Jules & Guillaume

Les bordelais du mois #02 – Jules & Guillaume de La Recharge

dans DIVAGATIONS LOCALES

Certes, sur Le Type on a plutôt l’habitude de lire des articles orientés musique, cinéma, série, voire littérature. Une fois n’est pas coutume, dans le cadre de notre série “Le(s) bordelais du mois”, Le Type a souhaité élargir ses colonnes à des initiatives qui, au-delà de la culture au sens traditionnel, font bouger les lignes à Bordeaux, notamment dans le secteur de l’économie sociale et solidaire/collaborative, sujet qui nous tient à cœur. Ainsi Le Type est allé à la rencontre d’un des deux fondateurs de La Recharge. Située à côté de la place Fernand Lafargue, La Recharge est une épicerie qui privilégie les producteurs locaux, le tout sans emballage histoire d’éviter le gaspillage, la pollution et de soutenir l’économie de la région. Bref une bien belle aventure que Le Type a voulu vous faire découvrir en allant à la rencontre de Jules Rivet qui, aux côtés de Guillaume de Sanderval a créé cette épicerie innovante. Interview fleuve.

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Peux-tu te présenter en quelques mots, en nous racontant ce qui t’as amené à fonder la Recharge avec Guillaume ; des convictions ? L’envie de changer de vie ?

Je m’appelle Jules Rivet, je suis un ancien étudiant en finance d’entreprise à l’IAE de Bordeaux. Avec Guillaume, que je connais depuis le lycée, nous avons décidé de monter La Recharge parce qu’on était effarés ; en commençant à faire le tri sélectif, on s’est rendu compte de la quantité énorme d’emballages qu’on pouvait jeter. Essayer de consommer en réduisant ses emballages c’est très difficile, mis à part en se rendant sur les marchés, mais tu ne peux pas tout y trouver. On a donc eu cette idée avec Guillaume en discutant, mais c’était pas forcément sérieux au début. Et puis au fil du temps c’est devenu de plus en plus sérieux parce nos stages dans des grosses boîtes ne nous ont pas forcément plu. On n’avait pas envie de rester derrière l’ordi toute notre vie. Et puis étant passionnés aussi par la bouffe, l’envie de pouvoir travailler avec le terroir, avec les agriculteurs, découvrir de nouveaux produits nous plaisaient. C’est quand même un boulot assez formidable parce qu’on passe notre vie à déguster des produits, à rencontrer des producteurs passionnés par ce qu’ils font, qui nous expliquent autant de choses sur les alcools, sur les fromages, sur le pain ou sur les légumes. Et c’est devenu sérieux après notre stage parce qu’on s’est dit que si personne ne monterait un truc comme ça dans le coin, il fallait qu’on se lance ! Et donc on s‘est retrouvé en septembre 2013 à lancer le projet directement après nos études.

Peux-tu présenter la Recharge pour les gens, bordelais ou pas, qui ne connaitraient pas encore votre épicerie ?

La Recharge c’est donc une épicerie. Une épicerie de quartier ; on s’adresse à la clientèle du quartier. On ne cherche pas à faire venir toute l’agglomération, tout bordeaux, des familles entières etc. ; on cherche à s’adresser à ceux qui habitent le quartier. C’est un quartier assez jeune, assez dense, il y a quand même du monde qui y habite. L’objectif de La Recharge c’est vraiment de réduire les emballages : pour le client pour qu’il ait moins à jeter lui dans sa poubelle mais aussi pour en amont avec les producteurs. C’est vraiment notre différence par rapport aux magasins qui font du vrac, même les bios : nous on cherche à réduire les emballages dès la base avec les producteurs. Il faut donc voir avec eux comment ils peuvent nous livrer dans des bidons ou des sacs qu’on peut leur rendre, etc. C’est ça le plus difficile : trouver des producteurs qui veulent bien jouer le jeu. Et donc ce qu’il n’est pas possible de vendre en vrac – c’est-à-dire la tireuse, les produits laitiers, la confiture – on va le vendre dans des pots consignés.

La Recharge, épicerie de quartier

Avec combien de producteurs travaillez-vous à La Recharge ?

