Le Prince Miiaou : l’interview

dans MUSIQUE

Le Prince Miiaou ne nous laisse aucun indice sur son identité. Derrière se cache une personne qui a vécu et qui nous ressort ces années de vie à la figure. Avec rage, violence et passion. Dans sa chanson phare
“No compassion available” elle nous dit qu’elle est « complètement vide », son dernière album s’appelle “Fill the blank with your own emptiness”. Du vide partout, on ne voit plus que ça, on n’est plus que ça. Une coquille vide. Le Prince Miiaou nous mène en bateau. Elle n’est pas vide. Nous ne sommes pas vide. Avec ses chansons elle recrache ses émotions, elle recrache sa vie, elle recrache ce trop plein de tout. Et on se défoule avec elle, on se vide avec elle. Pour se remplir à nouveau d’espérances.

Le Prince Miiaou c’est une métaphore de cette vie qu’on aime, mais qui nous blesse, qui nous fait souffrir, qu’on déteste mais à laquelle on s’accroche de toute nos forces, ongles enfoncés jusqu’à la moelle.
Le Prince Miiaou, c’est ce souffle haletant qui souffre, qui n”en peut plus mais qui te dit qu’il en veut encore.
Le Prince Miiaou, c’est ce cri rempli de douleurs et d’espérances.
Le Prince Miiaou c’est l’exutoire de toute une vie.

 Cet exutoire, Le Type l’a rencontré.

Le Type : On va commencer par une question qu’on te pose souvent, d’où vient ton nom de scène, Prince Miiaou, et pourquoi tu as choisi d’avoir un nom de scène ?

Le Prince Miiaou : Parce que je n’avais pas envie de garder mon prénom comme beaucoup beaucoup de filles, comme Camille, Rose tout ça. J’ai choisi au hasard dans un livre de conte pour enfant, j’aimais bien le masculin alors que je suis une fille. Donc voilà. Je regrette parfois aujourd’hui, mais c’est comme ça maintenant.

Le Type : Pourquoi tu regrettes ?

Le Prince Miiaou : Parce qu’il y a un côté peut-être un peu chanson française qui ne colle pas du tout avec ce que je fais et ça induit vachement les gens en erreur quand ils reçoivent le disque ou quand ils passent devant. Je ne sais pas à quoi on peut s’attendre mais peut-être pas à du rock indé…

 Le Type : Le Prince Miiaou n’est ni un homme, ni un groupe, ni une fille qui fait des « chansons de filles ». Tu aimes brouiller les pistes au niveau de de ton identité musicale ?

Le Prince Miiaou : Oui c’est vrai. Déjà avec le nom on peut s’attendre à un garçon ou à un groupe et ce n’est ni l’un ni l’autre. Je suis une fille et je suis toute seule, je compose toute la musique. Après au niveau musical, j’ai des influences qui sont très claires je pense, qu’on ressent dans le disque même si elles sont mélangées dans le même morceau. Donc au niveau de la musique je ne brouille pas les pistes, c’est plutôt au niveau de tout ce qu’il y a autour. Mais ça, je ne m’en rend pas trop compte parce que tout est clair pour moi.

Le Type : Entre tes tout premiers projets comme “Nécessité microscopique” et “Safety First” et maintenant ton dernier album, on a l’impression que tu te livres moins, que tu deviens plus pudique. Depuis “Nécessité microscopique” comment a évolué ta manière de composer ?

Le Prince Miiaou : On peut peut-être le voir de manière négative. C’est vrai que le premier disque je ne savais absolument pas que j’allais faire de la musique, je faisais mes études à côté, donc c’était un peu comme un journal intime. Je ne savais pas que les gens allaient l’écouter, j’avais vingt ans de vie à cracher. J’allais loin, c’était très impudique dans les paroles, dans la musique et puis plus on est connue, plus il y a des gens qui écoutent et plus on devient pudique, plus on se renferme et plus on se dit « Non mais je ne peux pas dire ça, je n’ai plus envie de choquer et ça va choquer si je dis ça ». Ce n’est pas que je me conforme mais il y avait un aspect trop sombre, trop personnel que je n’assume plus maintenant qu’on m’écoute plus. J’ai un gros problème en ce moment, je suis beaucoup trop filtrée par toute mon histoire de disque, maintenant qu’il y a un label, plus de public, de la presse j”ai envie de plaire à tout le monde alors qu’avant je ne me posais pas cette question. Je sais qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Quand je compose j’ai un peu de mal à lâcher prise et à faire que ce que je veux. Je ne sais même plus ce que je veux. Enfin voilà, je suis un peu paumée en ce moment. Je pense que plus on fait de disques moins on a de choses à dire parce qu’on a moins de temps entre. Alors que le premier disque je ne savais pas ce que les gens en pensaient. Je n’ai pas un gros public mais ne serait-ce que la presse, les médias, c’est important.

Le Type : Est-ce qu’avoir un coup de pouce d”un label comme 3e Bureau ça a changé quelque chose ? Est-ce que tu bosses toujours toute seule ?

