La Comédie Romantique dont Vous êtes le héros

dans ART ET CRÉATION

Vous, vous êtes ce bel inconnu qui, sans crier gare, a surgi dans sa vie. Une irruption à seulement trois jours de la cérémonie qui fait poindre le doute en elle. Un coup de foudre. Tout simplement. Comme dans les films. Un après-midi tout en rire et complicité a suffit pour que dans votre esprit, l’évidence se fasse. En un mot comme en mille, l’homme de sa vie, c’est vous. Et sûrement pas ce Mike avec qui elle partage sa vie depuis sept ans. Toutefois, malgré vos efforts, vous avez échoué à la retenir. “Ma morale me pousse à respecter mes vœux de fiançailles…“ qu’elle vous a balancé. Et quand bien même, elle vous ait promis un rôle de consolation – celui de l’amant – sitôt son retour de Lune de miel, cette perspective ne vous emballe pas plus que ça. Déterminé, vous allez tenter votre va-tout. All in pour rafler la bride.

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Votre plan

Depuis trois jours, une image s’est gravée dans votre mémoire. A tout instant, où que vous soyez, quoi que vous fassiez, vous visualisez votre bien-aimée après qu’elle se soit installée dans la voiture qui acceptait de la prendre en stop pour la ramener chez elle. Avant que le véhicule ne regagne la circulation, votre dulcinée vous a gratifié d’un ultime regard plein d’intensité. Depuis, à la manière de ces refrains musicaux qui, malgré nous, se répètent inlassablement dans notre tête, vous ne pouvez songer à nulle autre chose que cette femme que vous aimez. Vous voilà face à un mur. Et ce mur, il n’est comme les autres. A la place des traditionnelles briques se trouvent des idéaux et de soit-disant nobles vertus. Bien que cet amour, vous le savez au plus profond de votre être, soit réciproque, celle qui a pris possession de votre cœur s’est enfermée dans un raisonnement où, en tant que couple, vous n’avez pas de futur. Ainsi, malgré la passion qui l’étreint tout entière, il lui est impossible d’envoyer valser la cérémonie. Quand elle vous eu confessé “Tu comprends, les parents de Mike ont vendu leur maison pour financer le mariage“, une violente vague d’affection vous a traversé le corps de haut en bas. Cette femme, en plus d’être exceptionnelle, est d’une bonté rare. Vous vous devez donc d’agir. Non pas seulement pour votre propre intérêt mais avant tout pour l’amour avec un grand A. Car après tout, un amour véritable comme celui-ci est une chose peu commune et précieuse.

Ainsi, après avoir longtemps réfléchi puis visionné une dizaine de comédies romantiques pour trouver l’inspiration, une idée vous ait venue. Une putain d’idée de génie ! Les parents de Mike n’auront pas à vainement dépenser leur crédit : la cérémonie sera maintenue. Au moment même où le Pasteur demandera si “quelqu’un parmi l’assistance a une raison de s’opposer à cette union, qu’il le dise maintenant ou se taise à jamais“, vous surgirez. Dans un grand fracas, vous ouvrirez les portes. Tout le monde se retournera. L’atmosphère sera tout à la fois empreinte de surprise, d’irritation et de curiosité. Vous reprendrez votre souffle et lancerez un “Bébé je t’aime“. En pensant à cette scène, vous vous trouvez très romantique et ne pouvez empêcher le rouge de vous monter aux joues. L’élue de votre cœur prendra alors la parole et lancera un “Allez Mike, tu dégages ! Laisse-lui la place tu veux !?“. En passant à hauteur de Mike, vous lui déposerez une tape amicale sur l’épaule puis lui adresserez un clin d’œil. “Désolé mon gars, c’est la vie“. Vous pouvez être fier. Ce plan est parfait.

