là ne le quittent pas des yeux et il est clairement le chef d’orchestre ici. Sur un geste de lui ils s’arrêtent ou repartent, toujours à l’affût. Après une excellente petite moitié de concert, dont le dynamique Cafeine And Nicotine, Popa nous balance une belle surprise, ou plutôt quatre. On reconnaitrait entre mille cette intro typiquement stonnienne, voilà “Sympathy For The Devil” sauce Chubby ! Exit les glapissements enjoués de monsieur Jagger, l’arrangement fait la part belle à la guitare et aux aboiements de monsieur Horovitz – ses “Wouh-wouh!” de vieux chien sont fantastiques ! S’ensuit un “Wild Horses” à faire pâlir l’original. C’est chaudement blues et ça fait dresser les poils. Puis “Love In Vein” et enfin “Brown Sugar”, fédérateur bien sûr. Après cet hommage, le groupe revient aux compositions du New-yorkais qui se défoule jusqu’à la fin sur sa six-corde, ses doigts boudinés glissant avec une ardeur insoupçonnable le long du manche, précis et rapides. Et avec un groove des plus entraînant ! Alternant blues lents et rapides, rock’n’roll puriste et influences plus modernes, le groupe nous entraîne dans le monde de la note bleu. Tout n’y est pas rose mais c’est bien sûr ce qui fait sa force. “Rock On Bluesman” est remarquable. C’est un extrait du dernier album d’un Popa enjoué : I’m Feeling Lucky. Un beau bordel, qui nous rassure encore : pour lyncher le blues, il faudra d’abord passer sur le corps de ce mec-là. Ce qui n’est pas une mince affaire… La fête est éclectique et Popa semble ne faire qu’un avec sa guitare. Quand finalement il la lâche, c’est pour s’installer derrière une petite batterie épurée et entamer avec le batteur un duo qui est loin de la pure démonstration “Hey regardez, je joue super bien de la guitare mais aussi de la batterie”. Non, là c’est original, construit et travaillé, sans en faire des tonnes les deux percussionnistes nous offrent un exercice de synchronisation inhabituel ! C’est à voir. L’imposant guitariste s’acharnant consciencieusement sur sa minibatterie, c’est à voir. Et il joue bien ! Il joue droit ! Il est bon.

Le Type tient à saluer les performances non seulement du principal intéressé mais également de ses musiciens, qui ont ont été excellents du début à la fin. On a d’ailleurs eu droit aux classiques solos de basse (assez impressionnant) et de batterie, ainsi que quelques démonstrations vocales du plus bel effet de la part du claviériste. Bref, quand le concert se termine après un langoureux Hallelujah et que les quatre gaillards saluent ensemble, on est content du voyage. Le show marathonien aurait même pu s’étirer un peu plus, tout le monde aurait été content. Mais l’imposant malabar tatoué descend de scène et s’offre à nous pour une petite séance de dédicaces. Le Type s’en va tranquillement, de toute façon il a déjà la fameuse signature sur son billet du 31 mars 2007, date à laquelle Popa était venu au 4 Sans défendre son hommage à Hendrix : Electric Chubbyland. (Je me souviens qu’à la fin du concert il avait fait mine de se jeter dans le public en riant !) Aujourd’hui il n’a pas touché au répertoire de son guitar-hero favori, mais c’est sans regrets. Popa Chubby se réinvente à chaque fois mais Poppa Chubby reste le même, celui qui prend le temps de se frotter à la foule après un concert aussi plantureux et sans doute éprouvant.

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