FAUVE

dans MUSIQUE

Le texte qui va suivre n’est pas une nouvelle chronique. Il s’agit de notre vision de notre rencontre avec une partie du collectif Fauve Corp.

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I.            De Fauve à un enfant de huit ans

Pardon pour les gros mots.

Quand tu simplifies vachement le truc, je me dis, tu ne présentes pas Fauve comme un truc de musique.
Tu lui en parles sans qu”il ait vu ou écouté quoi que ce soit ? Est-ce que Fauve ça ne parle pas de soi-même ? Est-ce qu”on ne peut pas juste lui passer le CD et lui dire « Voilà ça c”est ce que je fais ». Ou par exemple si par exemple on l”emmène à un concert on lui dit « Voilà ça c”est ce qu”on fait, on va jouer ici » et on lui explique. Si c”est un enfant qui n’a pas eu accès à la musique, qui ne connait absolument pas Fauve au début, tu peux juste lui expliquer que c”est 5 amis qui font pleins de choses ensemble dont de la musique et de l”image, de la vidéo. Imaginons c”est ton fils, tu lui dis alors voilà « Papa avec ses copains ils chantent des chansons et il fait des films en gros. ». Et les chansons elles parlent des films et les films parlent des chansons.

Et après tu lui expliques que le Père Noël existe toujours.
Et que le jour se lèvera au moins une fois.
Et s’il demande de quoi ça parle, tu lui réponds que ça parle de papa et de ses copains.
Et tu écouteras ça dans 10 ans ! Voilà !

II.         La vidéo. La musique. La musique. La vidéo

En général le fil rouge du projet, tout le temps, le carburant, c”est les textes. Et donc du texte découle la musique et ensuite la vidéo. Mais… Enfin tu vois la musique découle toujours des textes mais en fait la vidéo n”arrive pas toujours en troisième position. On commence à travailler un peu différemment.

Pff j”ai trop du mal.

En fait on va parfois mettre la musique au service de la vidéo. Par exemple comme sur Blizzard on a essayé de travailler comme ça. On avait ce texte, cette chanson à la base. Comme ça porte le nom de l”EP, on voulait avoir une vidéo un peu plus étoffée. Donc on est parti de cette musique en faisant en sorte de casser la chanson et de pouvoir la mettre en image comme on voulait. Et une fois que le propos de l”image était construit on a mis la musique dessus. C”est pour ça que ça fait un morceau de 8 minutes. Ça peut aller dans l”autre sens aussi…On travaillera à ça de plus en plus souvent. Sans dénaturer totalement le projet.

Je me demande comment ça pourrait être les textes au service de la vidéo.

Ça l”a fait pour Blizzard par exemple. Ouais ça l”a fait sur les voix off.
Ouais c”est vrai…
Au final les trois sont toujours sur le même plan.
Enfin pas toujours.
Jamais en fait…

Dans l”idée c”est toujours sur le même plan. Ça dépend surtout des titres. Pour simplifier, dans l”ordre d”apparition des choses c”est toujours texte/ musique/ vidéo. Mais c”est en train d”évolué et ça devient parfois vidéo / musique / texte. On essaie de casser un peu les trucs pour ne pas rester dans une même manière de construction. Après c”est sûr qu”à la marge, quand on travaille l”album, tu peux difficilement amener une vidéo sans son et dire « Eh les garçons, j”ai un truc ! ». Mais en tout cas on peut réussir à déstructurer la musique pour qu”elle colle plus à la vidéo, pour qu”elle donne une autre présence.

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III.       La scène

Sur scène, c”est quand même vachement plus pêchu.
T”es obligé quoi. Enfin tu as l”envie plus que tu n”es obligé.
C”est assez spontané. Tu sais quand t”es en concert il y a beaucoup de stress. C”est vachement intimidant. On n’est pas encore hyper habitué, on n”a pas fait beaucoup de concerts. Donc on a toujours cette espèce de terreur avant de monter sur scène qui fait qu”on joue fort et on crie, on parle plus. Ça passera peut-être avec le temps. Mais du coup ça a donné une autre tournure aux morceaux en live qui est différente. Pour la vidéo c”est pareil ça change aussi. Ce n”est pas une question de stress, c”est juste que tu dois produire une dynamique différente, une rythmique dans les images. Ça ne sert à rien de projeter le clip en même temps que la chanson, ça n”a rien d”intéressant.

