A voir ou à revoir #2 : CHARLIE COUNTRYMAN

dans ÉVÉNEMENTS

Sortie (trop) discrètement au cinéma le 14 mai 2014, il est désormais disponible en DVD/VOD. Ce long métrage d’1h48 a été diffusé par DistriB Films qui une fois encore prend le pari de sortir en salles, un film osé, original, décalé, possédant une identité propre. Et on ne souligne jamais assez le travail de certains distributeurs pour cela.

LE PITCH

Charlie Countryman (Shia LaBeouf), dont la mère (Melissa Léo) vient de décéder et apparaît depuis lors dans ses visions, lui conseille de prendre son sac de voyage et son destin en main direction Bucarest. C’est le début de péripéties haletantes et stupéfiantes (dans tous les sens du terme).

[Comme pour le précédent article consacré à Snowpiercer, la bande-annonce raconte la quasi totalité du film en 2 min. Vous êtes donc avertis.]

Un casting surprenant

Un réalisateur suédois inconnu  du grand public mais à suivre. Fredrik Bond n’a pas une biographie cinématographique très étoffée. Celui-ci est originaire de la publicité (comme celle-ci assez vitaminée pour Heineken), et Charlie Countryman est sa première incursion sur grand écran.

Côté acteurs, la distribution est relativement riche, bien qu’un peu surprenante. En effet, les personnages censés être des roumains sont interprétés entre autre par Evan Rachel Wood (Américaine), Mads Mikkelsen (Danois) et Til Schweiger (Allemand). On note aussi la présence de Melissa Léo, Rupert Grint et Vincent d’Onofrio au générique.

Il ne manquerait plus que le film soit en réalité tourné au Liechtenstein et on aurait une version ciné de Nice People (vous vous souvenez la télé-réalité version le loft story mixité européenne diffusée sur M6 en 2001).

Climat visuel et sonore

Parlons justement de cet univers et du rôle central apporté par la musique. Celle-ci est composée par Christophe Beck, artiste prolifique dans le milieu du cinéma : la trilogie Very Bad Trip, Edge of Tomorrow, La Reine des Neiges, Crazy Stupid Love. Elle installe d’entrée l’atmosphère en alliant paradoxalement une certaine rythmique empreint d’une douce mélancolie. On pénètre alors dans un thriller à la fois adrénalique et décalé, mais aussi dans une romance à l’état brut.

Le cinéaste suédois élabore de cette manière un véritable climat sonore mais aussi visuel, invitant le spectateur à plonger dans cet univers burlesque et à se laisser guider par les péripéties, à l’image du personnage principal. La pellicule est alors envahie par des jeux de lumière, de couleurs saturées et une caméra qui tangue par moment. Elle rappelle légèrement dans ce sens un Slumdog Millionaire version Europe de l’est saupoudré par quelques hallucinogènes. Cette mise en scène marque le côté surréaliste et psychédélique de l’histoire et des personnages. Le réalisateur nous livre une vision tantôt cauchemardesque tantôt poétique de cette région. On navigue ici dans ce qu’on qualifie de « réalisme magique », établi par la critique d’art du début du 20ème siècle. Il s’agit d’éléments perçus comme magiques et irrationnels apparaissant dans un environnement défini comme réaliste. La réalité telle que nous la connaissons devient un lieu de manifestations oniriques.

Grâce à cette mise en scène envoûtante et entraînante, le film devient par moment un feel good movie dans la sueur et la drogue, arpentant les ruelles sombres et les lumières de la ville de Bucarest. En somme, on se doute que ce long métrage n’est pas particulièrement soutenu par le ministère du tourisme de la Roumanie

Le film est construit comme un chemin improvisé dans les méandres de la ville. Le spectateur accompagne Shia LaBeouf dans ses mésaventures et déboires, livré au libre arbitre des péripéties. Au cours de son périple, son destin est fait de rencontres improbables et plus ou moins avenantes.

Acid-love-trip in Bucarest

Charlie Countryman c’est avant tout une histoire sur le destin et l’amour. L’amour entre deux êtres endeuillés, cherchant du réconfort, une raison de vivre et un axe pour aller de l’avant.

Shia LaBeouf qui a le look du « rom hispterisé »  incarne un personnage naïf, sympa, attachant, loyal, à la recherche d’une ouverture d’esprit, d’une voie. Il trouve l’amour au 1er coup d’œil en tombant sur une Evan Rachel Wood, interprétant une roumaine froide, torturée et esseulée suite au décès brutal de son père. On pourrait se risquer à citer l’éminente penseuse Rihanna et son œuvre musicale intitulée Diamonds pour illustrer la situation.

You’re a shooting star I see,
A vision of ecstasy
When you hold me, I’m alive
We’re like diamonds in the sky

En parlant d’ecstasy, Shia LaBeouf ne fait pas semblant. L’acteur aurait d’ailleurs tourné ses scènes sous LSD afin de donner un rendu plus crédible.

Finalement ce personnage, venu chercher une sorte de liberté et une maîtrise de son destin en traversant l’Atlantique, est dominé par la tournure des événements et les actions des autres personnages. On est séduit par l’enchaînement des tribulations procurant une certaine fougue et effervescence. Tous ces éléments font qu’on a envie d’y croire et de se laisser enivrer dans la moiteur de ces rues, customisées aux aléas des situations décalées.

Conclusion

Comme vous l’avez compris Le Type vous conseille ce film prenant. Au terme de cette histoire à la fois frénétique et enchanteresse, la transcendance narrative produit un conte candide abordant l’innocence de la vie, des rencontres et de l’amour.

On attend donc avec impatience de voir la prochaine réalisation de Fredrik Bond. En attendant, vous reprendriez bien un peu d’ecstasy ?

Note : 7/10.

**

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Little Big Man (1970)… pour le héros principal un brun naïf et dominé par les rencontres, l’impliquant bien malgré lui dans des événements hors du commun.

Cours Lola Cours (1998)… pour la course effrénée d’un personnage en milieu urbain.

Slumdog Millionnaire (2009)… pour les lumières excessives et la saturation des couleurs donnant paradoxalement au décor une apparence attrayante.

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