Aujourd’hui on a à peu près 350 références, même un peu plus parce que là en ce moment ça se garnit bien. On a plus d’une cinquantaine de producteurs. On gère tout ça à deux, c’est ce qui nous prend beaucoup de temps dans la mesure où il faut tous les gérer séparément. Il existe bien deux ou trois coopératives qui regroupent mais sinon ce sont des producteurs indépendants.

Comment vous choisissez les producteurs avec lesquels vous allez travailler pour vendre leurs produits ?

Avant de monter le projet en septembre 2013, on a passé environ 8 mois à tout construire : trouver les sous, le local mais surtout trouver les fournisseurs. On a beaucoup bougé en fait et en rencontrant tel producteur, il nous en indiquait un autre, et c’est comme ça de fil en aiguille qu’on a pu avoir un nombre de producteurs suffisant. On est aussi passés un peu par le milieu associatif. Après il existe des annuaires réalisés soit par la Chambre d’Agriculture, soit par le Conseil Général. Après c’est vraiment du travail de terrain : on va sur place et on goûte les produits. Les critères de sélection, ça va d’abord être ceux qui veulent bien jouer le jeu du sans emballage. Ça c’est le premier critère de base, sinon on ne peut pas les choisir. Il y a ensuite la qualité du produit en lui-même : il faut qu’il nous plaise, qu’il soit bon. Et puis également le critère bio dès que c’est possible. Aujourd’hui on a à peu près 80 % de bio. C’est pas toujours facile de trouver du bio localement, car le côté local est une autre contrainte. Ce qu’on peut trouver localement on le prend localement. Après sur la boutique tout est français et plus des trois quarts de nos références proviennent d’Aquitaine.

Quels genres de produits ne viennent pas d’Aquitaine ?

Ça va être sur les céréales pour le petit déj, ou certaines pâtes qu’on fait venir près d’Avignon. Les olives aussi qu’on va chercher à Carcassonne ou le chocolat qui est transformé en Normandie. Mais sinon le reste, dès que c‘est frais c’est que c’est proche, et d’ailleurs le plus important. On réduit ainsi le coût de transport, ce qui nous permet de connaître les fournisseurs. Et en fait c’est assez logique ; le local est venu après. C’est-à-dire que parce qu’on a voulu faire du sans emballage, on a fait du local. Comme on veut réduire à la source les déchets ; si on veut rendre les pots, les bidons ; on ne peut le faire qu’avec des producteurs qui sont à côté. Donc on va pas aller à l’autre bout de la France tous les weekends pour rendre des bidons ou des bocaux.

Du coup vous connaissez tous les producteurs avec qui vous travaillez ; la dimension humaine est donc également importante dans votre démarche ?

Surtout, ce qui est important c’est de pouvoir parler du produit. Donc pour parler du produit il faut parler avec celui qui l’a fabriqué, l’artisan, le paysan, de parler de sa façon de travailler. L’avoir rencontré, aller sur place c’est déjà pour nous passionnant, et ensuite pour pouvoir expliquer le produit au client c’est très important. Les clients sont en effet très demandeurs ; en tout cas dans une épicerie comme la nôtre ils le sont. Sur tous les produits les gens nous interrogent, ils posent plein de questions. Ce qu’ils ne vont pas faire dans un supermarché classique je pense.

Tu parles du client : quel type de consommation les clients de La Recharge ont ? Ils font toute leur course à l’épicerie ou ça va être juste sur des produits bien spécifiques qu’ils vont orienter leur choix ?

Il y a les deux dans le sens où une partie va venir juste pour du dépannage car ils sont juste à côté. Ils vont venir chercher le pain et le lendemain ils vont venir chercher du sucre, ou du sel parce qu’ils en ont besoin. Ils vont venir chercher que les légumes et les fruits. Et à côté de ça il y en a de plus en plus qui viennent faire vraiment un plein, qui peuvent en avoir pour 50, 60 ou 70 euros, mais ça va être juste quelques personnes par jour ; ça va pas être la majorité qui, elle, vient parfois tous les jours. Ils font pas des pleins mais viennent très régulièrement pour chercher juste ce dont ils ont besoin. C’est d’ailleurs pour le client ce qui est important aussi ; le vrac permet de pouvoir choisir la quantité nécessaire. Par exemple si t’as une recette de cuisine pour faire une galette des rois ; tu vas pouvoir acheter juste la quantité de poudre d’amande dont tu as besoin ou au lieu d’acheter 1 kilo de farine de châtaigne, tu vas pouvoir en acheter que 200 grammes, pile ce dont tu as besoin. Donc ça coûte moins cher et ça évite les gâchis.

