L’échec n’est pas une option

dans ART ET CRÉATION

Pour Ricky Gervais, créateur de la série The Office, le cinéma c’est la vie, les moments chiants en moins.
Plus vraisemblablement, le cinéma n’est rien d’autre que l’illusion de la réalité. En ce sens que tout ce qu’il créait, et ce quelque soit le talent du casting et des techniciens, s’avère être artificiel. Peu importe le poids de son message, un film reste un divertissement générateur d’émotions.

Quelque part, les productions font écho à notre individualisme car ils visent très souvent à ce que le spectateur adhère à la narration en se reconnaissant dans des attributs de personnages ou des situations. A l’instar de la théorie journalistique “des morts au kilomètre“ (plus un fait d’actualité se produit proche de nous ou de notre champs d’intérêt plus on va lui accorder d’importance), l’anonyme nous indiffère. L’insignifiant peut, par exemple, s’incarner dans les hommes de main, ces individus qui sont abattus par dizaines dans n’importe quel film d’action et qui ont droit à leur quart d’heure de gloire dans une courte scène d’un des Austin Power, où la mort de l’un d’entre eux est dramatisée (on voit la réaction de sa famille lorsqu’un messager leur annonce le décès). Vous l’aurez remarqué, Le Type se rêve d’un partenariat avec Philosophie Magazine.

L’échec n’est pas une option !. Variante : “If you’re not first, you’re last“, Will Ferrell aka Ricky Bobby, le pilote de Nascar dans Talladega Nights. La win attitude dans toute sa splendeur. Ou comment un individu habité par une confiance infinie et quelque peu agaçante, va exprimer une position ferme et définitive qui exclue toutes autres finalités que celles impliquant succès et réussite. Le psy du Type vous dirait que durant son enfance, cet individu aura souffert d’un manque d’affection parentale et que l’amour de ses géniteurs fut conditionné par ses performances. Mais au fond qu’importe que cette personne ne soit pas heureuse et qu’elle cherche à combler le vide abyssale qu’elle ressent par des consécrations, c’est bien fait pour sa grande gueule.

Les stars de cette chronique, ce devraient être tout ceux et celles dont la phrase suivante fait échos à leur triste quotidien. “Des fois, tu vas à l’Église ou à des réunions, tu entends des gens raconter leurs problèmes, des choses horribles auxquelles ils ont du faire face et tu te rends comptes que t’es soucis à côté, c’est rien du tout“. Une rhétorique que l’on retrouve dans Fight Club où le narrateur (Edward Norton) se rend à des réunions organisées pour tout type de souffrance. L’objectif ? Se sentir mieux en côtoyant la douleur d’autrui. Car c’est un fait : si les vérités ne sont pas toutes bonnes à dire, elles partagent de n’être que trop rarement facile à avaler. Peut être appartenez-vous à cette caste d’individu dont le calvaire est l’encombrant compagnon de route ? Il se peut que vous soyez un personnage de tragédie, affrontant la vie sans être conscient de la fatalité qui la régit.

C’est alors que vous vous rêvez en winner. Chaque matin, vous reprenez le discours de Richard Hoover, le père dans Little Miss Sunshine : “Il existe deux sortes d’individus : les gagnants et les perdants. A l’intérieur de chacun de vous sans exception, au fond de votre cœur, au plus profond de votre être, il y a un vainqueur, un vainqueur qui n’attend que d’être réveillé et lâché à l’assaut de l’immensité du monde. Finies les hésitations, finies les jérémiades et finies les excuses ! Soyez les acteurs de ce monde ! Je veux que vous soyez des gagnants.” Alors oui, c’est du tout vu, dans la brochure d’inscription à cette Méthode, vous avez coché la case “gagnant“ sans hésiter. Cependant, autant être honnête : ça n’a jamais marché pour personne.

Pourtant vous persévérez. Après tout, l’échec est inenvisageable. Il n’est rien d’autre qu’une putain d’impasse. Après avoir perdu quelques 2489 euros (oui, c’est précis), vous décidez de vous en sortir par la voie traditionnelle : un cercle, des chaises, des gens assis dessus, des confessions, des larmes et des moments de gènes. Beaucoup de moments de gènes. Quelques semaines plus tard, ce sera à votre tour de dire que “des fois, tu vas à l’Église ou à des réunions, tu entends des gens raconter leurs problèmes, des choses horribles auxquelles ils ont du faire face et tu te rends comptes que t’es soucis à côté, c’est rien du tout“. En fin de compte, l’échec est une option, certes, mais vous la laissez aux autres.

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