Le Prince Miiaou : Oui enfin le label est vraiment arrivé après le disque donc je l’avais terminé, enregistré. Ils m’ont aidé au niveau de tout ce qui est promo, financier aussi et ça apporte de la crédibilité d’avoir un label pour certains journaux, émissions de télé. Ils n’étaient pas là pour l’artistique. J’ai composé seule, je n’ai pas de directeur artistique. Je suis en licence chez eux donc je suis productrice de mon disque. Maintenant je n’ai plus de contrat, je suis libre (rires) donc je continue de bosser toute seule sauf que maintenant j’aimerai travailler avec un réalisateur en studio ce que je n’ai jamais fait. J’ai toujours voulu tout contrôler de A à Z, il fallait que les gens soient des pions et ne fassent que ce que je voulais. Aujourd’hui comme j’en ai un peu marre de m’entendre, j’aimerai bien laisser un peu plus de voix à quelqu’un d’autre pour être surprise par mes propres chansons. Je n’ai pas encore trouvé la bonne personne mais je tends vers ça, pour ajouter un peu de sang neuf au projet.

Le Type : Pourquoi as-tu choisi dans tes chansons de chanter en anglais et de parler en français ?

Le Prince Miiaou : Parce que je n’arrive pas à chanter en français, ça me met hyper mal à l’aise par contre parler en français c’est le format qui s”impose vraiment à moi. Je n’aime pas chanter en français parce que pour moi c’est trop connoté variété française, j’ai du mal à faire sonner la langue dans les mélodies alors que j’ai quand même besoin d’avoir un contact avec les mots et ça je l’ai surtout en français, je ne suis pas complètement bilingue. J’aimerai bien savoir le faire comme Lescop qui justement est un bon exemple de chanteur français qui chante en français et qui s”en sort très bien au niveau de l’écriture et du chant. J’essaye, c”est un peu le Graal (rires). Depuis que j”ai repris Françoise HardyTous les garçons et les filles, je me suis rendue compte que j”aimais ça, mais c”est pas un texte de moi donc c’est plus facile. Il y a l’impact direct des mots, on sait ce qu’on chante alors que parfois en anglais je ne sais même plus ce que j’ai voulu dire. C’est très compliqué de chanter en français parce qu’il y a tout un poids, un héritage, mais moi j’ose même pas essayer. On a ce côté un peu trop pompeux qui fait que tout de suite on a l’impression que ça doit être compliqué alors que bon c’est les textes les plus simples, les plus efficaces. Françoise Hardy, j’aime pas trop la version originale mais quand je la chante, les paroles ont beau être culcul je trouve ça beau. Je verrai si j’y arrive ou pas. On me demande aussi souvent ça parce que ‘”est plus vendeur et ça m’agace de devoir faire des compromis pour les labels. Si ça vient, ça vient, sinon tant pis !

Le Type : Tu dis souvent que tu écoutes peu de musique, donc où puises-tu tes influences et ton inspiration ?

Le Prince Miiaou : Alors j’en écoute peu mais j’en écoute… C’est que j’écoute toujours un peu la même chose et puis J’écoute un ou deux nouveaux groupes par an qui sort et qui me marque plus que les autres. Ça suffit pour me faire une influence musicale. D’année en année je vais me fixer sur quelques chose. Maintenant c’est James Blake, enfin c’était un peu l”an dernier, ou Falls, ce genre de trucs qui sortent et qui m’inspirent, que j’aime. Ce n’est pas que je n’écoute pas de musique c’est que je n’ai pas le background de Rolling Stones et tout ça. J’ai commencé à écouter de la musique dans les années 90, milieu fin 90. Plus ça va et plus je m’ouvre mais mes influences sont vachement contemporaines.

Le Type : On a une rubrique qui s’appelle Du Nouveau, Du Bon, Du Vieux, donc est-ce que tu pourrais nous donner une nouvelle chanson, une bonne chanson et une veille chanson ?

Le Prince Miiaou : Ah la la je suis nulle dans ce genre de truc ! (rires) Alors une nouvelle chanson que je conseille… Je pense que La Forêt de Lescop a un bon titre. Après une bonne chanson… je ne connais pas trop les titres en plus.

Le Type : Un artiste c’est pas grave !

Le Prince Miiaou : Bon alors James Blake, là je pense qu’il faut y aller, faut pas hésiter. Et un vieux morceau qui est bien… Chris Isaak, I wanna fall in love !

Le Type : Tu es une artiste en constante évolution, tu es passée d’un groupe de métal à quelque chose de plus post rock, maintenant c’est un peu plus pop rock indé. Qu”est-ce que tu nous réserves pour la prochaine fois ?

Le Prince Miiaou : Des fois j’ai l’impression que j’ai complètement changé de style alors que pour les autres c’est toujours pareil, mais je pense que je vais vraiment laisser tomber le côté pop qu’il peut y avoir sur “Turn me off” ou “J’ai deux yeux” que j’assume pas du tout en fait. Donc ça va être plus rock mais après je ne sais pas, je ne me rends pas trop compte… Un peu plus rock et moins pop gentillet, énergique mais un peu dark, voilà !

Pour mieux découvrir l’univers du Prince Miiaou vous pouvez dès aujourd”hui retrouver en salle le film qui lui est consacré. Durant un an et demi le réalisateur Marc-Antoine Roudil l”a suivi afin de comprendre son processus de création.

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8tracks du Prince Miiaou

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