On a l’impression que les prix des produits de l’épicerie restent tout de même assez élevés ; pourtant normalement une des conséquences de la suppression des emballages et du « consommer local » ne devrait-elle pas justement être la réduction des prix ?

Les clients ne le ressentent pas forcément comme ça, les prix ne sont pas si élevés que ça. Notamment sur les fruits et légumes : on est tout en bio et on arrive à avoir des prix moins chers que le Carrefour Market. Sur les poireaux, sur les pommes de terre, sur les tomates… on a des prix qui sont moins chers que le Carrefour Market d’à côté alors qu’on est en bio et en local alors qu’eux ne sont ni l’un ni l’autre. Donc sur les légumes c’est pas vrai. Après on a des produits sur lesquels on arrive à être pas cher du tout comme sur le savon, les produits vaisselles – enfin ça dépend lequel : on a plusieurs gammes. Sur l’huile d’olive à 6 euros le litre alors qu’elle est bio, on est compétitifs avec le Carrefour. Après bon, évidemment il y a certains produits de qualité qui coûtent plus cher, mais à qualité égale on n’est pas plus cher. C’est pour ça que ça plait aussi : 50 % de notre clientèle sont des moins de 30 ans, des étudiants qui sont sensibles aux prix. Je pense qu’on a peut-être cette image de produits chers mais c’est pas forcément vrai. Quelqu’un qui va venir avec 10 poches en caisse, il peut s’en sortir pour 8 euros. Ça dépend vraiment de ce qu’on achète : le chocolat par exemple va être un peu cher, le fromage aussi. Des pâtes on arrive à en avoir à 3 euros le kilo, mais ce sont des pâtes locales de qualité. Après on a des pâtes qui montent à 18 euros le kilo ; ce sont des pâtes fermières que le producteur fabrique lui-même : il fait sa farine qu’il transforme ensuite. C’est aromatisé, il y a des cèpes, il y a 30 % de farine châtaigne… Voilà, ça ce sont des supers produits, ça n’a rien à voir avec ce que tu peux trouver ailleurs. Et il n’y a même pas besoin de sauce avec donc au final tu fais des économies. Et encore une fois, tu peux t’en acheter juste 200 g pour un repas pour deux ; ça va même pas te coûter 4 euros, ce qui fait un repas pas très cher non plus. Ça peut être une impression qu’on soit cher, mais rapporté à la qualité de nos produits et à notre cahier des charges ça reste intéressant. Après ça reste difficile d’être compétitif avec certains produits qui viennent de l’autre bout de l’Europe, quand nous préférons du local. Ceux qui viennent acceptent aussi cette différence-là.

Y-a-t-il des exemples d’épiceries qui vous ont inspiré à l’étranger, par exemple en Allemagne ou dans d’autres pays sur des modèles similaires ?

Oui mais pas en Allemagne, parce que là-bas ils ont ouvert 15 jours après nous ; c’est juste avant qu’on lance l’épicerie qu’on a découvert qu’ils étaient en train de lancer leur projet. C’est un supermarché en plus. Nous, nous avons construit tout notre projet en s’opposant au supermarché avec tous les défauts que ça a sur les producteurs, sur la façon de faire avec les clients, etc. Après oui, il y a un projet qui nous a pas mal inspiré, c’est celui en Angleterre à Londres qui a fermé depuis qui s’appelait «  Unpackaged ». C’était une épicerie que j’ai pu visiter avant que ça ferme. Ça nous a inspiré, et puis après on s’est un peu inspiré des épiceries qui existaient autrefois. Avant les années 1950 il n’y avait pas le plastique et ça changeait les choses. On s‘est donc renseignés sur comment on vendait avant : la crème à la louche, des yaourts dans des pots en verre consignés… Et puis après on regarde ce qui se fait aussi dans des pays du sud où ça va être beaucoup plus en vrac. Après c’est surtout du bon sens. On a vraiment construit ce projet, ce lieu, comme celui dans lequel on espérait pouvoir consommer.

