European Lab #2

dans MUSIQUE

Au lendemain d’élections qui ont illustré la défiance vis-à-vis du projet européen, la quatrième édition du European Lab se tient à Lyon, dans le cadre des Nuits Sonores. Vaste forum culturel, cet évènement a pour objectif de connecter les futurs acteurs culturels et de réfléchir collectivement à l’avenir du paysage culturel européen.

DAY 3

La journée du jeudi 29 mai était placée sous le signe de l’avenir : « à qui appartient le futur ? » questionne ainsi le programme du jour. En sus des multiples workshops, keynotes ou autres rencontres organisées dans la matinée, la conférence principale avait pour thème « la culture face à la mutation de l’espace médiatique ». Dans un monde où les titres de presse disparaissent progressivement (on apprenait d’ailleurs le jour-même la fin de la diffusion de la revue Mouvement), où le web devient un prescripteur essentiel en matière d’offre culturelle, il s’agissait lors de cette rencontre de s’interroger sur l’avenir des relations entre presse et culture. Pour tenter de cerner au mieux les enjeux liés à cette mutation, Arty Farty a fait appel à 5 journalistes ainsi qu’au directeur général de Deezer France, Simon Baldeyrou. Ainsi Alexandre Heully (Cafébabel), Nicolas Demorand (ex-Libération), John-Paul Lepers (journaliste présentant la très bonne émission Vox Pop sur Arte), Jean-Marie Wynants (Le Soir) ainsi que Jean-Marie Durand (Les Inrockuptibles) ont pu débattre pendant 1h30 de cette question de la transformation de l’espace médiatique. Si parler de cette crise s’apparente bien à un lieu-commun comme l’explique Jean-Marie Durand en guise d’introduction au débat, il n’en demeure pas moins que ces changements soulèvent de véritables interrogations. Comment restaurer la confiance avec le public ? Peut-on opposer recommandation sociale à la critique médiatique traditionnelle ? Comment répondre aux enjeux financiers ? Comment transformer les pratiques journalistiques actuelles afin de mieux répondre aux attentes des lecteurs (sans chercher forcément la rentabilité) ?

Alexandre Heully, John-Paul Lepers, Jean-Marie Durand, Simon Baldeyrou, Jean-Marie Wynants & Nicolas Demorand
Alexandre Heully, John-Paul Lepers, Jean-Marie Durand, Simon Baldeyrou,
Jean-Marie Wynants &
Nicolas Demorand

Tout en insistant sur le caractère primordial de la presse dans une démocratie, Nicolas Demorand a notamment évoqué ses propres changement de pratiques de lectures ; « Je ne vais plus au kiosque mais je n’ai jamais été autant informé. Ce sont des pratiques paradoxales » a-t-il ainsi lancé. La gratuité en ligne, l’abonnement, la place de la publicité… les intervenants ont rappelé la difficulté pour la presse de trouver un modèle économique pérenne. Le journaliste John-Paul Lepers propose lui de réfléchir au contenu même, au-delà de la forme ; il convient selon lui d’« aller chercher le journalisme chez les gens, changer d’avis. Le journalisme, le reportage est une ouverture aux autres, sur le sujet ». Passé par Canal +, France Inter ou encore Arte, ce dernier dirige aujourd’hui le très bon magazine hebdomadaire Vox Pop, qui « met en lumière chaque semaine les bonnes initiatives des institutions européennes et des citoyens, mais aussi leurs dysfonctionnements » et milite pour une Europe culturelle forte. Alexandre Heully, fondateur de Cafébabel, s’inscrit dans cette optique par son média qui dépasse les frontières nationales : « la parole médiatique n’est plus le monopole des journalistes encartés » déclare-t-il, d’où une volonté de construire un média européen participatif à travers son site internet. Une réflexion s’est également agencée sur le « web 3.0 » par lequel les médias se nourrissent de ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux. Simon Baldeyrou de Deezer a lui prolongé l’analyse du modèle économique de la presse à l’industrie musicale. Le « meilleur jukebox du monde » est ainsi devenu aujourd’hui selon lui « le meilleur disquaire du monde ». Dans les dix prochaines années c’est donc le streaming musical dans son intégralité qui sera devenu le « principal revenu de l’industrie musical » selon Simon Baldeyrou.

