Le grand retour de Rone avec “Creatures”

dans MUSIQUE

Après le succès de son album « Tohu Bohu » (InFiné, 2012), unanimement salué par la critique, Erwan Castex, de son vrai nom, s’était fait discret. Rien d’étonnant chez ce jeune homme au tempérament réservé et au talent incommensurable. C’est pour le plus grand bien de nos oreilles qu’il nous revient, en ce début d’année, avec « Creatures » sorti sur son label de toujours InFiné. Ecoute et critique.

Crédit photo : Erwan Manchec pour Beware Magazine

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Cover de "Creatures" de Rone, artwork signé par sa compagne Lilly Wood
Cover de “Creatures” de Rone, artwork signé par sa compagne Lilly Wood

« Le producteur électronique le plus talentueux que la France nous ait donné ». Voilà comment de nombreux médias parlaient de Rone. Pour comprendre le génie de cet artiste (dont le talent lui a permis de se produire dans les clubs les plus prestigieux comme le Berghain excusez du peu), il faut se plonger dans ses inspirations. Ayant fait des études de cinéma, c’est donc par cet art qu’il s’introduit à la musique avec notamment la BO d’« Ascenseur pour l’échafaud » composée par Miles Davis ou encore avec la bande son d’«India Song » réalisée par Carlos d’Alessio. Puis arriveront des influences aussi éclectiques qu’exigeantes comme la musique contemporaine d’Erik Satie, l’IDM d’Aphex Twin, le rap de Group Home ou encore la voix torturée de Billie Holiday. C’est très certainement dans ces brillants prédécesseurs que l’on doit trouver la réponse au questionnement sur la provenance de son génie inventif.

Avec « Creatures », Rone revient encore plus fort. Il arrive à aller au-delà de l’electronica, dans lequel il excellait, pour nous surprendre avec des sonorités qui restaient jusqu’alors inexplorées chez lui. Pour nous mettre l’eau à la bouche il nous avait fait patienter en nous dévoilant deux extraits ces derniers mois avec « Sir Orfeo » et surtout « Ouija ». Une symphonie de synthés agrémentée de glitch. On a, sur ce morceau, comme une impression de montée en puissance avec, après chaque break, un élément sonore supplémentaire. On peut aussi noter la présence d’un instrument étrange qu’on appelle “thérémine” et qui a la particularité d’émettre des sons différents sans que l’artiste ne touche l’instrument.

Néanmoins, comme dit précédemment, avec cet opus il ne se contente pas de s’enfermer dans le carcan de ses expérimentations habituelles. Il va dans des univers presque « pop » (signalons tout de même l’importance des guillemets) et très acoustiques en multipliant les collaborations. On retrouve d’ailleurs pas moins de huit featurings sur les douze tracks que compte l’album. Parmi ces nombreuses collaborations on notera pour les noms les plus célèbres ceux d’Etienne Daho ou encore celui de François Marry le leader de François And The Atlas Mountain. Plus original on peut également signaler la présence entre autres du violoncelliste Gaspar Claus sur « Freaks » ou celui du trompettiste Toshinori Kondo sur « Acid Reflux ». Un véritable album de contraste bien résumé par cette phrase où il dit vouloir « faire sonner les sons électroniques comme s’ils étaient acoustiques et les sons acoustiques comme s’ils étaient électroniques ». Un des plus beaux morceaux de l’album est aussi l’un des plus intimes. Il a été réalisé avec son ami le producteur franco-libanais Bachar Mar-Khalifé (signé sur InFiné également). Des voix aériennes, une avancée crescendo, des samples des cris de sa petite fille, …

« Creatures » est l’album du mélange, de la rencontre des genres, de l’échange, de la prise de risque. Celui d’un prodige de l’électro qui se satisfait certainement de rester dans l’ombre mais qui mériterait pourtant mille fois d’en sortir. Un esthète qui sait s’entourer d’artistes aussi sourcilleux que lui. Ce qui lui permet d’accoucher sur cet album de pleins de belles petites créatures. Délectez-vous de cet album qui est, à la fois, une expérience des sens, une ode au partage et d’une intimité touchante où la candeur de Rone s’exprime enfin.

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