Déportivo + Escobar @ iBoat, 11 février 2015

dans MUSIQUE

Déportivo c’est un groupe de rock français qui chante en français. Ce genre de prestation est assez rare sur le devant de la scène pour qu’on le précise. Sans doute parce que c’est un exercice difficile. Car en plus de la musique, qui se doit d’être bonne, il faut s’attacher à écrire des textes qui sonnent. Une suite de mots qui a un sens (même le plus obscur) tout en s’accordant avec le bruit qu’il y a derrière. Le ton fréquemment mielleux et affecté ainsi que les textes trop souvent bateaux des interprètes m’ont tenu relativement à l’écart de cette scène ; qui mériterait pourtant qu’on la défende patriotiquement ! En fait, Jérôme de Déportivo est un des rares dans l’hexagone à tirer son épingle du jeu. Surtout, le choix de la langue maternelle est à saluer à l’heure de la mainmise anglophone sur toute la “pop music”.

Quand je suis arrivé à l’iBoat ce mercredi 11 février 2015, j’étais en retard. C’est dommage, parce que les trois beuglantes d’Escobar que j’ai donc à peine eu le temps d’encaisser était solides. Escobar c’est un duo limougeaud qui fait du rock’n’roll énervé, très “garage” dans le son. C’est sale, gras, y’a du grain et c’est tant mieux. Sans révolutionner le genre – difficile à deux – les chansons sont bien écrites et interprétées, les deux jeunes compères s’amusent en transpirant. Un set parfaitement maitrisé alors qu’ils viennent de se séparer du troisième larron, je suppute un bassiste. Ici l’octaveur fait le boulot, même si c’est le strict minimum. Et de toute façon là, maintenant, on ne cherche pas forcément le groove – en outre le batteur s’en sort très bien – mais la puissance et l’énergie. C’est réussi ! Je regrette de ne pas être arrivé plus tôt. La prochaine fois qu’on me promettra “un cerbère à deux tête, encore ensanglantée du festin de la troisième”, je serai à l’heure. On se rattrape avec leur premier album, qui vient tout juste de sortir.

Quand Déportivo arrive et investit tranquillement la scène, on sent le groupe qui a de la bouteille. Peut-être même quelques verres dans l’nez. Jérôme est d’humeur badine et Richard et Julien le suivent avec plaisir. Première impression, avant même les premières notes : malgré leur franc succès hexagonal, les trois Franciliens sont et resteront un groupe de potes. L’ambiance est décontractée, à l’image de la marinière de Richard. La suite confirme, les titres s’enchaînent dans la joie et la bonne humeur. Le gentil punk-rock de leur premier album Parmi Eux (10 ans déjà !) est à l’honneur, ainsi que les nouvelles créations du plus récent Domino auto-produit. Le petit comité de l’iBoat est appréciable, voilà un groupe qui a su rester proche de son public et dans une petite salle comme ça, cela se ressent directement. Musicalement on se sent obligé de penser à Luke, je pense que la comparaison est inévitable. Même si on a ici un côté résolument plus brut, plus direct et énervé. Dans la moiteur de l’entrepont, la première demi-heure est presque transcendante, on se surprend à hurler les refrains avec eux. La deuxième est aussi bonne, mais en fait… c’est la même ! La formule commence a lasser et on se rend compte que tout ça se ressemble quand même énormément. Les mêmes constructions, les mêmes suites d’accords. Heureusement, Julien dégaine son kazzoo à point nommé. Ils s’amusent, on rigole, la machine est relancée et les chansons suivantes sentent bon la sueur sincère. Jérôme se risque même à chambrer les bordelais : “Profitez bien de votre ville, bientôt il n’y aura que des Parisiens ici ! […] Puis il y a un groupe de chez vous qu’on aime bien… Téléphone !” Avant de chanter un passage des “Écorchés” sur l’air de “Cendrillon”. Un vrai boute-en-train. Au retour de rappel il s’installe derrière les fûts et entame un léger solo maladroit pendant que Julien justifie : “Il vaut mieux que ce soit lui à la batterie que moi au chant”. Rappel donc, trois chansons qui déménagent comme Déportivo sait finalement très bien le faire. Et on s’arrache !

On a vu ce soir un groupe qui a su garder la fraîcheur et la spontanéité de ses débuts, tout en y mêlant un professionnalisme certain et un sens de la scène qui fait plaisir à voir. Le mot de la fin pour la voix de Jérôme que j’ai trouvée plus vibrante que sur les enregistrements studio, et sa façon de la distordre en fin de phrase qui m’a beaucoup plu. C’est tout ce que Le Type avait à dire.

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