C”est une création qui est fait pour la scène, pour le live et évidemment on y retrouve des bouts de clips pour garder l”esprit Fauve mais par contre il y a 90% de nouvelles images qui sont soit des samples vidéo grappillés à droite à gauche, des vidéos clips qu”on aime bien. Par exemple sur Sainte Anne on a essayé de faire ça. Et les 10% restant c”est des clips qui existent déjà et qui sont un peu réinterprétés justement pour être, un peu comme la musique, plus dynamique, donner plus de rythme etc. Et il y a une chose à savoir c”est qu”en live on n”utilise pas de lumière. Pas pour le moment en tout cas. Donc on n’utilise que le vidéo proj. Il y a un an quand on a commencé les lives, les vidéos étaient plus ou moins lentes donc à un moment on a pris du recul sur ces vidéos qu”on projetait et on s”est dit qu”il fallait qu”on réussisse à les dynamiser. Donc on a cherché, dans des systèmes de trames, des samples vidéo beaucoup plus dynamiques qui permettaient de faire des superpositions avec des images déjà existantes et essayé d”avoir une vidéo un peu plus pêchue. Mais c”était un nouveau support pour nous parce qu”on n”avait jamais essayé ça. On était plutôt proche des vidéos clips justement. C”est plutôt ce qu”on savait faire.
Et finalement il y a plusieurs piliers pour nous dans Fauve qui sont les plus importants. Il y a les textes / la musique / la vidéo. Enfin l”image en général. Et on se rend compte que les concerts c”est un truc à part entière. Ça devient une autre forme de création. C”est un autre support. Qui rassemble les trois autres mais dans une autre dynamique parce que ce n”est pas de l”enregistrement, ce n”est pas du montage, c”est un truc instantané, donc tu as des codes différents, des règles différentes. Pour nous le concert c”est une forme d”écriture à part entière. C”est une création à part entière. T”as un taff particulier à fournir pour que ça ressemble à quelque chose, que ce soit dans le travail du mix, du son que ce soit dans la dynamique, l”énergie, les structures parfois qui changent un peu et tout ce qui est vidéo.

Ouais justement la scénographie, on est en train de construire ça petit à petit, mais clairement on s”est posé la question et on a compris qu”il fallait qu”on ait notre univers et qu”on réussisse à le mettre en ambiance sur scène.
Là c”est hyper léger mais c”est en devenir. On est encore hyper jeune, peut-être que ce soir c”est notre trentième concert. On est tout jeune donc on découvre la scène en même temps qu”on la vit. Donc c”est ça qui est intéressant, autant pour la musique que pour cette online casino scénographie.

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IV.      Le succès

On se protège vachement les uns les autres. On resserre le cercle, tu vois. Ce n”est pas qu”on se replie sur nous-mêmes parce qu”on est ensemble mais on essaye de couper tous les signaux extérieurs qui sont un peu démesurés pour nous, un peu déplacés. Après on essaie de garder ce qui est positif parce qu”il y a pleins de choses positives dans tout ça. Pour continuer à faire les choses exactement de la même façon qu”on les fait, c”est à dire de façon assez artisanale, très bricolée avec beaucoup de transpiration et finalement pas beaucoup de moyens et dans une optique de progression mais pas à pas. On essaie de garder le cap quoi, tout simplement.

Et comment on fait ?

Et bien on essaie juste de rester entre nous, de pas trop se préoccuper de ce qui se passe en positif comme en négatif tu vois. Depuis qu”on a vu qu”il y avait des réactions qui commençaient un peu à devenir exagérées en positif, on a tout de suite été radicaux là-dessus. Je ne sais pas, tu vois des trucs comme « La voix d”une génération »… C”est très flatteur merci, mais non merci parce que ce n”est pas le cas tu vois ? Ce n”est pas pensé comme ça, ce n”est pas fait pour. Ensuite le temps passe et tu as des trucs moins drôles qui arrivent. Pas beaucoup hein, c”est pas très grave. Nous on veut être noté sur une échelle de 1 à 20. On ne veut pas être dans une logique de « Putain c”est génial, c”est le meilleur truc du monde », ça nous fait chier, ça nous gêne.

