Sao Paulo : Hector le taxiste et Serguï le russe

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Après un vol long de onze heures et une heure passée à la douane, je réussis tant bien que mal à indiquer ma destination à un “taxiste” (traduction littéraire de “um taxista” parce que oui, depuis son séjour au Brésil Le Type est bilingue).

Réduire la personne qui empoigne fermement le volant, au travers de gants en cuir à petits picots au simple rang de conducteur de Taxi, serait des plus réducteurs. Le définir comme tel constituerait une grave insulte envers ses talents. Le qualificatif convenant le mieux pour synthétiser ses compétences sur route est celui de “pilote“. Oui, c”est ça, un pilote. Voilà ce qu”il faut être pour être habilité à conduire un taxi dans ce pays. La conduite sauvage dans tous ses états : les limitations de vitesse ne sont rien d”autre qu”un complot orchestré par les Illuminatis contre la profession, une voie menant à une station essence ou une sortie est une opportunité à saisir pour un audacieux dépassement, il n”a jamais été prouvé que les distances de sécurité servaient à quoi que ce soit… Toutefois, ce pilote, qui bien évidemment ne parle pas anglais, dégage une telle sérénité et donne l”impression qu”il pourrait conduire les yeux fermés et à une main que je ne ressens pas la moindre anxiété. Dans l”habitacle de l”Opel Zafira, je suis bien, au calme, bercé par le bruit monocorde et apaisant des pneus sur l”asphalte qui me donne l”illusion que la voiture flotte à quelques centimètres au dessus du sol. Néanmoins ceci n”est qu”une question de perspective. En effet, si je m”étais trouvé dans la position d”un témoin extérieur, j”aurais aperçu une voiture bleue à cheval entre deux voies filant à 143 km/h et j”aurais songé que cela ne serait pas étonnant si j”entendai bientôt parler d”un lourd carambolage ayant eu lieu aux environs de Sao Paulo.

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Si je le pouvais, je resterais éternellement dans ce Taxi. Dernière étape avant l”inconnu et les incertitudes qui l”accompagnent. Malheureusement, ce n”est pas possible. Hector, comme j”ai décidé de l”appeler, vient de terminer sa course de quarante minutes. Il se range sur le bas côté, contourne son véhicule pour venir m”ouvrir la porte, sort ma valise du coffre, me dit quelque chose que je ne comprends pas, remonte à l”avant et dans un crissement de pneus s”en va. Tandis que je regarde “Hector le taxiste” s”en retourner à la circulation, je songe que je ne suis qu”un idiot. Un con même. Franchement, qu”est-ce que ça me coûtait d”envoyer un petit mail pour signaler que je n”arriverai pas le 9 mais le 8 juillet ? Taper en même pas deux minutes, il m”aurait soulager de cette attente supplémentaire, nerveuse et stupide. Assis sur ma valise, je regarde la porte close de la Republica Internacional do Pacaembu, le nom de la résidence étudiante où je vais loger le temps de mon séjour brésilien, et après avoir vainement tambouriné une bonne dizaine de fois, j”attends, ou plutôt, me découvrant croyant, je prie le Tout Puissant pour que quelqu”un se pointe. Pour que je ne sois pas condamné à passer la nuit si près mais fatalement si loin de ma chambre…

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Même pas dix minutes se sont écoulées que le Seigneur exauce ma prière. L”espace de quelques secondes, je suis reconnaissant parce que j”aurais très bien pu y passer la nuit. Très vite, je me reprends (saleté de jetlag). Le Senhor n”a rien a voir là dedans, c”est juste un heureux hasard. Me voyant avec mes bagages l”inconnu me dit quelque chose. Comme d”hab”, j”ignore quoi mais le contexte aidant, je suppose qu”il a du me lancer quelque chose signifiant en substance “Oh un nouveau, bienvenue à la Republica !“ (ou peut être était-ce un “c”est qui ce con et qu”est-ce qu”il a à me fixer comme ça ?“). Il me fait signe de le suivre à l”intérieur. Nous traversons une petite cour où je découvre avec bonheur une table de ping-pong et un billard. Vient ensuite la cuisine : en très bon état et super bien équipée – enfin pour le standard étudiant (il y a un four, vous vous rendez compte jeux gold rush gratuit casino. ! Un four !). En se désignant du doigt, il se présente : Sergueï. Je lui dis mon prénom en retour et il m”indique, toujours avec les mains, de rester dans la salle à manger. Je m”exécute, m”assieds sur un banc et attend. Cinq minutes passent, dix puis quinze. Je commence à sérieusement m”interroger. Où a-t-il bien pu aller ? S”est-il joué de ma naïveté et ne reviendra jamais ? Finalement, vingt minutes après m”avoir quitté, il revient. Devinez ce que Sergueï a fait pendant tout ce temps ? Et bien il a pris une douche. Frais et parfumé, il me lève le pouce (une pratique que l”autochtone réalise entre trente et cinquante fois par jour en moyenne) en revenant dans la pièce. “Todo Bom ?“ (Tout va bien ?). Ah ça je comprends ! “Sim“ (oui ; à ce stage, en découvrant la qualité et l”exactitude de mes traductions, vous devez vous dire “putain, le gars il doit bosser comme traducteur à l”ONU, c”est sûr !“… ça aurait pu, mais je démens). Il enchaîne ensuite, mais avec une telle vitesse que je n”entends qu”un mot unique, certainement le mot le plus long jamais prononcé.

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Quelques minutes plus tard, tandis que Sergueï est en train de se préparer à manger, quelqu”un survient. Ce quelqu”un doit être important puisque Sergueï se détourne précipitamment de sa tâche il est en train de se préparer une salade si vous voulez tout savoir et interpelle le nouveau venu. J”apprends que celui-ci s”appelle Pedro et à voir le trousseau accroché à sa ceinture, j”en conclu qu”à la Republica, le maître des clés, c”est lui. “Qual é seu quarto ?“ (Quelle est ta chambre ?). Je reconnais là un mot familier, aperçu sur le contrat signé par ma main droite lors de la réservation de ma chambre. “Quarto 41 !“ (Chambre 41 ; vous l”aurez compris, car vous avez des dons de déduction supérieur à la moyenne, cette colloc” est gigantesque). Je remercie Sergueï d”un “obrigado“ (merci) à quoi il répond un regard perplexe et un froncement de sourcils. Figé dans cette posture, il garde le silence une bonne vingtaine de secondes et me dévisage avec l”incompréhension de celui, qui sans raison aucune, vient de se faire insulter. Je me sens très mal à l”aise. Bordel, qu”est-ce qui lui prend !? Je veux pas me faire violer moi ! (dès lors que je panique, j”ai tendance à m”enflammer et à exagérer les risques). Toutefois, Sergueï retrouve l”usage de la parole. Sergueï !? Nao Alexandre, Alexandre (en gros, il s”appelle en fait Alexandre). Merde… Il avait pourtant l”air d”un Russe… J”vous jure !

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