Martin Mey, du scotch et de l’harmonie

dans MUSIQUE

« Je vais essayer de pas te raconter toute ma vie. » Le Type aurait secrètement bien voulu, c’est un peu là l’essence de la musique de ce jeune artiste originaire de Marseille. Il assume ouvertement que ses textes soient personnels mais c’est là toute la sensibilité du projet. Sa musique a beau être centrée sur lui, elle nous parle, elle nous touche sans être forcément puissante. Voire pas du tout d’ailleurs, la musique de Martin Mey ne fait pas dans l’intensité par la puissance mais par l’harmonie des voix et des sons pour porter des textes intimes.  

La rencontre se passe à la Maroquinerie. Pour une fois, Le Type est à l’avance. Il prend le temps de répondre à quelques coups de fil, fumer des clopes mais finalement le froid a raison de lui, il entre dans le restaurant de la Maroq’ (pour les intimes) juste à temps pour voir Martin en live acoustique. C’est une live-session pour le site We Love music. Pour se la jouer soft et pro – parce que Le (dark) Type n’est pas du tout connu de la Maroquinerie – Le Type prend un Coca et mange des olives en attendant son interview. L’échange qui s’est alors entretenu ensuite était à la fois chaleureux et angoissant. Chaleureux parce que Martin prend le temps de répondre juste et franc. Angoissant parce que Le Type n’a que 10% de batterie pour parler du projet, d’inspirations urbaines (ou pas), de Tape Art, de pression, de réveiller les morts.

Si tu devais parler de ton projet à un enfant de 8 ans, un adorable garçon joufflu avec la coupe au bol : tu lui dirais quoi ?

Je lui dirais que mon projet c’est le projet d’un chanteur, que je suis un grand chanteur par la taille qui aime beaucoup les harmonies vocales. J’adore quand il y a plusieurs voix qui chantent ensemble. Soit je le fais tout seul avec un machine pour démultiplier ma voix, soit je chante avec des musiciens. Actuellement on est trois sur scène quand on fait des concerts. Martin Mey c’est le projet d’un mec qui fait des disques et des tournées en trio avec un batteur et un bassiste. Moi là dedans je joue du piano, du clavier et des synthés et de la guitare et de la loop station, c’est cette machine qui sert à démultiplier mes voix.

T’es un groupe à toi tout seul en fait ?

Je suis un groupe à moi tout seul et en plus j’ai la chance d’avoir un vrai groupe derrière moi c’est ça qui rend le projet cool.

MM2

Un artiste est souvent inspiré par la ville, l’environnement qui l’entoure, tu viens de Marseille, comment es-tu inspiré par ta ville ?

Je ne suis pas du tout inspiré par la ville parce que j’habite à la campagne. Je suis vachement plus à l’aise dans la nature que dans la ville. En plus de ça mes inspirations sont plus souvent très personnelles au sens où ça parle plus de ma vie que de mon environnement. Peu importe où je suis, c’est plutôt ce qui m’arrive qui m’inspire plus que le contexte. Je peux être inspiré par plein de choses mais ça peut être à Lille, à Dunkerque, à Marseille ou ailleurs ça ne changera pas grande chose. J’avais une idée mais elle a disparue.

En plus de travailler un univers musical, tu travaille également un univers visuel que ce soit sur tes pochettes de disques, tes clips ou la scénographie : qu’est-ce qui t’as poussé à lier toi-même tous ces pans de la création ?

En fait, je ne l’ai pas toujours fait. Ca m’a toujours intéressé de le faire mais je ne me sentais pas forcément capable de le faire. Je n’avais pas trouvé le bon moyen pour le faire. Je me concentrais d’abord sur la musique. Et là avec le premier album et avec quelques découvertes que j’ai faites récemment, notamment le « tape art », qui est l’art de faire des trucs avec du scotch, l’art de faire des créations visuelles avec du scotch, j’ai eu une sorte de déclic  et je me suis mis à le pratiquer alors que je ne sais rien faire avec mains, tu vois, je ne sais rien faire de beau graphiquement avec mes mains. Le tape art a un rendu graphique très rapidement avec des formes géométriques que je trouve sensible, poétique et intéressante, ça m’a parlé tout de suite. C’est quelque chose qui fait écho à ma manière de fonctionner avec l’harmonie des voix tout ça. Il y a un lien naturel qui s’est fait entre le tape art et ma musique. C’est pour ça que ça m’a paru évident de m’approprier cette pratique là pour faire la pochette de mon album, pour faire un clip, pour faire la scénographie du live. Et donc on est en train d’expérimenter ça. C’est les premières dates où on fait ça.

C’est le cas ce soir ?

