Des séries au top : The Newsroom

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En décembre dernier, après trois saisons (25 épisodes au total) de bons et loyaux services, The Newsroom, enfantée par Aaron Sorkin pour HBO, a baissé pavillon. Mais comme votre serviteur rédacteur a apprécié la série, il s’est mis en devoir de vous la présenter sinon de vous la faire regarder…

Will McAvoy (interprété par Jeff Daniels : La Rose Pourpre du Caire, Dumb & Dumber…) fait partie de ces présentateurs typiques que l’on trouve aux Etats-Unis. C’est un « anchorman » au brushing impeccable, imbu de lui-même, payé des millions de dollars, qui traite ses subordonnés au rabais et qui ne jure que par une chose : le taux d’audience. Ainsi, chaque soir de la semaine il présente sur Atlanta Cable News une chaîne d’information câblée, « News Night », émission d’actualité où le mantra se résumerait simplement : plaire au plus grand monde, se montrer consensuel, ne froisser aucune sensibilité politique. Qu’importe s’il est conscient des limites éditoriales de son journal télévisé. En effet, dans le monde médiatique moderne, le diktat de l’audimat fait la loi. C’est pourquoi Will consent volontiers à ce que les qualités journalistiques puissent être abandonnées, que les sujets traités à l’antenne se rivalisent en futilité et que l’on brosse les invités du plateau dans le sens du poil. Après tout, l’émission pointe à la seconde place. Les téléspectateurs sont au rendez-vous, voire au garde-à-vous, ainsi que les revenus issus de la publicité. Tout est pour le mieux et dans le meilleur des mondes…

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Un événement toutefois va entraver le long fleuve tranquille qu’était le quotidien de Will McAvoy. Dès l’épisode pilote, alors qu’il intervient à l’occasion d’une conférence intitulée « Un monde meilleur », une étudiante présente dans le public lui pose la question suivante : « Pourquoi les Etats-Unis sont-ils le meilleur pays au monde ? ». Ce à quoi l’ancien procureur et Républicain modéré qu’il est répond, arguments à l’appui, que les États-Unis… ne sont pas le meilleur pays au monde.

https://www.youtube.com/watch?v=cLdivb10mZ8&feature=youtu.be

Bien évidemment, à l’heure des Smartphones, la vidéo de son intervention se  diffuse bien vite sur la toile et le tôlé qui s’en suit affaiblit considérablement sa popularité et l’audience si précieuse de son émission. Charlie Skinner (campé par Sam Waterston, le procureur Jack McCoy 15 saisons durant dans New York, Police Judiciaire), le directeur de l’information d’ACN, voit dans ce dérapage l’opportunité unique de donner un nouveau visage à l’émission phare de sa chaîne. Il décide d’embaucher une nouvelle productrice exécutive, MacKenzie McHale, tout juste revenue d’Afghanistan où elle couvrit le conflit, et qui se trouve avoir eu une relation amoureuse de deux ans avec Will -lequel ne lui a jamais pardonné de l’avoir trompé. Mais sous la houlette de MacKenzie, Will MacAvoy va se lancer dans une mission ambitieuse : civiliser l’Amérique (rien que ça !). Dans l’optique d’obtenir un JT qui soit un véritable outil de service public, des sujets préoccupants vont être abordés. Une neutralité à tout épreuve sera de mise, les faits remis au centre du village, et les invités, inlassablement poussés de répondre aux questions qui leur sont posées.

Dans The Newsroom, le spectateur passe de l’autre côté de la caméra, dans les coulisses d’une émission d’information. Ceci expliquant cela, c’est une vieille habitude d’Aaron Sorkin que de lever le voile sur ce que le quidam lambda n’est pas supposé voir. Mais si depuis quelques années Sorkin fait son trou au cinéma (grâce aux scénarios Des Hommes D’Honneur, Le Stratège, mais surtout de The Social Network), c’est par l’intermédiaire de scripts conçus pour le petit écran qu’il a percé et qu’il s’est fait connaître. On doit donc au talentueux scénariste américain de 51 ans la célèbre The West Wing (où l’on est invité à suivre le quotidien du Président des États-Unis d’Amérique et de son staff), Sports Night (sur les coulisses d’une émission de sport) ou bien encore Studio 60 on the Sunset Strip (sur une émission de divertissement). A ce stade, ce n’est plus de la fascination pour le fonctionnement de la télévision, c’est de l’obsession !


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Avec The Newsroom, Aaron Sorkin offre à voir l’exercice du métier de journaliste tel qu’il aimerait qu’il soit. Une vision quelque peu idyllique et parfois naïve, mais qui n’en reste pas moins lucide quant à la prostitution des chaînes, au pouvoir des annonceurs, au poids d’Internet et des réseaux sociaux. Le New-Yorkais réfute l’idée selon laquelle tout un chacun peut s’improviser journaliste et reproche aux nouveaux médias d’induire vitesse et immédiateté, conduisant à un manque de recul sur l’actualité et à l’émergence de nombreuses informations non vérifiées. Pour pousser davantage sa démonstration et illustrer de manière concrète comment redorer le blason du quatrième pouvoir, le scénariste articule l’histoire autour d’événements réels (la marée noire dans le Golfe du Méxique, la montée du Tea Party, la traque de Ben Laden, les attentats de Boston…). Cet ancrage de la narration dans la réalité, accompagnée de quelques informations fictives et d’une pincée de relations amoureuses au sein de la rédaction, ne semble à aucun moment entacher la qualité de la série. Au contraire, ce traitement a posteriori de l’actualité lui donne une dimension pédagogique. Chaque épisode contribue à enrichir la culture personnelle du spectateur, tandis qu’il se régale d’innombrables monologues, de dialogues vifs, parfois absurdes, souvent teintés d’humour, qui ont fait la renommée du créateur de The Newsroom.

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