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Jour-J

Vous suffoquez, vous chancelez, parvenez tout juste à éviter la tentative de croc-en-jambe d’un SDF, revenez sur vos pas, décochez un coup de pied dans la gueule du téméraire – ce connard l’a bien cherché. Vous êtes dans le dur. Les indices ? Emission de profonds râles de souffrance et un visage plus rouge que votre Mini Cooper adorée. Pourtant, vous ne ralentissiez pas. C’est comme si trois bulldogs argentins, dressés au charcutage de jambes humaines, en avaient après vous. Dans les rues new-yorkaises, vous sprintez comme jamais auparavant. Tutoyant une vitesse inouïe, que personne ne vous pensez capable d’atteindre un jour, vous repensez à ce salaud de coach Harvey, votre prof au lycée. Un souvenir douloureux. Littéralement. Flashback. 9 septembre 2004, gymnase du High School Georges Bush Sr., premier cours de sport de l’année. “Écoute gamin, t’es qu’un gros tas et j’te l’dis en toute franchise, tant que ce sera l’cas, tes p’tits camarades, ils vont s’en donner à cœur joie. Dès que j’aurais l’dos tourné, ils vont t’massacrer. Y en a deux qui vont te bloquer les bras et un troisième, probablement Brandon, s’occupera de viser juste et fort. T’aider ? Tu plaisantes mon grand ! Qui suis-je pour bafouer les traditions ? J’ferais semblant de n’pas entendre tes hurlements“. Bam ! Le retour à la réalité est brutal. Plongé dans vos pensées, vous avez dévié de votre trajectoire et êtes allé vous empaler dans une poubelle. Par réflexe, comme à chaque fois que vous vous faites mal, vous jetez un regard, très bref, vers votre bras : en longueur, une impressionnante cicatrice, vestige des 36 points de suture qui suivirent cette fameuse première séance d’EPS.

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Tout se passe comme dans un rêve ou presque

Sur votre passage, les gens s’écartent, les feux passent au rouge et un vendeur de hot-dog cubain, vous prenant pour un criminel coursé par la police vous lance “J’te soutiens mon frère !“. Seul bémol : votre apparence. Des plus négligée. Et encore, il s’agit là d’un sacré euphémisme. En même temps, vous avez une bonne excuse : vous sortez du lit. “Merde, la cérémonie !“ que vous vous êtes exclamé quelques minutes plus tôt en constatant que vous vous étiez rendormi. “Deux fois en plus, putain !“. Du coup, vous n’avez pas eu le temps de vous vêtir de votre plus bel apparat et êtes, par conséquent, toujours en pyjama. Quand vous arrivez enfin devant l’église Saint Andrew, à l’angle de la 27ème et de Milton Street, il est déjà trop tard. “La cérémonie est finie depuis 2 heures“ vous renseigne le Pasteur. Accoudé à sa serpillière, il ajoute, pointant une flaque au sol : “Du vomi et des pétales de rose mélangés, vous croyez ça ?“. “A vrai dire non, mais chacun sa merde, vieux“ que vous lui répliquez en quittant brusquement l’antre du Seigneur.

Désœuvré et très en colère contre vous-même, vous vous asseyez sur les marches du perron. Désemparé, vous lâchez un hurlement. “C’est foutu putain !“. De frustration, vous envoyez votre poing violemment contre le sol. Pas la meilleure de vos initiatives : ça fait vraiment très, très mal. Les larmes affluent, votre vision est brouillée mais vous parvenez tout de même à discerner à quelques mètres de là, gisant sur le trottoir tel un chat écrasé, une pancarte. Sur celle-ci vous lisez “Just married : bon séjour au Costa Rica“. Le Costa Rica ? Flashback. Une époque où la moindre parcelle de peau sur votre visage était recouverte de boutons et que votre sourire se limitait au grillage de votre appareil dentaire. Vous êtes alors en stage de 3ème. Une expérience tout en observation que vous effectuez dans un des aéroports de la ville. Chaque matin, à peine êtes-vous arrivé que votre tuteur vous donne les instructions pour la journée : “Tu te places ici et tu fixes attentivement le panneau d’affichage, c’est clair ? Sois très attentif surtout, c’est un travail très important qui doit mobiliser toute ton attention. A ce soir !“. Une illumination : le seul aéroport à desservir le Costa Rica est JFK ! Qui a dit que les stages de 3ème ne servaient à rien ?

A suivre …

 

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