Justement, tu critiquais les supermarchés par rapport au producteur ; comment se déroule la rémunération chez vous, le partage du bénéfice par rapport au producteur ? Ils sont mieux rémunérés que lorsqu’ils s’adressent aux supermarchés ?

Oui car c’est de la vente directe, il n’y a donc pas besoin d’intermédiaire. On ne leur achète pas par container entier. Nous on s’adresse aux petits producteurs. Pour le prix on leur fait confiance ; ils nous proposent un prix que eux estiment juste et nous on se calle là-dessus sans chercher forcément à négocier. On estime qu’ils ne vont pas mettre trop haut ni trop bas mais le prix juste pour eux. Je pense que nous payons un peu plus cher nos produits que ne le paient les grandes chaînes ou les magasins bios en général du fait que nous n’avons pas le même pouvoir de négociation.

Tu as parlé tout à l’heure de l’âge des clients ; y-a-t-il un portrait-type du client de La Recharge ?

C’est difficile à dire, il y a vraiment de tout. Des retraités le matin, des mères de famille avec leurs enfants entre midi et deux pour le déjeuner, et le soir on va avoir beaucoup de jeunes, des étudiants. Il y a vraiment de tout. Par contre la spécificité c’est que ce sont des gens du quartier. Il n’y a pas de grandes familles parce que généralement elles n’habitent pas dans le quartier et il est difficile de se garer dans le coin si on ne vient pas du quartier.

On sent un certain engouement autour des thématiques de relocalisation et des circuits courts, est-ce que vos clients vous le font comprendre et trouvent dans la Recharge une véritable réponse et alternative à la société de consommation ?

Oui je pense. C’est d’ailleurs pour ça que l’on a construit ce projet. On a essayé de faire un endroit pour éviter tous les désagréments de la distribution traditionnelle. Les clients nous disent beaucoup que quand ils retournent dans des supermarchés il y a pleins d’emballages et on ne voit même plus les produits que l’on achète. Le fait de savoir d’où nos produits viennent c’est très important pour eux aussi. Plus que le fait que ce soit bio. Ils apprécient le fait de savoir que ça vient de tel producteur, originaire de telle commune, auquel parfois ils peuvent s’identifier. Ce qui est bien également c’est que les gens jouent le jeu de rapporter leurs emballages. Au début il y avait peut être seulement un tiers des personnes qui les rapportait et aujourd’hui on est à plus de la moitié ! Ce n’était pas gagné d’avance on ne savait pas à quoi s’attendre !

En ce moment, on parle beaucoup de ce que l’on appelle « le septième continent ». Neuf millions de tonnes de plastiques sont jetés à la mer chaque année. Finalement, as-tu l’impression qu’il y a une réelle sensibilisation ?

Surtout que l’on voit de plus en plus de paquets qui sont dans des paquets, des emballages fraîcheurs, … Peut être que le consommateur est demandeur aussi mais je ne pense pas que ce soit la majorité. Je ne me rends pas bien compte de qui va dans les supermarchés vraiment. Mais pour répondre à ta question, oui c’est de plus en plus médiatisé je pense et il y a de plus en plus de gens qui prennent conscience que c’est un énorme gâchis. Parfois il y a même beaucoup plus d’emballages que de produits dans le paquet !

Du coup, vous vous inscrivez dans la démarche d’économie circulaire ?

Oui dans le sens où l’on réutilise tout, où l’on revalorise … Les gens rapportent leurs cagettes, leurs bocaux, …

Le 1er Mars 2015, un décret de loi sur l’obsolescence programmée, qui pousse à la surconsommation et crée de nombreux déchets, est entré en vigueur. Il vise à mieux informer le consommateur sur la durée de disponibilité des pièces détachées d’un produit en cas de panne. Tu penses que c’est juste une mesure politicienne ou il y a une réelle volonté de changer les choses au niveau du « pouvoir » ?

