Dialogue autour du Porno – Judy Minx & Florian Voros

dans ART ET CRÉATION

Bordeaux accueille en ce moment la 13 ème Edition du Festival Cinémarges, dédié aux sexualités alternatives, aux questions de genre et d’identité. Le TYPE ne saurait que trop recommander à ses curieux lecteurs de profiter des projections et rencontres offertes dans le cadre de ce Festival impertinent. Forcément, ce n’est pas tous les jours que le Porno investit des lieux habituellement dédiés aux films d’auteurs, et que les sexualités alternatives peuvent être débattues en public au sein d’une Université !

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C’est d’ailleurs à l’Université de Bordeaux II que le sociologue Eric Macé a réuni vendredi deux personnalités militantes de la culture Porno française :

  • Florian Voros, jeune doctorant à l’IRIS-EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), militant et membre de l’organisation du Paris Porn festival.

 

 

 

  • Judy Minx, figure atypique et fascinante, actrice porno, militante de la communauté Porno Queer. Judy Minx n’a que 23 ans, mais a déjà derrière elle un solide bagage, à la fois théorique ( le TYPE vous recommande de parcourir son blog – malheureusement interrompu), et pratique, puisqu’elle poursuit une carrière “crossover” dans le porno mainstream et queer.

L’objet de cette rencontre était de décomplexer l’imaginaire associé au Porno, en présentant notamment le courant universitaire des Porn Studies, branche adjacente du champ des Gender Studies. Le TYPE vous propose donc un bref compte-rendu de cette intervention.

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La démonstration de Florian Voros était essentiellement articulée autour des notions de contrôle et de censure associées à la diffusion du Porno au travers des siècles. En revenant sur les usages différenciés du porno au travers des âges, Florian Voros montre que l’on peut identifier à partir du XIXème siècle un moment historique fort, qui voit l’émergence de dispositifs de contrôle des sensations pornographiques.

En reprenant le concept foucaldien de bio-pouvoir, il explique comment des dispositif de régulation issus de la médecine ont peu à peu chercher à réprimer l’usage du porno. De là la conception du porno comme “danger sanitaire” et la tendance à la répression éducative de l’obscène. Des ruines de Pompéï desquelles ont été exumés les premières statuettes “pornographiques”, à l’imagerie distribuée aux troupes lors des guerres, et enfin à la surenchère et à la marchandisation contemporaine, Florian Voros explique que le concept du Porno demeure un tabou, qui fait toujours l’objet d’une régulation bio-politique.

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Judy Minx intervient sur le mouvement porno féministe et queer, et propose de présenter ce mouvement encore très largement communautaire. En revenant sur sa carrière et son cheminement personnel, elle revient sur la genèse du Porno Queer.

Originaire de métropoles mondiales comme San Francisco, Toronto, Athènes, Amsterdam, le Porno Queer est un mouvement alternatif et revendicatif. Judy Minx affirme que l’objectif de ce mouvement est de “créer des représentations autonomes des corps et des sexualités, dans une tentative de s’affranchir des codes genrés“. Le Porno Queer sert ainsi d’incubateur à des démarches théoriques et pratiques s’inspirant des courants féministes pro-sexe des années 1980. Parmi les revendications du Porno Queer, se trouve l’idée d’offrir une visibilité à des corps qui n’en ont pas, la démarche du “safe sex“, et la représentations des sexualités alternatives. Judy Minx explique que dans le Porno Queer, l’enjeu n’est pas tellement masturbatoire, contrairement au Porno mainstream, il s’agit plus d’une expérience sensorielle, politique et d’une célébration de l’alternativité sexuelle.

D’après elle, le Porno queer tend à être menacé par le risque d’absorbtion et la labellisation en sous-genre du porno mainstream (notamment parce que ce mouvement tend à adopter, par imitation, les mêmes structure économiques). Ensuite, elle évoque un questionnement initié par un Universitaire américain sur l’utilisation même d’adjectifs pour catégoriser des genres de porno. Ainsi, elle affirme que les labels “queer”, “lesbien” tendraient à édulcorer la portée du mot “porno”, et ainsi permettre aux spectateurs d’élaborer des formes d’auto-justification.

Judy Minx défend ainsi l’idée que l’on puisse faire du porno, le revendiquer, et assumer pleinement le fait que le porno met en scène les individus dans ce qu’ils ont de plus primitif, sale, et de parfois trash. Pour elle, le Porno Queer ne doit pas être édulcoré, parce que le sexe est l’un des aspects fondamentaux de la condition humaine, et que le réinvestissement assumé de la sexualité est émancipateur.

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Crédit Photo Une: Judy Minx sur l’affiche du film Too Much Pussy – TOO MUCH PUSSY ! FEMINIST SLUTS, A QUEER X SHOW Documentaire d’Emilie Jouvet avec Mad Kate, Judy Minx, Wendy Delorme (Fr., 2010, 1 h 37)

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Site du festival Cinémarges

Bande-annonce du film MutantesVirginie Despentes :

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