Sociologie du tatouage criminel russe

dans ART ET CRÉATION

Ouvrage complet, à vocation scientifique et encyclopédique la nouvelle édition de RUSSIAN CRIMINAL TATTOO en trois volumes regroupe l’impressionnant travail de Danzig Baldayev – ancien maton d’une obscure prison de Saint Pétersbourg.

Associant textes, photographies et dessins, cet ouvrage fascinant compile 33 années d’observation quasi ethnologique du milieu carcéral russe, de ses codes et de la symbolique corporelle du tatouage criminel.

Cette pratique – en partie portée au yeux du grand public par le film Les Promesses de l’ombre de David Cronenberg – est le reflet d’un rite de passage associé au milieu carcéral, dans lequel chaque individu porte la marque corporelle et indélébile de ses actes. Pratique individuelle à la symbolique collective, le tatouage carcéral se fait le reflet d’une esthétique particulière, et d’une sous-culture historique. En effet, l’auteur explique que cette pratique est devenue courante dans les prisons russes dès le XIXème siècle, et s’est généralisée dans les goulags staliniens.

Entre symbolisme politique (les inscriptions véhiculent souvent des messages de dénonciation du régime politique), et CV criminel, ces tatouages se font le reflet des aspirations des détenus, mais témoignent également de la dimension fortement hiérarchisée du milieu carcéral; ainsi au-delà de son expression artististique le tatouage carcéral reflète la position sur l’échelon social de la prison de celui qui le porte, mais également de celui qui le fait.

L’imagerie et les figures utilisées font souvent référence aux symboliques religieuses, historiques ou politiques. Dans ce monde ou chaque figure fait office de langage secret, et l’auteur en décode les symboles récurrents: la tête de mort fait référence à l’assassinat, le chat au vol, le poignard désigne l’agresseur sexuel. Les cathédrâles, souvent tatouées sur les poitrines, font référence à la condamnation à la prison, et le nombre de coupoles qui les ornent permettent de deviner combien d’années le détenu y a passé. La symbolique “nazie” est également souvent utilisée, néanmoins le symbole de la svastica est un signe honorifique, puisqu’elle orne ceux qui n’ont jamais avoué leurs crimes. Enfin, les références sexuelles étaient attribuées aux prostituées ou aux pédophiles.

Chaque appartenance, chaque crime commis se doit d’être arboré, en suivant les codes complexes de cette culture criminelle. En celà, l’ouvrage de Danzig Baldayev fait figure de référence, notamment parce que l’auteur a pu se constituer en observateur privilégié du milieu carcéral.

Entre art et ethnologie, l’encyclopédie Russian Criminal Tattoo permet d’appréhender cette sous-culture, souvent méconnue et fantasmée.

Russian Criminal Tattoo Encyclopedia, de Alexei Plutser-Sarno, Danzig Baldaev et Sergei Vasiliev, Editions FUEL, 2010 – 25e le volume.

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