Ce n’est pas un sujet que je connais très bien. Mais je sais qu’il y a aussi l’interdiction des sacs plastiques qui a été votée, ça devait entrer en vigueur bientôt, je ne sais plus trop où ça en est [cette loi a été votée en octobre 2014, l’adoption définitive est prévue pour le printemps 2015, et doit entrer en vigueur en 2016 ; elle interdira l’utilisation de sacs plastique à usage unique, ndlr]… Donc oui je pense qu’il y a quand même une prise de conscience. Mais ça coûte cher à la collectivité le traitement des déchets, dans nos impôts locaux ça représente une énorme partie. Donc le politique est finalement concerné, comme il veut faire des économies c’en est une aussi. Il y a aussi de plus en plus de communes qui vont commencer à taxer les gens en fonction du poids de leurs poubelles, ça va dans le bon sens. Après, encore faut-il avoir le choix de pouvoir réduire ses déchets, c’est pas forcément évident. Donc nous à La Recharge on essaye de donner ce choix là aux gens, à eux de jouer le jeu ensuite. Mais je pense aussi que le politique fait beaucoup d’annonces. Je crois davantage à l’initiative privée, aux associations… Mais je suis également conscient qu’il y a des choses qui ne peuvent passer que par le politique. Mais c’est vrai que souvent t’es désespéré, tu te dis que ça ne bouge pas aussi vite que ça le devrait.

On a vu que pour financer votre projet vous avez fait appel à KissKissBankBank…

Une petite partie seulement pour financer notre balance et ça a bien pris ! C’est ça aussi qui a lancé la comm’ !

La balance de La Recharge, financée par le crowdfunding
La Très belle balance de La Recharge, financée par le crowdfunding

 

Du coup, on parlait de KissKissBankBank parce que le crowdfunding est vraiment dans l‘air du temps. Vous êtes vraiment dans une démarche engagée dans tous les aspects de votre projet ?

Oui parce qu’il nous semblait important de faire participer les gens et on continue d’ailleurs en leur demandant tout le temps leurs avis. Que ça soit collaboratif c’est important je pense. On ne fait pas ça que pour nous donc pour que ça marche il faut que l’épicerie leur plaise, qu’ils trouvent les produits qu’ils veulent… Les clients se sentent aussi chez eux ici !

C’est marrant parce qu’on avait l’impression que par rapport à une AMAP ou un supermarché coopératif (un va d’ailleurs ouvrir en 2016 à Bordeaux sur le modèle du Park Slope Food Coop de Brooklyn), l’implication des clients dans la structure était moindre chez vous. Mais finalement tu viens nous dire le contraire ?

Non elle est forcément un peu moindre dans la mesure où ils ne vont pas passer des heures à venir travailler. Mais ils ont envie de participer, ils nous demandent souvent s’ils peuvent participer bénévolement. Bon évidemment c’est compliqué, on reste une entreprise, on ne peut pas embaucher comme ça. On reste une épicerie, l’objectif c’est d’aller vite, l’associatif ça peut parfois prendre du temps. Pour des questions d’efficacité ça peut parfois être dur de faire participer tout le monde dans le travail. Ce n’est pas le but. Notre différence avec une AMAP ou la « Ruche qui dit oui » c’est que c’est beaucoup moins contraignant. Il n’y a pas d’engagement, ils ne sont pas obligés de venir tel jour à telle heure, il n’y a pas de précommandes, il y a souvent plus de choix… Je pense surtout qu’on est complémentaire de ces structures.

Même sans fidélisation vous arrivez à garantir un revenu régulier aux producteurs ?

Oui parce qu’on a quand même des clients très fidèles. 70% des gens qui viennent dans l’épicerie on les connaît, ce sont des réguliers. Et on vend quand même beaucoup. Pour certains des producteurs avec qui l’on travaille c’est hebdomadaire voire quotidien. Après on n’est pas engagé par contrainte, on est une petite épicerie. S’il y en avait plus c’est sûr que la production locale irait beaucoup mieux. C’est pour ça que je disais qu’on est complémentaire des AMAP et toutes les structures de ventes directs.

Complémentaire mais pas concurrent donc ?

Ah oui on est complémentaire. On a plein de clients qui sont adhérents dans des AMAP et qui viennent chercher d’autres produits qu’ils ne trouvent pas là-bas chez nous. Par contre je nous vois plus concurrents avec les Carrefour Market. J’aimerais vraiment convaincre les gens qui y vont qu’on n’a pas des prix plus chers, qu’on fait du local, du bio, c’est mieux pour la planète… C’est pas que pour nous parce qu’au final on a beaucoup de clients déjà. Mais bon je me demande toujours pourquoi certains vont encore dans des supermarchés !