Ou « C”est un phénomène ».

Ça fait vraiment consommable. Court terme. Et quand on nous chie dans les bottes de façon un peu radicale, on n”écoute pas non plus parce que nous on se casse le cul à faire ce qu”on fait, on travaille comme des chiens. La seule chose qu”on peut garantir c”est notre sincérité et notre acharnement. Donc on se fait vraiment chier pour faire ce qu”on fait, donc la moindre des choses quand tu commentes le projet Fauve, en positif comme en négatif , ça marche vraiment pour les deux, c”est de faire le même travail, de fournir un effort. Et quand tu arrives à fournir cet effort et que tu es un peu honnête, tu arrives à un jugement qui va de 1 à 20. C”est un truc qui est vachement dans le propos de Fauve. Ça rend malheureux la dichotomie actuelle. On a tous entre nous et pour nous et avec les autres des jugements très binaires. « Lui il est moche ou il est beau », « il est con ou il est intelligent ». C”est des trucs super dangereux, ça fait du mal. T”es pas un truc ou un autre. T”es une foule de choses et l”idée c”est que tu avances pour diriger ta vie vers la partie la plus positive. Nous c”est ce qu”on essaie de se répéter à nous-mêmes, tout le temps. On est de cette génération de gens qui ont  une très faible estime d’eux-mêmes : on est très dur avec nous-mêmes, on est très dur avec les autres. Parce que c”est le contexte, parce que c”est notre éducation…Et on essaie de sortir de cette forme de jugement vis-à-vis de nous-mêmes et de convaincre ceux qui sont autour de nous. Encore une fois on parle de périmètre dans Fauve, c”est un terme qu”on utilise beaucoup parce que c”est notre support de travail, on s”adresse pas à une génération, on n”a jamais prétendu ça. Par contre on s”adresse à nous-mêmes et aux nôtres. A la marge tu as toujours un avis sur ce qui se passe dans le monde, la société. Globalement c”est ce qu”on essaie de se répéter à nous-mêmes tout le temps et à ceux qu”on aime. Qu”il faut sortir de ce truc binaire. Et c”est pour ça que quand nous on reçoit des jugements qui sont un peu tranchés ça nous fait chier.
La critique au sens positif comme négatif, elle doit être nuancée.

Ça paraît un peu agressif comme discours mais ça ne l”est pas du tout. C”est qu”on subie vraiment ce truc quoi. Etre appelé quand tu sors d”un projet quand tu sors de ta chambre et que tu vas à la radio parce qu”on t”y a invité et qu”on te dit c”est le buzz, tout le monde te veut, t”es obligé d”avoir des positions radicales et de devenir un peu comme ça. C”est un truc que le système médiatique nous a forcé à faire. Et c”est pour ça qu”on est très proche des gens qui nous entourent. Que ton projet soit reconnu par les médias, c”est presque le pire truc qu”il puisse arriver avec ton projet, en tout cas si tu n”es pas préparé à ça. (C’est cracher dans la soupe de dire ça)

Ça dépend à quel niveau tu en es. Surtout au niveau de l”ancienneté. C”est pas le pire truc mais c”est quelque chose d”assez dangereux en fait.
T”es Julien Clerc t”as fait 10 albums et 30 000 tournées, on te dit que ton dernier album est formidable : bingo c”est gagné. Pour nous t”as pas encore tourné la roue et elle est déjà en train de tourner, quelqu”un l”a fait tourner à ta place et tu ne sais pas sur quelle case ça va s”arrêter. Alors que tu avais décidé de ne pas tourner cette roue. Et c”est pour ça que ça paraît un peu radical comme discours.

De toute façon il faut arrêter de se toucher deux secondes, on sait tous que dans un an il y aura un autre truc et qu”on sera totalement passé à la trappe tu vois. C”est sûr. Mais ça ne nous empêchera pas de continuer à faire ce qu”on fait. Parce que les médias ont besoin de faire autre choses, et les gens aussi peut-être. Bref ça nous fait peur mais on essaie de le maîtriser à notre manière. Peut-être de manière un peu bloqué.

