Stranger than Fiction : Comédie ou Tragédie ?

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Si vous avez un jour l’honneur ou le malheur d’incarner le personnage principal d’une fiction, il est nécessaire que vous sachiez certaines choses. Premièrement, que pour vous, tout est joué d’avance. Ensuite, que vous n’êtes rien d’autre que le jouet d’un auteur qui fera de vous sa chose. Enfin, que le suspens n’est qu’une illusion ayant pour visée de maintenir l’intérêt du spectateur ou du lecteur. Cette perception erronée d’une liberté de choix des personnages fictionnels, c’est le sujet du très surprenant et sous-estimé Stranger than Fiction, signé du réalisateur allemand Marc Forster (Stay, Neverland, Les Cerfs-volant de Kaboul), sorti en salle en 2007.

De quoi parle ce film ?

Il s’agit de l’histoire d’Harold Crick (incarné par Will Ferrell). Harold est un fonctionnaire du fisc dont l’existence est terne, routinière, sans folie. Un matin alors qu’il effectue son traditionnel rite de brossage de dents – 50 fois verticalement, 40 fois latéralement, toujours – il se met à entendre une voix de femme qui décrit ce qu’il est en train de faire et ce qu’il pense. Harold est tout secoué, perplexe. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, il croit devenir fou. Cette voix qu’il entend, c’est celle de Karen Eiffel, une romancière à succès, qui peine à finir son dernier livre. Ne lui restant qu’à se débarrasser de son personnage clé, Harold, mais ne trouvant pas de quelle manière. Pour vivre, Harold doit changer son destin : devenir un personnage de comédie.

Pourquoi voir ce film ?

Principalement pour l’originalité du scénario : un personnage qui tente d’échapper à son funeste destin en trouvant l’écrivain qui détient les clés de son avenir, on ne voit pas ça tous les jours. Cela abouti à une comédie romantique fantastique vraiment inédite et répondant parfaitement aux critères “-ante“ : à la fois attachante, touchante et émouvante.

Pour le casting. On retrouve au générique un Will Ferrell, qui prouve qu’il est capable de jouer autre chose que les personnages à l’humour pas très subtil qu’il incarne habituellement. L’acteur comique est accompagné d’Emma Thompson (la romancière), Maggie Gyllenhaal (la promesse d’un amour véritable), et de Dustin Hoffman (un professeur d’université que va consulter Harold).

Enfin parce que regarder ce film c”est se sentir intelligent. En effet, cette production sert une réflexion philosophique portant sur le déterminisme des individus. La liberté est-elle supposée ou réelle ?

Comédie ou Tragédie ?

Cette question ressemble à si méprendre à un sujet de dissertation qui pourrait tomber lors d”un examen de philosophie. Si vous vous le sentez : vous avez 4h, deux page-doubles minimum à retourner auprès du Type.

  • Tragédie

Le plus triste avec le personnage principal d’une Tragédie, c’est qu’au bout du compte,  quoi qu’il fasse, quoi qu’il tente, il est voué à ne pas à ne pas atteindre son but, ou pire, est programmé à mourir. Putain de destin. Si l’on creuse davantage, on constate une escalade dans l’échelle du malheur : cet individu n’est pas conscient de la fatalité qui régit son existence.

Se joue donc sous les yeux des spectateurs une lutte vaine, un effort totalement infructueux qui débouche inévitablement sur une issue négative. Il est des cas où le personnage est proche de réaliser son objectif mais c’est alors que la providence se fait plus cruelle encore : elle place le succès à portée de main pour mieux le rejeter au loin. Ainsi, si sa quête consiste à retrouver sa femme disparue, il la retrouvera. Seulement celle-ci sera morte. Si sa lutte consiste à vaincre le cancer, il sera proche de l”éliminer mais celui-ci se montrera plus coriace que prévu et l’emportera dans les abîmes.

Pour terminer, l’expression du sadisme pur qui peut toucher le personnage : un drame, un accident dont il sera le responsable, et dont il sera le seul à sortir vivant. Condamné à errer le restant de ses jours dans un halo de nostalgie, de regret et de culpabilité.

Vous l’aurez compris, il ne fait pas bon d”être un personnage de Tragédie.

Dans la catégorie “mon titre fait croire à une Comédie mais en fait non je suis une Tragédie“, je demande“La vie est belle“
  • Comédie

A l’inverse, être un personnage de Comédie, c”est comme gagner à l’EuroMillions : le panard ultime.

En gros, le personnage principal de Comédie, c”est :
– un individu comme les autres…
– …à qui il va arriver quelque chose de pas banal…
– …qui est pétrit d’humour et…
– …qui à la fin, emballe la fille (ou le mec si le héros est une femme)

Pour le personnage, l’Histoire se termine toujours de façon positive : il atteint son objectif, obtient l’élément qui manquait à sa vie et qui va lui permettre de goûter pleinement au bonheur. Un beau happy end quoi !

Quand le personnage rencontre des difficultés, c’est pour mieux les résoudre (et toujours avec le sourire s’il-vous-plaît !). Souvent le personnage est maladroit mais c’est ce qui fait son charme et permet au spectateur lambda de s’identifier à celui-ci.

Courrier d’un lecteur : “Franchement Le Type, vous avez pas mieux comme référence Comédie que L’amour extra-large !?“

 

 

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