Visa pour l’image 2012, Aperçu

dans ART ET CRÉATION

Avant la fin des vacances, le Type s’est offert une petite excursion à Perpignan pour assister au plus grand festival de photojournalisme au monde, Visa pour l’image. Pour sa 24ème édition, l’évènement accueillait 27 expositions gratuites, du 1er au 16 septembre 2012. Toute une équipe de bénévoles, de photographes amateurs et de reporters se sont regroupés sous la houlette de Jean-François Leroy, qui défend depuis 24 ans le photojournalisme de qualité, aujourd’hui méconnu, voire ignoré par une population passionnée d’actualités “people”. Bref, s’intéresse à l’actualité internationale qui veut.

Le festival est plus ou moins caché dans Perpignan. Il faut baisser les yeux pour voir le fléchage sporadique sur les trottoirs, et trouver les lieux d’exposition sans un plan relève de la chance. La ville n’est pas grande, mais les expositions les plus importantes sont disséminées dans 11 endroits dont certains ne sont ouverts que pour les deux semaines (occasion de visiter d’anciennes bâtisses magnifiques de la ville catalane qualifiée de “centre du monde” par Salvador Dali). D’autres expositions se trouvent un peu partout, pour le “festival off”, dans des bars, des restaurants et même les deux Monoprix de la ville, pour  permettre à des photographes amateurs de présenter leur travail : portraits, ambiances de ville, animaux… Une pause “banalité” appréciable après la vue de centaines de photos de misère, de guerre et de famine, réalités d’un quotidien que nous aurions du mal à imaginer, dans un Occident confortable.

6 décembre 2011, Kaboul. Tarana Akbari, 10 ans, au milieu des victimes, après un attentat suicide à la bombe contre un sanctuaire chiite. Cette photo a valu à son auteur Massoud Hossaini le prix Pullitzer 2012 dans la catégorie “Breaking News”. L’histoire de cette photo est racontée par Massoud: “J’étais juste en train de regarder mon appareil quand il y a eu une grosse explosion… je me suis tourné vers la droite et j’ai vu la petite fille. Lorsque Tarana a découvert ce qui était arrivé à son frère, ses cousins, ses oncles, sa grand-mère et les gens autour d’elle, elle s’est mise à hurler.” /AFP/Massoud Hossaini

Il serait trop long de faire un résumé de chaque exposition, chacune contenant entre une cinquantaine et une centaine de photos, avec son lot de messages, d’émotion et de prise de conscience, d’effroi ou d’émerveillement parfois. Le festival, sans thème précis, reprend un an d’actualités, depuis septembre 2011. Et il s’en est passé des choses durant cette période ! Chute de Khadafi, ouverture de la frontière nord coréenne, retrait des troupes américaines d’Irak, émeutes en Grèce, guerre civile en Syrie, conditions de la femme et des handicapés parfois atroces dans certains pays… Et une Afrique oubliée, un continent méconnu mais toujours ignoré, ravagée par le sida, la guerre, la pollution et le racisme. Ce que l’on peut  dire, c’est que les scènes que l’on voit à la télévision, à l’image des vidéos amateurs du conflit syrien doublées de commentaires douteux, sont obsolètes face au réalisme choquant de ces clichés pris sur le fait, par des hommes et des femmes qui n’ont pas froid aux yeux (voire pas froid du tout pour ceux qui sont partis en Sibérie et dans le nord de la Suède). Et si chaque photo est accompagnée d’un petit texte explicatif, la plupart parlent d’elle mêmes, et laissent place à la libre interprétation. Pas de bourrage de crâne, de doutes face aux dire des médias, qui de toutes façons ne donnent qu’une infime fraction de l’actualité. Là, les faits sont crus, même pas prémâchés. Et cerise sur le gâteau, si le travail et la vie de chaque photographe est présenté, sa nationalité n’est jamais donnée. Français, Américain, Libanais, Afghan ? Photographe du monde, un point c’est tout.

L'onde de choc grecque
Athènes, 23 février 2011. Un policier est touché par un cocktail molotov pendant les émeutes devant le parlement grec. /AFP/Angelos Tzortzinis

Mais tout n’est pas misère et terreur. Entre les reportages sur l’élevage des rennes en Suède, la vie des aborigènes en Australie ou les chroniques de l’invention de la micro technologie (la mort de Steve Jobs, c’est aussi de l’actualité!). Et surtout les sourires,  même dans les endroits les plus mal famés ou ravagés, même les fillettes de 8 ans mariées à des adultes de plus de 50 ans, même les mères de 4 enfants en phase terminale du sida… De plus, un projet intéressant consistant à prendre en photo des personnes dans le monde entier avant qu’ils ne donnent leur sang pour la Croix Rouge, et à coller derrière chaque cliché un échantillon de ce sang. Quelle plus belle preuve de l’unité de la race humaine, quelle que soit la couleur de peau.

Faiz, 40 ans, et Ghulam, 11 ans, posent pour leur portrait de fiançailles dans la maison de la fiancée, en Afghanistan. “Nous vendons nos filles parce que nous n’avons pas de quoi nourrir nos autres enfants”. /VII pour National Geographic Magazine/Stephanie Sinclair

Visa pour l’image, c’est aussi des projections nocturnes sur la place Principale, sur écran géant. Des thèmes sont abordés, des images brièvement commentées au début puis accompagnées d’une musique toujours très à propos. Le Type était présent pour la dernière projection du samedi 8 septembre. Après la remise des Visa d’or aux meilleurs photoreporters de l’année, 2 heures d’histoire, deux heures d’émotion, 2 heures face à la beauté et à l’horreur du monde, et pour finir les plus grands déserts filmés en ULM, pour se vider la tête… qui ne sait plus trop quoi penser. C’est fort, très fort. Assis par terre, le public est bouche bée. La voila, la réalité, et les larmes sont là pour le prouver (les évanouissements aussi parfois, face à la force de certains clichés). La devise de Paris Match, autrefois plus grand magazine de photojournalisme, était “Le poids des mots, le choc des photos”. Ce soir, les mots n’étaient pas nécessaires.

Chaque photographe de ces 27 expositions mériterait un hommage, et une description de son travail. Citons seulement le coup de cœur du Type, Rémi Ochlik, 28 ans, qui a commencé le photojournalisme a 20 ans à Haïti, pour Visa pour l’image, durant la terrible guerre civile qui a ravagé le pays, et a ensuite suivi les grands conflits du  21ème siècle. Talentueux et très modeste, il n’en reste pas moins tête brûlée : “La guerre, c’est pire qu’une drogue. Sur l’instant, c’est le bad trip, le cauchemar, mais l’instant d’après, une fois le danger passé, on meurt d’envie d’y retourner prendre des photos en risquant sa vie pour pas grand-chose”. Le 22 février 2012, Rémi Ochlik disparaissait dans un bombardement à Homs. Paradoxalement, il était la preuve que le photojournalisme n’est pas mort.

Tunis, 14 février 2011. Un jeune manifestant tunisien crie devant le ministère de l’Intérieur car la police secrète a torturé à mort son frère 5 jours plus tôt. / Ip3 Press/Rémi Ochlik

Mais à quoi bon commenter, quand on peut encourager à voir de ses propres yeux ! L’année prochaine, même lieu, mêmes dates, Visa pour l’image sera là. Le Type espère y trouver ses lecteurs.

Aperçu d’une des soirées, au Campon Santo de Perpignan et retransmis sur la place de la République. Ici, la Grèce.

Pour plus de détails : http://www.visapourlimage.com/index.do

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