La Triste vie de Stan : Incipit

dans ART ET CRÉATION

Salut à vous qui me lisez. Moi c’est Stan. Comme dans Stanley. Si je m’adresse à vous, c’est parce que je pense que ma vie vaut la peine d’être contée. Du moins c’est ce que je me dis pour tenir le coup. Qui sait, peut être qu’une morale en sortira.

La vérité, c’est que ma vie est assez pathétique. Vous pouvez enlever le “assez“. Mon existence est pathétique tout court. Je suis né il y 38 ans. En 1974. Je n’étais pas vraiment désiré. Pas du tout en fait. Chose que mon père n’a de cesse de me rappeler depuis. C’est d’ailleurs l’une de ses passions. Loin devant la chasse au Chicanos. On vit à Austin au Texas. Ici, on n’aime pas vraiment les Mexicains. Pas du tout en fait. Pour mes 11 ans, mon père m’a offert un tee-shirt avec écrit dessus “Non désiré“. Avec ce cadeau, mon père a réussi une prouesse : unifier toutes les brutes de mon école derrière une cause transcendante, moi. Les anciens bizuts, tout contents de ne plus être souffre-douleur, s’y sont mis aussi. Les enfants peuvent être très cruels. Par la suite, à chacun de mes anniversaires, mon père m’offrait un unique cadeau. Une carte avec toujours le même message manuscrit à l’intérieur : “Tu peux remercier le préservatif d’avoir percé“. Si j’ai pu naître, c’est surtout parce que mes parents sont anti-avortement. Ils sont Républicains. Un soir, mon père m’a raconté qu’ils étaient à deux doigts de se compromettre devant le Tout-Puissant. De commettre l’irréparable en tuant une vie, ma vie. Leur réflexion était simple : “l’Enfer éternel contre la vie de ce bâtard à venir ? Je signe !“. Ce sont les mots de mon père. Mon salut, je le dois à ma tante : la soeur de ma mère qui, sur son lit de mort, fit jurer à mes parents d’être toujours fidèles à Dieu. De ne jamais se détourner de la Bible. Elle est décédée deux heures avant le rendez-vous à la clinique où ma mère devait avorter. Une question de timing.

Mon père quand il n'est pas content
Mon père quand il est heureux

 

 

 

 

 

 

 

Ma relation avec ma mère s’est plus ou moins mieux déroulée. Deux ans après ma naissance, mes parents ont souhaité avoir un autre enfant. “Un vrai“, selon mon père. Ma mère désirait une fille. De tout son être. Elle priait même pour ça. A cinq semaines du terme de la grossesse, elle a fait une fausse-couche. Quelque temps plus tard, sa gynécologue lui annonçait que ses ovaires ne produisaient plus d’ovules. C’en était fini de son rêve de maternité. Elle devait se contenter de moi, son unique enfant. Elle ne s’en est jamais remise. Pour combler l’absence de cette fille qu’elle n’aurait jamais, elle s’est mise en tête de me transformer en fille. Métaphoriquement parlant. Elle m’a élevé comme une fille. M’achetant des robes et m’apprenant à me faire belle. Oui, belle. “Ma petite princesse“, qu’elle me surnommait. J’étais heureux : enfin l’un de mes parents passait du temps avec moi, et osai-je le croire, m’aimait. Le problème, c’est que quand tu as 5 ou 6 ans, tu ne te rends pas vraiment compte. Tu te contre-fiches de la manière dont tu es vêtu. A 10 ans par contre, les choses se compliquent. A cet âge, tu sais lire. Et quand dans le magasin, tu passes sans t’arrêter devant le rayon qu’une pancarte indique comme étant le rayon “Garçon“ pour te diriger vers la zone “Fille“, ça fait un choc. Ce jour-là, celui où je me suis rendu compte de l’imposture, j’ai vérifié : oui, j’avais bien quelque chose entre les jambes. Oui, j’étais un garçon. J’ai donc formulé la question : “Pourquoi est-ce que tu m’achètes des vêtements pour fille ?“. Ma mère m’a alors jeté un regard où se mêlaient effroi et colère – je me souviendrai toujours de ce regard ; le dernier qu’elle m’ait jamais adressé – avant de dire “Tu me déçois Suzie“. Oh, je me rends compte maintenant que j’ai oublié d’évoquer le nouveau prénom qu’elle m’avait donné. Je baissais les yeux, ne parvenant pas à soutenir l’intensité de son regard puis me dirigeait vers le rayon “Garçon“. Un acte de rébellion. Ma mère me planta alors dans le magasin. Je dus rentrer à pied. Il me fallut presque 3h pour retrouver la maison.

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