Deux scenarii pour Film de guerre américain

dans ART ET CRÉATION

Ah les films de guerre américains : ses soldats patriotes et valeureux, ses sergent-instructeurs colériques et ses batailles où tout semble perdu mais en fait non. En jouant sur les nombreux clichés véhiculés par ces productions, je me suis amusé à écrire deux histoires qui pourraient être celles d’un film de guerre US.

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D’accord, c’était pas votre guerre. Oui, vous n’aspiriez qu’à élever des générations de paons dans votre Nebraska natal. Il est vrai que votre avenir s’annonçait paisible : en bon Presbytérien que vous êtes, vous alliez honorer votre femme de nombreux enfants. Ce que vous pensez de votre pays ? Eh bien vous détestez l’idée de payer des impôts, que les Noirs aient les mêmes droits que vous et que les femmes, non contentes d’avoir obtenu le droit de vote, réclament la parité – “Et puis quoi encore !?” 

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Pourtant, vous êtes fier d’être Américain et ce même si vous êtes incapable de dire précisément pour quelles raisons. La seule fois où vous avez quitté votre cher patelin, c’était pour vous rendre au Salon du Paons, organisé l’an passé à Des Moines, capitale de l’Iowa, l’état voisin. Si l’on vous demande de situer l’Espagne sur une carte, vous réagissez comme si votre interlocuteur se foutait de vous – “L’Espagne ça n’existe pas !“. En gros, vous incarnez les clichés du bouseux américain : à la fois stupide et fermé d’esprit. Aujourd’hui, cela fait deux ans jours pour jours, qu’un recruteur de l’US Army s’est pointé à votre ferme (joliment prénommée “Freedom“) et vous a délivré son baratin – fait de “la Nation a besoin de vous“, le pays est en danger“, “ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays“ et autres foutaises – avant de vous tendre le formulaire d’engagement que vous avez rempli, signant pour trois années de service sous les drapeaux. De fait, vous êtes actuellement en Afghanistan, un pays dont vous ignoriez l’existence. Lors de votre arrivée, vous vous êtes fait la réflexion que le paon ne survivrait pas à ce territoire hostile, trop de sable“.

Dans votre unité, vous êtes le seul blanc. Autant dire que l’acclimatation ne fut guère simple. Votre sergent est une femme et son second, un noir que vous suspectez d’être gay. Néanmoins, le temps passant, vous allez remettre en question vos préjugés. Patrouiller et zigouiller du barbu, ça crée des liens. D’autant que ces hommes sont comme vous : ils n’ont avec eux qu’une photo de leur femme/copine laissée au pays afin d’aider à soulager leurs besoins, font des réflexions racistes sur les Asiatiques et aiment chasser le Taliban.

Lors d’une sortie dans une zone tribale, vous êtes pris dans une embuscade. Les tirs fusent de toute part. Comme vous êtes américain, vous avez beau courir à découvert pour vous réfugiez derrière un gros rocher, les balles se contentent de vous effleurer. Un ennemi, sorti de nulle part, vous contourne. Il s’apprête à tirer. Vous allez mourir. Un head shot signé Katie, votre Sergent, vous sauve la mise. Vous lui adressez un léger signe de tête en guise de remerciement. Un geste fort en symboles. Reconnaissant, vous sautez la Sergent. Ce qui se passe à Kaboul reste à Kaboul.



DEUX

Depuis tout petit vous n’avez qu’un but : garnir le prestigieux corps des Marines comme l’eut fait votre père avant vous, le célébrissime Général Thomas MacDouglas. Le même qui mena les troupes US à la victoire lors de la glorieuse bataille de Batilla en 1987 et qui perdit la vie lors du siège de Tinoha, deux ans plus tard. Un journaliste écrira de lui qu’il “avait la carrure du héros des temps modernes à l’heure où la figure de l’anti-héros se généralise. Pour en revenir à vous, si l’on gratte un peu, il se trouve que votre volonté d’endosser l’uniforme est davantage le résultat d’une tristesse due aux (trop) longues absences de votre paternel – s’il préfère l’Armée à sa propre famille, c’est que cela doit être vraiment bien – qu’à une véritable vocation. Du point de vue de l’Armée, la seule chose qui importe est que vous vous soyez engagé. Pour le reste, libre à vous d’aller consulter un psy.

Plein d’enthousiasme, vous venez donc de signer pour un bail de dix ans renouvelable deux fois. Il faut dire que vous avez été élevé dans l’amour de votre pays, presque dans la vénération de la bannière étoilée et des Pères fondateurs. Quand votre père était présent, vous aviez l’obligation d’être debout à 6h30, de faire votre lit, de remercier le Seigneur d’être né au pays de la Liberté puis de vous positionnez au garde-à-vous dans le salon à 7h tapante, attendant que le Général vous fasse signe de commencer à entonner l’hymne national.

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Direction le Montana et la base militaire de Great Falls. A peine descendu du bus, vous êtes conduit dans une salle où vous rencontrez les autres membres de votre régiment, le 478ème d’infanterie. Puis place au traditionnel discours d’intimidation du Sergent-instructeur : “Quand j’en aurais fini avec vous, vous ne serez plus les fillettes qui me font face mais des hommes. D’ici le terme de votre formation, je vous promet de la souffrance, des pleurs et du sang. Vous allez apprendre à aimer la douleurEst-ce que vous porterez une tenue en latex et exigerez que l’on vous appelle maîtresse ?“. Il s’appelait Perry. S’il est devenu une légende, on ne sait pas ce qu’il est advenu de sa dépouille. Vous concernant, les vociférations de l’instructeur ont décuplé votre motivation. D’ailleurs, vous travaillez comme un forcené et êtes récompensé quand après un exercice de tir rondement mené, vous avez le droit à une tape dans le dos – la reconnaissance ultime. “Ton père serait fier de toi, fiston“. Les six mois passent en un clin d’œil et vous voilà devenu le matricule 67995.

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