C’est ici que l’on se quitte

dans ART ET CRÉATION

Morton Foxman, le père de Judd Foxman vient de mourir. Comme dernière volonté ce dernier a souhaité que femme et enfants célèbrent la Shiv’ah (la période de deuil de sept jours observée dans le judaïsme). La seule perspective de vivre sous le même toit que sa famille pendant sept longs jours ne réjouit guère Judd car tensions et coups de gueule ont toujours été au rendez-vous de leurs retrouvailles. Sans compter que la déprime ne le lâche plus depuis qu’il a surpris sa femme en train de le tromper avec son patron.

Si vous connaissez déjà l’auteur de ce savoureux roman, Jonathan Tropper (Le livre de Joe, Pertes et Fracas, Tout peut arriver), vous êtes familier avec son style agréable et plein d”humour. Pour ceux qui s”apprêtent à le découvrir, vous avez tout à y gagnez. Ce roman se lit très facilement et les éclats de rire sont fréquents. Comme dans ses œuvres précédentes, Jonathan Tropper use des mêmes ingrédients (une famille dépravée mais marrante, un père absent, une mère déjantée, des frères tous différents) et aborde des thèmes sérieux (les relations familiales, les répercussions de nos choix, la perte d’un être cher,…).

Près de 400 pages pour raconter sept jours durant lesquels on ne s’ennuie pas : les comportements des uns et des autres sont sans cesse soumis au regard impitoyable de Judd et les rebondissements jalonnent l’intrigue. Le lecteur passe un excellent moment. Le style est fluide et sans prétention. On lit ce roman comme on regarde une bonne comédie au cinéma. Pas étonnant que la Fox ait acheté les droits d”adaptation.


Tropper exprime avec grand talent les non-dits, les secrets de famille, la sexualité,…etc.  La nature humaine est mise à nue de manière humoristique : nos attitudes face à l’amour, la mort, la religion sont non seulement formidablement analysés mais dans le même temps franchement tournés en dérision. Le narrateur ne ménage pas son entourage (qui le lui rend bien), pour le plus grand plaisir du lecteur. Le roman est écrit à la première personne. Les dialogues sont vifs, les répliques cinglantes.
La recette de ce roman tient bet online casinos en un cocktail familial des plus explosifs :
– Une mère plutôt bien conservée ayant écrit plusieurs livres plein de conseils portant sur l’éducation des enfants (mais qui n’a pas vraiment su éduquer ses propres gamins)

Wendy, la sœur de Judd, accompagnée de ses gosses hyperactifs et de son mari qui ne lâche jamais son BlackBerry

– Un frère aîné, Paul, amer depuis le jour où il s’est fait mordre par un rodvailer. Mettant ainsi fin à ses ambitions de devenir un sportif de haut niveau et le condamnant à reprendre l’affaire familiale (des magasins de sport). Il ne faut pas oublier sa charmante épouse, avec qui Judd a pris du bon temps par le passé.

Phillip, le plus jeune des frères qui a connu pas mal de déboires dans ses activités. Beau gosse, il ne peut s’empêcher de draguer tout ce qui bouge et il se ramène à la Shiv’ah accompagné de son ancienne psy, bien plus âgée que lui.

– Plus d”autres personnages non moins importants : Jen (l’ex-femme de Judd), Wade Boulanger (son ancien patron, animateur populaire de radio), les amis du défunt (qui ne se privent pas pour reluquer la poitrine de la veuve), les amis d’enfance de Judd,…

Une discussion de Judd avec son ex-femme :
« – Tu n’es pas venu à la séance de méditation.
Je n’aime pas ce type. Il est partial.
Bien sûr que non.
Tes seins le rendent partial.
Arrête, c’est ridicule !
Ben oui, chacun ses goûts. »


Comme la perfection n”existe pas, on dénombre quelques défauts : certaines situations sont un peu grosses, le trait est parfois un peu poussé ; le personnage de Judd ne peut pas s’empêcher de rencontrer quelqu’un sans le détailler des pieds à la tête ; Judd est assez pénible à force de tout ramener à sa petite personne (d”accord il est déprimé mais faut pas pousser !).
En fait, ce roman n’est sans doute pas un chef-d’œuvre de littérature mais une fois ouvert, on n’a plus envie de le refermer. Et pour une fois, cette phrase n’est pas qu”une maxime marketing.
Voici les premières lignes :
« – Papa est mort.
Wendy m’annonce cela d’un ton badin, comme si la chose s’était déjà produite par le passé, comme si ça arrivait tous les jours. C’est agaçant cette façon qu’elle a d’être ainsi détachée, même dans les instants les plus dramatiques.
Il est mort il y a deux heures.
Et comment le vit maman ?
Maman ? C’est maman. Elle voulait savoir s’il fallait donner un pourboire au type des pompes funèbres.
Je ne peux réprimer un sourire, bien que je sois exaspéré par l’incapacité congénitale de notre famille à exprimer ses émotions dans un moment aussi capital. Même dans les circonstances les plus graves, là où toute famille serait d’une parfaite transparence, les Foxman ne peuvent s’empêcher de tricher en rabaissant, en pervertissant les choses grâce à ce don inné qu’ils ont pour l’ironie, le déni. »

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernier de ART ET CRÉATION

0 0,00
Retourner là haut