Une évasion musicale avec Ibrahim Maalouf

dans MUSIQUE

En tournée depuis le 24 juin, et après avoir parcouru cet été les scènes de toute la France, le trompettiste franco-libanais est arrivé à Bordeaux pour présenter son dernier album, Wind, sorti ce mardi 6 novembre. Après le succès incontestable de son triptyque musical (Diasporas en 2007, Diachronism en 2009 et Diagnostic en 2011), Ibrahim revisite ses genres pour encore plus d’émotions et nous offre un concert participatif et fort en émotions.

Ni rock, ni jazz, ni world, mais aussi les trois à la fois, la musique d’Ibrahim Maalouf est difficilement définissable de par sa diversité. Son instrument, une trompette à 4 pistons permettant de jouer les intervalles à quart de ton typique des musiques orientales, a été inventé par son père Nassim Maalouf dans les années 60. Il en est virtuose, et sur sa scène, pas de chant, seulement une musique qui nous emmène loin, très loin à travers les sens.

Ibrahim Maalouf, c’est un personnage. Devant la salle comble du Rocher de Palmer, quand il ne souffle pas, il raconte des histoires, ses histoires, s’emporte dans ses mots mais garde un charisme et un humour impressionnants. Il ne se contente pas de venir, saluer, jouer, et repartir après un rappel, oh que non.

Ibrahim Maalouf nous raconte la création de la chanson sur sa fille, et nous demande de faire les chœurs

D’abord, c’est lui qui vient nous présenter celle qui fera sa première partie, la jeune chanteuse suédoise Isabel Sörling. Toute timide, elle s’entoure d’objets personnels et d’encens avant de nous révéler sa voix d’une pureté très touchante. En quatre chansons, seule avec son guitariste, elle a droit à une énorme ovation et à un rappel. Chapeau !

Ensuite, Ibrahim revient, avec ses cinq musiciens, pour nous réchauffer avec un funk direct très rythmé et inattendu. Pendant plus de deux heures il nous fait participer, fait de chacune des personnes dans la salle une personnalité qu’il respecte, de chacune de ses chansons un phénomène musical unique, et de chacun de ses musiciens son égal. Franck Woeste au piano, Laurent David à la basse, François Delporte à la guitare, l’immense Xavier Rogé à la batterie, et Youenn Le Cam à la trompette/flute/cornemuse (Eh oui, cornemuse, c’est dire à quel point la musique emprunte à tous les genres !), chacun a droit à son solo, sa chanson, son moment de gloire, où on est subjugué par tant de talent.

Franck Woeste et Laurent David nous offrent un drum and bass explosif

Et la star se fout de son apparence ! En basket, jogging et veste de survet’, toujours souriant, il nous explique : « j’avais l’impression que je jouais mieux quand j’étais en pyjama. Je préfère vous le dire pour ne pas que vous vous formalisiez ! ». Il nous prévient de sa “schizophrénie” également, qu’on pourra observer au moment où il joue la comédie en faisant croire 5 longues minutes que son troisième piston a lâché avant d’entamer ni une ni deux un blues époustouflant . Mais on ne peut pas s’attarder à décrire tout ce spectacle où les genres musicaux s’entremêlent et se combinent, passant de la salsa à un jazz rappelant Miles Davis, de la musique orientale à un rock très énervé, sans oublier des épisodes funky… On en redemande, on prie pour que jamais ça ne s’arrête.

François Delporte dans un solo endiablé, et le groupe au complet

Le sourire enjoué présent sur les quelques 400 visages conquis de la salle se fige vers la fin du concert, lorsqu’il se met à nous parler de sa ville, Beyrouth, qu’il a quitté très jeune avec ses parents fuyant la guerre civile. La ville pleine d”histoire, “mille fois morte et mille fois revécue“, qui a vu passer toutes les horreurs du 20ème siècle en 20 ans, gardant toujours la tête haute, une ville qu’il découvre à 12 ans, en 1993, un casque de walkman sur les oreilles et Led Zep en boucle. Son récit, c”est un conte, notre ticket d”embarquement avant que la chanson commence. Beirut, le chef d’œuvre, l’immanquable, la magnifique, la terrible aussi. Standing Ovation pour le virtuose. Et deux rappels rajoutent 30 minutes de pur bonheur acoustique.

Dans le son et la lumière, Ibrahim Maalouf nous fait découvrir sa ville natale

Un seul petit regret : dans la salle, le public a très rarement moins de 30 ans. Alors, chers amis co-générationnels, si vous voulez faire un très beau voyage, découvrez le sans attendre !

Crédit Photo Une : Denis Rouvre

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