On est assez radicaux parce que du coup on se réfugie un peu dans la forêt. On ne fait pas de promo et on n”est de plus en plus chiant avec ça. On essaie absolument de garder le rythme de communication avec les gens qui nous envoient des messages etc. On n”a pas du tout lâché le truc en cours de route. Après il ne faut non plus cracher dans la soupe, tout ce qui se passe nous a permis de vivre des trucs absolument éblouissants qui nous font aller beaucoup mieux dans nos têtes et dans nos vies. Ça ne change pas la vie mais ça change ta vie. Ça ne change pas l”univers, ça ne change pas l”ordre des choses mais c”est bien, c”est un petit plus. Et même si c”est une parenthèse dorée qui dure deux ans, quand tu repartiras dans la vie normale tu seras armé d”une sorte d”espoir parce que tu auras vu que ce genre de choses c”est possible.

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V.         L’anonymat

Je voulais parler des photos, de la communication visuelle. Ça ne vient pas d”un truc marketing ou je ne sais pas quoi, parce qu”on lit des trucs un peu chelou. L”anonymat ça part à la base d”une volonté de pudeur. Vis-à-vis des textes on ne voulait pas forcément qu”on mette des visages là-dessus. On voulait laisser les textes exister par eux-mêmes.

C”est un truc perso aussi, t”aime pas ta gueule sur les photos, t”aime pas ta gueule sur les photos. Je sais que c”est le cas de certains d”entre nous. Eh bien si tu peux ne pas faire de photos c”est tant mieux. C”est un mélange des deux. T”es pas à l”aise et avec les textes t”es encore moins à l”aise de montrer ta gueule. Du coup on est parti sur ce truc là et on s”est très vite rendu compte que c”était beaucoup plus agréable. On s”est aussi rendu compte au bout d”un moment que c”était cohérent avec ce qu”on disait dans les chansons. On revendique dans notre périmètre notre imperfection, nos bancalités, notre absurdité, notre côté chelou et crade. On est comme tout le monde, on est juste des cassos qui en même temps ont des qualités. C”est comme je disais tout à l”heure, une foule de choses. Et quand tu rentres dans ce truc de photos tu deviens une espèce d”entité abstraite qui n”est plus considérée que comme un artiste. Et ça efface complètement ton humanité. Tu deviens un truc « super ». C”est une pensée qui n”est pas gérable, je pense que tout le monde est pareil. Quand quelqu”un vient te voir et qui te dit « t”es la meilleure personne du monde » ça te fout systématiquement mal à l”aise. T”as envie de dire « mais tu me connais pas ».
C”est comme quand quelqu”un est amoureux de toi. On tombe amoureux d’une personne qui nous perce à jour. J”ai vu qu”il y avait ça, mais moi, c”est cette partie là qui me plait et j”accepte le deal d”avoir les deux. Mais le truc d”être perçu par quelqu”un de façon totalement positive c”est gênant quoi. Il y en a peut-être qui aime ça mais nous ce n”est pas le cas. Et finalement c”est un peu ça. Je me suis rendu compte qu”on a bien fait de ne pas le faire. Parce que tu ne deviens pas vraiment un être humain et que nous c’est ce qu’on veut montrer. On n”est pas masochistes, on n”est pas dans l”auto-flagellation à outrance non plus mais on veut montrer ce qu”on est de A à Z, avec nos sales travers et en même temps nos qualités. Mais l”un ne va pas sans l”autre.

VI.      Du Nouveau, Du Bon, Du vieux

« – Du nouveau c”est Georgio, Saleté de Rap. Non ? Tu préfère A l”ombre du zénith ? Allez, on avait pas encore buzzé. Donc Georgio, A l”ombre du Zénith, bim c”est buzzé, c”était pour le nouveau.
– J”en avais une en tête l”autre jour pour le Bon, je l”oublie systématiquement. Il faut que je la note.
– C”était quoi le truc de Devo là déjà ?
– Ouais, on met Devo, Mongoloid. Et le Vieux… Ça existe des Boris Vian enregistrés ? C”est chant-mé.
La java des bombes atomiques ? Ouais mais c”est un peu…
– C”est un peu tarte à la crème.
– Ou sinon un vieux truc de reggae genre Toots ou un truc comme ça… Bref, non, met Boris Vian.
– Bref, on est d”accord.
– On n”a même pas répondu.
– C”est tout le temps comme ça.»

 

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