Ma première journée en Floride (3/3 – 2ème partie)

dans ART ET CRÉATION

Je n”ai plus aucune notion du temps. Peut être est-on en mer depuis une demie-heure ? Ou  bien est-ce depuis plus de cinq heures ? Mon cousin n”a toujours pas décollé de la glacière. Je m”imagine le balancer dans l”eau. Un rapide calcul du ratio entre ma force et son poids m”indique que c”est une mission impossible. Pour me venger, je le réveille. Ben oui, je veux une canette de Mountain Dew (placement de produit : check). La glacière occupée et le sol déjà expérimenté, je tente une autre option : la rambarde. Celle-ci est en métal, voyez-vous. Cette même matière qui, en réaction aux rayons du Soleil, devient brulante. Malgré la douleur intolérable que je ressens à son contact, je persévère. Je suis en équilibre précaire : une jambe à la merci des requins. Si je m”endors, il est probable que je bascule par dessus bord. Calé dans cette position, je suis bercé par les remous. Je n”ai plus qu”à prendre mon mal en patience et attendre qu”ils jugent avoir suffisamment pêcher. En plus, aucun d”eux n”a ramené de poissons. Losers.

Ce qui me paraît durer l”équivalent de trois vies centenaires s”écoule avant que la mother d”Alannah ne décide qu”on rentre. De nouveau, Ràmon fait rugir le moteur du bateau. Par curiosité, je suis resté agrippé à la rambarde. Une bien mauvaise idée : je manque de peu de chuter. Je roule donc vers l”intérieur. Un sourire apparaît sur mon visage. Enfin, plutôt un rictus proche de la grimace, je suis incapable de sourire. On rentre ! Enfin ! Pourtant, je ne suis pas à l”abris d”une surprise. Justement, une nouvelle déconvenue se produit. On est on the way back home, dans les canaux plus précisément, quand Ràmon parque le bateau. Nous gagnons la terre ferme. Nous allons mangé. Mon deuxième repas aux States. Mon regard hagard fixe un point quelque part dans le vide. Je suis assis avec en leur compagnie mais c”est comme si j”étais ailleurs. Je capte néanmoins une scène surréaliste. Ah explique à sa mère qu”elle ne veut pas manger, que ça la ferait grossir. La mère pose alors une main sur l”épaule de sa fille. Son regard est grave, comme si elle était sur le point de lui annoncer que son père, Marines, est tombé au front. “Tu sais” , dit-elle, “si tu dois être grosse, c”est que c”est la volonté de Dieu. Tu ne peux rien faire contre cela“. D”accord. Finalement, nos commandes arrivent. La pire quesadillas que j”ai jamais mangé. Si même la bouffe commence à faire défaut…

Je veux dormir…dormir….dorm…ir…

Mon cousin stoppe la voiture dans l”allée. Il est 17h30. Une image occupe toutes mes pensées : celle du lit qui m”attend. Je me sens comme un père de famille parti trop longtemps loin de ceux qu”il aime. A peine ai-je passé le seuil, que ma tante m”accueille d”un : “ça te dis t”aller faire un tour aux Everglades voir les alligatores ?“. Et merde… Je mobilise les quelques centi-grammes d”énergie qu”il me reste pour repousser la lassitude et le dépit loin de mon visage et lâche un enjoué “Oui, bien sûr. Super idée !“. En plus de l”insupportable migraine qui m”assaille, j”ai donc accepté de monter dans la Chrysler familiale direction un célèbre marécage où quelques reptiles pataugent. Le mot pour qualifier ce que je ressens, n”a pas encore été inventé. La suite dans les grandes lignes : arrêt dans un fast-food pour le repas du soir (où je découvre qu”une petite glace US est l”équivalente d”une super maxi XXL ice dream chez nous) suivi du visionnage d”un film (une comédie dont je ne me rappelle le nom).

Encore une victime du gang des Ràmon

Il est deux heures du matin, je suis aux States depuis 24h et enfin, enfin je vais me coucher. Cela fait donc au moins 35h que je n”ai pas dormi. Oui, comme une semaine de fonctionnaire. Quel panard ! Il faut savoir que l”été, en Floride, le Soleil se lève vers 6h. En principe, il s”agit là d”un détail insignifiant. Sauf quand le store de votre chambre est mal fermé et qu”une fine interstice laisse passer une raie de lumière aveuglante et orientée pile vers vos yeux. Le hasard fait bien les choses n”est-il pas ? Enervé, je balance une serviette de bain contre la vitre et me rendors illico. Bien décidé à ne sortir du lit qu”au alentour de midi. Naïf que je suis… Il est 7 h quand ma tante me réveil. Nous allons à l”Eglise. Surpris, je demande “Où ça ?“. Oui, nous allons assister à l”office de 7h45. Je ne crois pas en Dieu, ce que je juge bon de dire à ma tante. J”ajoute qu”il est “possible mais bon les chances sont faible qu”il y ait une force supérieur“. Je m”enfonce davantage en précisant que “la religion c”est que de la politique“. Ma tante ne m”a plus parlé pendant les deux jours qui ont suivi. Pendant la messe, tirades en anglais et chants en latin, je me sens comme un joueur de foot pendant les hymnes nationales : pas dans son élément. Il est une autre info qu”il vous faut connaître sur la Floride : s”il fait continuellement plus de 30°C dehors, quand vous êtes à l”intérieur, la clim est poussée à fond. Il y a donc une bonne dizaine de degrés de différence avec l”extérieur. Chanceux comme je suis, je suis placé juste en dessous du jet d”air frais. J”ai eu la crève pendant deux semaines.

De retour en France, après m”être soustrait à l”enchaînement avion-train, j”ai vu ma famille me chercher des yeux alors que j”étais juste en face d”eux et qu”il n”y avait personne d”autre dans le hall de la gare. Ben oui, je suis rentré avec 8 kilos de plus qu”à mon départ. Les Etats-Unis, un pays qui vous change.

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