A l’origine #1

dans MUSIQUE

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Toi qui chantais, enflammé dans ta salle de bain, les plus grands tubes de l’histoire de la musique, tu ignorais peut-être la vraie origine de l’air sur lequel tu débitais des paroles que tu ne comprenais qu’à moitié, digne héritier du grand Jean-Michel Apeuprès que tu es peut-être. Mais voilà, vient le temps des révélations…

Et parfois les pots sont vraiment très vieux. En 1885 naissait Lead Belly, en Louisiane. De son vrai nom Huddie William Ledbetter, il sera envoyé en prison en 1918, accusé d’avoir tué un homme. Bien qu’il ait nié toute sa vie, à l’époque un noir était toujours coupable selon les lois Jim Crow abolies dans les années 1960. En 1930, il retourne en prison pour tentative de meurtre puisqu’au Sud des Etats-Unis dans ces années-là, si un noir se défend, on considère son acte comme une tentative de meurtre. Toutes ces jolies histoires pour dire qu’en prison, il sera repéré par John et Alan Lomax qui décideront de le produire. Après une invocation au gouverneur O.K Allen, il sera gracié. En 1944, il enregistre Where did you sleep last night. En fait, c’est déjà une reprise d’un air populaire américain de folk dont l’auteur est inconnu. Cet air qui fait partie de ces chansons transmises de génération en génération et transformées au gré des transmissions traversera les époques jusqu’aux années 90. Mark Lanegan reprendra la chanson en 1990 avant qu’elle ne soit interprétée par Nirvana en 1993 puis Madjo en 2010. Et encore ce n’est qu’un infime aperçu de la multitude de reprises du morceau.

leadbelly2

Et comme Lead Belly était un homme fort inspiré, il a aussi enregistré Black Betty en 1939. Vous connaissez certainement la version de Ram Jam datant de 1977. En remontant plus loin on trouve aussi un enregistrement de 1933 de James « Iron Head » Baker. En fait, Black Betty était chantée par les esclaves noirs pour donner du rythme à leur travail. Ils auraient inventé l’expression pour désigner soit le wagon pénitentiaire ramenant les fuyards, une bouteille de whisky, le fouet utilisé par les maîtres contre les esclaves ou le fusil utilisé par les surveillants d’esclaves, l’histoire n’est pas tout à fait claire.

Dans ces mêmes années 30, Robert Johnson enregistre Sweet home Chicago en 1936. Né en 1911 dans le Mississippi et mort 27 ans plus tard, empoisonné par un mari jaloux selon la légende (probable connaissant sa réputation d’homme à femmes), il enregistrera 29 titres en novembre 1936 et juin 1937 et onze 78-tours seront pressés. Sweet home Chicago sera reprise mainte et mainte fois. On la retrouve dans le film culte The Blues Brothers en 1980 mais elle est aussi reprise par Clapton, Harper, Milteau et on en passe et des meilleurs.

robert johnson

Il faut dire que le Mississippi a apporté son lot de génies. Parmi eux, on trouve Muddy Waters McKinley Morganfield en 1915. A Chicago, il jouera son blues et enregistrera en 1954 I just want to make love to you. Le morceau est écrit par Willie Dixon, un autre des grands noms du Chicago blues, ce genre né dans les clubs et les rues de Chicago, avec Muddy Waters ou Buddy Guy, entre autres.  Non, ce n’est pas Etta James qui l’interpréta la première. Elle ne l’enregistrera que sept ans plus tard pour son album At last !. Et quelle version ceci dit ! Aussi bonne que l’original.

Et puis, on retrouve encore et toujours ces chansons traditionnelles dont les auteurs sont difficilement identifiables. En 1964, notre Jojo national ah qu’il enregistrait Le Pénitencier. Il s’agit de l’adaptation française de The house of the rising sun, une ballade folk anglaise enregistrée pour la première fois en 1934 par Tom Clarence Ashley et Gwen Foster. Et on retrouve notre cher Lead Belly  qui l’enregistre sous le titre In New Orleans en 1943.  The Animals en ont fait sa renommée tout comme Joan Baez d’ailleurs.

Dans la série rythm’n’blues, je demande Hit the road Jack. Bien que Ray Charles l’ait enregistré en 1961, il n’en est pas pour autant l’auteur-compositeur. A l’origine, on trouve plutôt Percy Mayfield que Gérard Herzhaft décrit dans notre bible du blues (Blues – Les incontournables) comme « Une voix de baryton suave au timbre embrumé susurre, insinue, cajole l’auditrice, reprend la dernière phrase du couplet pour la persuader que l’amertume et la tristesse de la nuit peuvent se dissoudre en un flirt langoureux ». On n’aurait pas dit mieux.

Percy MayfieldPercy Mayfield et son regard de braise

Et puisqu’on prend le chemin de la soul des années 60, on peut parler de Feeling good. On attribue tout naturellement la chanson à Nina Simone. Mais en vrai, elle a été écrite en 1965 pour la comédie musicale The Roar of the Greasepaint par les compositeurs et paroliers anglais Anthony Newley et Leslie Bricusse. Mais pour le coup, la version de Nina Simone est vraiment meilleure (à nos yeux en tout cas mais enfin ce n’est qu’un avis). Elle a aussi été interprétée par Traffic dont on vous parlait dans le dernier NBV, John Coltrane, Wax Taylor, Eels, Ed Sheeran et on en passe, encore une fois.

Et pour finir en beauté, parlons des Beatles. Non content de faire le Monsieur Apeuprès, j’imagine que sur Twist and Shout, comme Le Type, tu fais swinguer ton bassin en rythme, au nom du twist. Eh bien non, les Beatles n’ont pas créé ce morceau. C’est une reprise des Isley Brothers qui l’avaient eux-mêmes repris du groupe vocal The Top Notes qui avait enregistré Twist and Shout en 1961. Non vraiment, on fait de bonnes soupes avec ces vieux pots.

A l’origine from Letype on 8tracks Radio.

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