Oui oui c’est le cas ce soir et je ne sais pas où ça en est c’est pour ça que je suis un peu tendu par le temps.

Ton projet été très attendu par le public et la presse : comment tu gère la pression dans la création ?

Ha bonne question ! En fait…Je crois que la pression je me la mets tout seul. Très très bien d’ailleurs. Je crois que la pression autour, même si c’est vrai qu’il y a une attente et d’enjeux sur cet album là qui vient de sortir que les projets avant, est une bonne chose. Il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent au projet mais je ne crois pas que ça change quelque chose pour moi. Je me suis toujours mis la pression tout seul comme un dingue. Je suis très dur avec moi-même, je suis suffisamment angoissée tout seul. La difficulté pour moi c’est de me gérer moi et ma propre pression. J’ai l’impression que si j’arrive à me libérer, à me détacher de ma propre pression après le reste ça file tout seul. Si je m’oublie un peu, une date comme ce soir ce sera juste cool et j’aurai pas le traque.

Tu fais pas mal de collaboration et tu en as quelques unes qui vont arriver prochainement. Si tu pouvais réveiller les morts, avec qui tu collaborerais ?

Wow…cette question…En ce moment on me pose souvent des questions dans ce genre là. Je suis assez mauvais pour y répondre. J’ai un côté un peu rêveur donc il y a beaucoup de chose auxquelles je pense en même temps. Je pourrais répondre du genre…Ouais j’adorerai…heu…Je gagne du temps pour y réfléchir en même temps (rires). J’adorerai…Si je pouvais ressusciter les morts…Je ne trouve pas comme ça mais je vais trouver. En fait j’ai du mal à me projeter dans des trucs comme ça, complètement déconnecté de la réalité. Je dois avoir un côté rêveur créatif, si non je ne ferai pas de chanson mais je dois aussi être très rationnel, terre à terre et cartésien. Ca prend parfois le dessus et du coup je suis nul pour répondre à des questions comme ça…

C’est pas mal le concept de rêveur cartésien. J’aime bien…

(rires) Oui on va dire ça « rêveur cartésien ». Du coup moi rêveur cartésien si je pouvais réveiller les morts je collaborerai avec…Nina Simone tiens ! Je ferai bien un peu de blues avec elle ! Il y a aussi Lauren Ellison ! C’est n’importe quoi. C’est une chanteuse soul des années 70 avec qui je ferai bien un duo aussi.

Du nouveau, du bon, du vieux ?

 

C’est vraiment des questions difficiles les deux dernières. Pour un nouveau morceau je dirais…hum…French 79 (solo project de Simon Henner), j’aime beaucoup ce qu’il fait. Tu peux prendre le morceau que tu préfères. [Et j’ai choisi “Between The Buttons” parce qu’il y a un clip qui est sorti avec]. Je pense aux copains aussi. Je vais rajouter Husbands, c’est le groupe de Kid Francescoli avec Oh Tiger Mountain et Simon Henner qui a réalisé mon album – et qui est dans le projet Nasser et French79. Ca fait une sorte de super groupe marseillais qui s’appelle Husbands donc. Ils font de la pop electro que j’adore écouter dans la voiture quand je suis de bonne humeur. Et le morceau ce serait « Dream ». Pour le bon, l’intemporel, je dirais « Holy Hells » de Sophie Hunger, c’est un morceau qui a une patate énorme et qui résume beaucoup de choses que j’aime chez elle. C’est une artiste que j’adore.  Pour le vieux…je te dirais un « negro spiritual », « Motherless Child » que tu peux trouver chanter par les Harmonizing Four. C’est un groupe qui a été formé en 1927 un truc comme ça. C’est des vieux « negro spirituals » et ce morceau là c’est un classique. Si t’écoutes cette version là, ça déchire !

Et la suite ?

Là on part en tournée. C’est aujourd’hui le lancement de la tournée. On espère que ça va se développer et que du monde viendra nous voir. On a pleins de belles dates qui arrivent partout en France. Un autre truc chouette qui va se passer : il y a des remix qui sortent de mes titres. C’est la première fois qu’on remix mes morceaux et ça me fait très plaisir. C’est un projet qu’on a monté avec mon label dont je suis très proche. C’est une coopérative qui s’appelle Interne Externe qui fait du très bon boulot. Cet EP de remix sortira en vinyle, ce sera mon premier vinyle. Après j’ai des collaborations en cours dont un projet qui s’appelle Ghost of Christmas. Je pose un peu de voix et de clavier avec des copains, ça va sortir bientôt ! J’espère qu’on va bien s’amuser avec ça aussi.

 Martin Mey
« Taking off »
Sortie depuis Novembre 2014
En tournée

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