Laurent Garnier enflamme Le Sucre
Laurent Garnier enflamme Le Sucre

Pour clôturer cette journée, une soirée était organisée au Sucre (qui semble s’apparenter en termes de programmation à ce que propose l’Iboat). Perché sur le toit de la Sucrière dans le quartier de la Confluence, cet excellent club propose en plus d’une salle relativement grande, une vaste terrasse avec vue sur la Saône. Le line-up de la soirée Fresh & French! avait était préalablement choisi par Monsieur Laurent Garnier lui-même : S3A (Concrete), Voiski (L.I.E.S) et Visitors for Reworks avaient ainsi été sélectionné par le fondateur du label F Communications. Petite surprise qui est en réalité de taille : Laurent Garnier est venu s’installer aux platines au cours de la soirée, offrant un mix percutant, acide à souhait et ayant ravi le public venu en nombre (la soirée étant à guichet fermée).

DAY 4

La dernière journée de cette semaine lyonnaise avait pour thème l’industrie de la musique. La conférence principale était pour sa part intitulée « Who made the stars ? » et proposait un plateau de choix avec un journaliste chargé de la modération (Wyndham Wallace) ainsi que 4 managers d’artistes/dirigeants de labels : Pedro Winter (Ed Banger), Daniel Miller (Mute Record), Eric Morand (F Communications) et Steven Braines (The Weird & The Wonderful). Evoquant tour à tour leur vision du paysage musical, de la relation entre business & music, les 4 managers ont bien entendu insisté sur le fait que la musique passe avant tout, et que la partie commerciale arrive en second. Dans la fabrication de « star » –  selon le terme employé dans le titre de la conférence – le talent a était évoqué, mais également le facteur chance. Eric Morand, qui a fondé la label F Communications avec Laurent Garnier, a lui confié sa vision de la réussite d’un artiste : « La réussite pour certains c’est être sur les couvertures des tabloïd. Moi je veux pas gérer ce genre d’artiste ». La formation est selon les intervenants très peu regardée dans le milieu de la musique, surtout à l’heure où Internet a fait exploser les barrières de la connaissance. Ce sont également des barrières qui ont sauté d’un point de vue du domaine d’action : n’importe qui peut devenir DJ, mais également produire ses clips, réaliser ses visuels et porter la casquette de graphiste, etc….

Pedro Winter, Daniel Miller, Wyndham Wallace, Steven Braines & Eric Morand
Pedro Winter, Daniel Miller, Wyndham Wallace, Steven Braines & Eric Morand

En clôture de la journée et du forum, un dialogue sur l’Europe s’est ouvert en compagnie de John-Paul Lepers et du président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne. En analysant les résultats des élections du Parlement européen, les deux protagonistes ont questionné ce manque d’affection des peuples et notamment de la jeunesse (73% des 18-35 ans n’ont pas voté) pour le projet européen. La politique culturelle de la région a également été discutée, et des membres de l’association Arty Farty (organisatrice des Nuits Sonores et du European Lab) ont pu interpeller Jean-Jack Queyranne afin de demander un soutien politique et financier plus important à l’endroit des cultures indépendantes très peu soutenues, à l’inverse d’institutions plus classiques et traditionnelles mais qui brassent un public ayant déjà accès à la culture (opéras, théâtres…). Ainsi s’est terminée une semaine riche en évènements, en rencontres ayant ouvertes de nouvelles perspectives pour l’Europe et la culture. Restait à festoyer aux Nuits Sonores, mais ça, c’est une autre histoire…

John-Paul Lepers & Jean-Jack Queyranne en clôture du forum
John-Paul Lepers & Jean-Jack Queyranne en clôture du forum

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernier de MUSIQUE

0 0,00
Retourner là haut