En même temps le profil de la personne qui va au supermarché, de manière générale, c’est quelqu’un qui n’est à priori pas sensible à ces problématiques. Tout le travail de sensibilisation est à faire …

En fait, le concurrent le plus proche c’est surtout le marché je pense parce que c’est tous les jours… Mais en même temps sur le marché il doit y avoir seulement 20 % de produits vraiment locaux. Même aux Capucins, ce ne sont que des revendeurs, ça vient du marché d’intérêt national de Brienne [pôle d’importation et de distribution en gros de produits alimentaires situés dans des locaux de 50 000 mètres carrés sur les quais de Paludate, ndlr], de toute l’Europe ….

La plupart des lieux « alternatifs » sont situés dans des quartiers précis (Saint Paul, Saint Pierre, Saint Eloi …) où l’on sait qu’il y aura une demande sensible à toutes ces questions. Le véritable défi n’aurait-il pas été de s’implanter dans un quartier un peu plus populaire ?

En même temps pour qu’une épicerie marche en centre-ville, où les voitures ne peuvent pas accéder, il faut qu’il y ait du monde qui y habite. On a donc choisi ce quartier parce que c’est un des plus denses de Bordeaux. Mais on a passé un mois à visiter des locaux dans tout Bordeaux. Aussi bien à Saint-Augustin, qu’aux Chartrons, que vers Victoire ou encore Fondaudège et Judaïque. Après dans des quartiers comme Saint-Michel ils ont déjà leur marché ou les Capus. Il faut aussi regarder la concurrence quand on s’implante.

Le choix de la classe sociale assez homogène n’a pas joué dans le choix de votre emplacement ?

Je ne pense pas qu’on ait raisonné de façon sociologique. On s’est retrouvé ici parce que le local était parfait, c’est le dernier qu’on a visité et c’est mon quartier depuis quatre ans donc je le connais bien et je m’y sens bien. En plus, la rue est sympa avec des petits commerces, c’est bien desservi par le tram, ça vient d’être rénové et il y a du monde qui y habite. On a aussi hésité avec les Chartrons, bon le public est un peu le même c’est vrai, mais aussi avec Judaïque où ce n’est pas tout à fait le même profil. Mais on se pose plein de questions : est-ce que La Recharge marcherait en milieu rural, dans une petite ville… Ici c’est un quartier un peu bobo c’est vrai mais je ne pense pas que l’on ait que ça. C’est un quartier où il y a plein de logements sociaux aussi, et la majorité des gens que tu vois dans les bars ou cafés du quartier ils ne viennent pas d’ici. A La Recharge on a vraiment tous les profils : des mères de familles, des retraités, des jeunes, c’est mélangé ! Mais bon c’est sûr que c’est pas par hasard qu’on se retrouve là et que ça marche. Le but aussi est que ça fonctionne. On veut montrer que c’est un modèle qui marche.

Et en ce qui concerne Bordeaux, tu penses que c’est une ville sensible à tous ces modes de consommation alternatifs ?

Oui comme dans toutes les grandes villes jeunes et étudiantes je pense. Comme Toulouse, Montpellier, Nantes ou Rennes. Après c’est vrai que depuis un an quand même je n’ai pas trop le temps de suivre tout ça. Ce qui est bien c’est qu’il y ait des initiatives, après ça marche ou ça ne marche pas, mais l’important c’est qu’il y ait des gens qui essayent des choses.

C’est quoi l’avenir de La Recharge ?

Pour le moment il y a encore des produits qui nous manquent et que l’on recherche comme le lait de vache dans des bouteilles consignées, on aimerait bien aussi proposer de la viande, des jus de fruits,… C’est long et on a plein d’exigences, le sans-emballage, le bio et le local. On a aussi lancé des cours de dégustation le lundi après-midi qui durent cinq heures avec un ingénieur agronome. C’est intéressant aussi bien pour nous que pour les clients de savoir ce que l’on mange, comment c’est fabriqué, qu’est-ce que ça nous apporte …

 Le site internet de La Recharge, plein d’infos, des recettes…

Aro.R & Laurent.B

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