A voir ou A revoir #1 : Snowpiercer

dans ÉVÉNEMENTS

2H de film et un bilan qui est sans appel : Snowpiercer est un drame futuriste captivant emmené par un scénario achevé, une mise en scène raffinée et un casting impeccable (Et le Type modère ses propos) !

Le Pitch

Dans un futur proche, après une nouvelle ère glacière, le reste de l’humanité est entassé dans un train à l’image d’une arche de Noé devenue l’unique façon de survivre. Les classes et la hiérarchie sociales ont repris place. Autrement dit, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et certains en ont ras-le-bol. Ça va castagner dur.

Bande-annonce (Un conseil : Si vous n’avez pas encore vu le film, ne cliquez pas sur lecture)

Comment définir ce film en un mot : une claque !

Une claque reçue à chaque wagon du film. Des wagons qui pourraient s’apparenter à un découpage sous forme de chapitres. Une claque aussi inattendue dans l’esthétique des décors que dans le comportement des résidents du train. Ces ingrédients provoquent un sensible décalage avec l’univers dévoilé dans les chapitres précédents.

C’est ce séquençage qui crée un What The Fuck et nous accroche plus intensément à mesure que la narration se déploie. Et même si l’on se doute progressivement que le dénouement ne correspondra pas à nos attentes, on se maintient à ce train qui file à tout allure. Le mérite en revient aux multiples rebondissements qui entrechoquent nos idées préconçues de spectateur.

C’est à l’arrière qu’on gueule le plus fort ! (SPOILER : n’en lisez pas plus si vous n’avez pas encore vu le film)

On peut également déceler dans ce drame/Sci-Fi un parallèle ou une critique de notre société en quelques points (cela n’engage que moi). En somme une fiction plus vraisemblable qu’elle n’y paraît. Passons en revue ces différents éléments :
– De moins en moins de ressources pour plus d’humains sur Terre
Un décalage social et une misère qui s’accroît, contribuant à former un sentiment d’injustice, de frustration, et l’envie de tout risquer jusqu’a sa propre vie pour passer ce mur à la fois physique et moral
–  Les excès et les pêchés apparaissent naturellement dans la société, et la citation d’Alfred De Musset  – « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » – semble inhérente à l’être humain : ivresse de pouvoir, de leadership, de drogue, d’alcool…
–  Un pouvoir « militaire » bien présent et permettant de conserver l’ordre, même s’il faut pour cela frapper sur les plus démunis

Il s’agit du dernier film américano-franco-tchèque-coréen (c’est possible) du coréen Bong Joon-Ho (Memories of murder, The Host, Mother), adapté de la BD française éponyme des années 80.

On constate ici les qualités indéniables du réalisateur, notamment concernant le travail des couleurs et des plans qui donnent sa personnalité et son rythme au film. Celui-ci débute sur des couleurs relativement absentes pour en être de plus en plus garni tout au long des péripéties. Concernant les angles de caméra, on remarque le choix pertinent du travelling latéral qui accentue la notion d’avancée physique et narrative des personnages.

Une utopie pas si insensée que cela

Afin d’éviter tout outrage de tomber sous le coup des insultes et de recevoir des lettres de menaces avant d’être obligé de terminer ma vie sous un nom d’emprunt dans un programme de type service de protection des témoins… il m’est nécessaire de restituer le contexte du film.

En effet, si on réfléchit quelques instants : pourrait-on vivre en société sans hiérarchie sociale ? Là où tout le monde aurait accès aux mêmes ressources et aurait les mêmes libertés ? Est-il possible de concevoir cela, tout en sachant que ces mêmes ressources se font de plus en plus rares ?

En parlant de raréfaction, on remarque que Marlboro a réussi à placer avec délicatesse  un paquet de cigarettes face caméra et dans les dialogues. Un exploit qui n’est pas anodin quand on sait que le « monde » tel qu’on le connaît est mort depuis des années et que même le goût du steak a disparu de nos papilles. C’est bien la preuve scientifique que le tabac est plus résistant et fidèle que les bovins pourtant tenaces.

Gilliam (joué par John Hurt) : “Jesus, Marlboro Lights? I can’t believe it. Cigarettes have been extinct for more than 10 years now”
Gilliam (joué par John Hurt) : “Jesus, Marlboro Lights? I can’t believe it. Cigarettes have been extinct for more than 10 years now”

Revenons à nos moutons. En supplément des ressources nutritives, l’espace vivable s’est lui aussi amoindri et l’humanité s’est entassée dans un train pour survivre. Nous pouvons également nous demander s’il aurait pu exister une organisation naturelle, une équité, un respect mutuel sans avoir recours à une certaine forme de pouvoir… Ici, l’ordre et la mécanique du train restent maintenus jusqu’à ce que les plus opprimés du système en décident autrement.

Une once de reconnaissance d’avoir été sauvés et accueillis à bord de cette locomotive ? Que nenni ! Un mouvement de rebellion et d’ingratitude a prit place parmi ces résidents de l’arrière, qui représentent les plus démunis, en opposition avec la tête du train qui est le commandement et pouvoir absolu. Bien qu’à première vue ils cherchent à se révolter car méprisés et livrés à la misère, les principaux acteurs cherchent en majorité à poursuivre des intérêts qu’on pourrait qualifier de personnels : retrouver ses enfants kidnappés pour des raisons obscures, obtenir des réponses sur le What The Fuck ambiant, sniffer suffisamment de drogue pour un aller/simple sur Pluton, ou encore chercher une échappatoire.

Conclusion

En définitive, Snowpiercer nous étale une critique de notre société de consommation, de notre faculté à chercher le bonheur dans le matérialisme, et du combat des plus démunis pour simplement survivre. Il en ressort l’aspect le plus sombre, égoïste et animal de l’homme, entrelacé d’espoir et de liberté.

Note : 8/10.  Jouissif et exultoire ! Un film à consommer sans modération.

**

Dans le même genre :

Elysium (2013) pour… la lutte des classes et des inégalités dans un monde futuriste
Dawn of the planet of the apes (2014) pour… l’art de vivre en communauté dans un univers post-apocalyptique
L’armée des morts (2004) / Zombie (1978) pour… l’apologie du consumérisme jusqu’à notre dernier souffle (prend ça Marlboro !)

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