Chassol l’harmonisateur du réel

dans MUSIQUE

Chassol

L’harmonisateur du réel a encore frappé, et signe avec Big Sun une nouvelle œuvre passionnante, entre album et film au cœur de la Martinique, venant clôturer une trilogie entamée à la Nouvelle-Orléans 4 ans plus tôt.

Plonger dans l’œuvre de Christophe Chassol peut s’avérer être une expérience particulièrement savoureuse pour qui est épris de musique mais regrette le manque de prise de risque et le consensus artistique relativement mou qui règne dans le paysage musical français. Mettant son talent au service de la musique depuis les années 1990, ce français de 39 ans a d’abord beaucoup travaillé pour la télévision et le cinéma, format lui permettant une certaine liberté et débridant sa créativité (il dit être inspiré par les films de Louis Malle et de Johan Vander Keuken). Virtuose touche-à-tout (multi-instrumentiste, arrangeur…), doté de l’oreille absolu, Chassol a également croisé la route d’artistes tels que Phoenix ou Sébastien Tellier. En 2012 il sort un album, X-Pianos, qui sera signé sur le label Tricatel, maison qui l’accueille encore aujourd’hui ; déjà sa propension à développer une musique originale qui ne s’accommode d’aucune étiquette et passionnante se laissait percevoir.

En 2011 sort le premier opus de sa trilogie ultrascores, Nola Chérie, qui a pour fil rouge l’exploration d’une méthode dite d’« harmonisation du réel ». Il s’agit de mettre en musique le monde tel qu’il se vit ; capter les sonorités du quotidien et en retranscrire les notes, liant le tout par des arrangements qui en font des mélodies à part entière. Son travail d’harmonie se double d’un travail de vidéo, qui accompagne bien souvent sa musique, à l’instar de Big Sun sorti ce 9 mars. Cet opus clôt sa trilogie commencée donc il y a 4 ans avec la Nouvelle-Orléans créole, et poursuivi en Inde avec Indiamore en 2013. Chaque étape propose un voyage dans ces zones du monde avec des rencontres de locaux, des animaux, des éléments naturels, tout étant prétexte à être harmonisé. A la fois disque et film, Big Sun s’inscrit dans cette même logique, s’attaquant cette fois-ci à la Martinique. Des chants d’oiseaux, des gens qui jouent au domino, un flutiste au milieu d’un cimetière, des bribes de conversations, un voyage dans la jungle, un carnaval ou le bruit de la pluie : chaque élément croisé se prête au jeu de l’harmonisation pour cette sorte de musique concrète 2.0.

En 2012, reprenant un extrait de discours du président américain Barack Obama, il s’empare d’une phrase et compose par-dessus une mélodie qui, répétée à l’envie et agrémentée de suites d’accords enrichis, donne un assez bon aperçu de la créativité et de l’ingéniosité du personnage. S’emparant du réel pour en modifier les contours, Chassol expérimente et joue, avec pour terrain de jeu le spectre sonore, les harmonies et les textures musicales qu’il manie avec grâce. Chassol s’inscrit dans cette lignée d’artistes qui débordent du cadre, changent les paradigmes musicaux et contribuent à faire avancer les choses vers le haut en décloisonnant les genres et en faisant fi de tout format préconçu tant son œuvre apparaît inclassable. Tel est le sentiment à l’écoute de Big Sun, entre fascination et interrogation, à l’heure où il est de bon ton d’accoler un genre musical à chaque nouvelle sortie d’album : une œuvre rafraîchissante, universelle et intemporelle en somme.

chassol-big-sun-album-coverLabel : Tricatel
Sortie : 9 mars 2015

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