Le Consulat du Brésil : quelle galère !

dans ART ET CRÉATION

Etape indispensable pour qui souhaite s’en aller étudier quelques mois durant au pays du roi Pelé, le Consulat du Brésil est un territoire qui transpire l’hostilité. Un lieu où règne à l’encontre des intrigants qui osent s’y aventurer une haine franche et non dissimulée. Aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps, cette culture du rejet de l’étranger y a toujours existé. Certains appellent cela du racisme. Ici, on parle de tradition. Dans ce bâtiment, fier représentant délocalisé du Brésil, s’observe une sous-espèce particulière de fonctionnaire. La pire de toute. Celle qui, quand tu lui demandes un renseignement, et même si c’est son travail de te répondre, va quand même te faire sentir que cela lui coûte et que toi, le misérable qui a osé le déranger, doit lui témoigner d’une reconnaissance non feinte sous peine de ne plus jamais être aidé. Car le fonctionnaire n’oublie pas. Jamais.

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Mon aventure en ces lieux débute un vendredi matin, aux premières heures du jour. À un horaire complètement indigent : six heures du matin. Non mais il est complètement con ce mec, que vous pensez probablement, pourquoi se pointer si tôt alors que le bâtiment ne doit pas ouvrir ses portes avant neuf ou dix heures. La réponse à cette interrogation est simple : les quotas (une discrimination de plus…). Le matin (tous les jours sauf le week-end, faut pas pousser !) est la tranche réservée à l’accueil du public. Ne sont reçus que vingt demandeurs de Visa (et pas un de plus !). Si bien que la personne déterminée prendra position devant le Consulat le plus tôt possible. Priant pour qu’il ne pleuve pas, elle entamera une longue attente de plusieurs heures. En arrivant à six heures zéro zéro, je suis le dix-septième postulant. À dix minutes près, c’était râpé.

Avec cette longue file, c’est retour vers le passé et l’époque du rationnement et de rutabaga

Mon frère est mort là-bas“ m’interpelle un de mes compagnons de galère.

    • Dans cette rue ?
    • Non au Brésil.
    • Ça arrive.
    • Encore plus là-bas.
    • Il est mort de quoi ?
    • Il a fait une attaque.
    • Il a été agressé ?
    • Non, il avait une malformation cardiaque.

Absurde. Vous l’aurez compris, les conversations tombent dans le non-sens. Pour tenter de tromper la morosité ambiante, les gens racontent tout et n’importe quoi. Dans le même registre, je me surprends à écouter avec grand intérêt une fille expliquer comment la cuisson du riz est déterminante pour qui souhaite déguster une bonne salade de riz. Ma montre indique huit heures et demi. Encore une heure avant l’ouverture… J’allais vous dire qu’en d’autres circonstances, j’apprécierai davantage le cadre dans lequel se situe le Consulat avec l’architecture gracieuse, le Soleil gagnant minute après minute toujours plus de terrain sur le bitume, les chants mélodieux des oiseaux, la vie qui s’éveille lentement mais sûrement, tout ça tout ça. Mais ce serait vous mentir. Tout au plus, mon émerveillement devant ce spectacle urbano-naturel ne durerait que quelques secondes.

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Une masse compacte végète désormais devant le Consulat. A voir la foule déborder anarchiquement sur les trottoirs de part et d’autre du bâtiment sur une dizaine de mètres, il est évident que s’agglutine largement plus de vingt personnes. Soucieux de voir des candidats au voyage tout juste parvenus me dépasser, je me lève du rebord où je suis inconfortablement calé, consulte les premiers venus et il est décidé de constituer un rang devant l’entrée. Nous sommes donc classés par ordre d’arrivée. Apparemment, un des postulants n’a pas tenu la distance puisque j’ai gagné une position. Intérieurement, je jubile (il n’y a pas de petite victoire !). Concernant, le grand nombre d’individus présents, il s’avère après vérifications qu’il y a beaucoup de Brésiliens et de demandeurs de Visa spéciaux (comme ceux nécessaires pour aller adopter un enfant, par exemple). Si j’ai l’assurance que personne ne me grillera, je me désole de n’avoir d’autres choix que de rester debout pour les quarante-cinq minutes d’attente restantes.

A l’heure actuelle, le lointain mirage pour lequel je suis ici

A neuf heures, notre file disciplinée et immobile est gagnée par l’espoir : indifférents aux personnes qui les entourent, des employés du Consulat viennent de couper notre rang et de pénétrer dans ce qui, plus le temps passe, est en train de devenir un Sanctuaire sacré. Une demi-heure plus tard, les portes s’ouvrent enfin. J’en pleurerai presque de joie et de soulagement. Cependant, mon enthousiasme est très vite calmé par la découverte d’un nouveau check point. Un par un, nous entrons dans le Consulat et nous présentons à l’accueil où un fonctionnaire Brésilien s’assure que le futur demandeur de Visa a bien apporté l’ensemble des documents exigés. Et c’est ainsi que précisement quarante-trois minutes plus tard vient mon tour de me présenter à ce premier guichet.

    • Bonjour.
    • Vos documents.
    • Euh… Bien sûr, tenez.
    • Est-ce qu’il y a un problème ?
    • Oui.
    • Lequel ?
    • Pardon ?
    • Vous avez dit qu’il y avait un problème. Lequel ?
    • Votre extrait de casier judiciaire.
    • Ben quoi ?
    • Ce n’est pas l’original.
    • En effet, ma mère me l’a faxé.
    • Il me faut l’original.
    • Mais c’est comme si c’était l’original !
    • Non.

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Voilà comment plus de quatre heures de stand-by peuvent être réduits à néant. Une éternité balayée par trois petites lettres inoffensives lorsqu’elles sont séparées mais qui, dès lors qu’elles se retrouvent liées, forment un mot redoublement mauvais – “non”. Je suis dépité, anéanti. J’aurais réussi l’exploit de passer moins de deux minutes dans l’antre du Consulado Geral do Brasil. La mine basse, le visage déformé par la frustration, je rassemble brusquement les documents étalés sur le comptoir et m’en retourne vers le monde extérieur. “Attendez“ m’interpelle une voix féminine. Je me retourne et constate que l’agent qui m’a recalé a le sourire aux lèvres, pas peu fier du vilain tour qu’il vient de me jouer. Debout à sa gauche, sa collègue me fait signe de revenir lui montrer mes documents. “Bon, c’est pas très grave, il suffira que la prochaine fois, quand vous viendrez retirer votre Visa, vous apportiez l’original“. Je lui dis merci beaucoup et sans faute puis me dirige vers la suite de mon périple…

Une nouvelle salle d’attente.

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