3,2,1…..POLO !

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Plus confidentiel et élitiste que les autres sports urbains, comme le skateboard ou le BMX nés dans les années 1990, le Bike polo voit sa popularité croître dans le milieu des sports de rue. Son esthétique, ainsi que la communauté soudée qui l’entoure et le diffuse, en font un sport urbain original, qui séduit de plus en plus de pratiquants.

Le TYPE a rencontré et interviewé Robert Lawrence, co-fondateur de l’association Bordeaux Bike Polo, pour qu’il nous parle de ce sport, son histoire, et sa pratique actuelle. (Les propos retranscrits ont été traduits de l’anglais).

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”
Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

A bike polo history.

Rob : Le Bike polo est né au début du XXème siècle, en Irlande, dans les champs et sur les terrains vagues. A la base c’est un sport de prolétaires, “working class”, plus accessible que le polo traditionnel, à cheval. Ce sport connaît ensuire une baisse de popularité, liée au contexte des deux Guerres Mondiales. Il renaît ensuite à Seattle, au tournant des années 2000, lorsque les coursiers se déplaçant sur des vélos à pignon fixe commençent à jouer au polo en utilisant des cannes de bambou comme maillets. Ce sport a recommençé à devenir populaire ces dernières années, sous l’impulsion des pionniers de Seattle. En 2003, ils organisent un Championnat mondial; puis ces tournois ont fleuri, et en 2005 on en comptait près de 25, rassemblant des équipes du monde entier. Aujourd’hui, on en compte environ une centaine à travers le monde.

L’association dont Rob est le cofondateur a organisé, les 8 et 9 Octobre dernier, un tournoi de bike polo à la Caserne Niel, rive droite.

J’ai commencé à jouer à Prague, il y a un peu plus de deux ans. Avec un ami, nous sommes allés au Bicycle Film Festival à Londres (on s’intéressait déjà au Bike polo avant ce voyage, mais à Prague on arrivait pas à trouver les tuyauteries nécessaires pour construire nos maillets).

C’est donc à Londres que j’ai vraiment pu découvrir ce sport en pratique; j’en suis tombé amoureux immédiatement (“Oh man, sport on bikes! it’s like my dream”). Avant le polo j’avais déjà pratiqué des sports d’équipe: le street-hockey, ou lacrosse. On peut dire que les “méthodologies” de ces sports sont quasiment identiques à celles du Bike polo: la manière de se positionner, les cages de buts, on utilise d’ailleurs une balle de street-hockey pour jouer au polo.

D’une certaine manière j’étais déjà en contact avec le polo avant d’y jouer !

Finalement, nous avons fini par trouver un immeuble désaffecté à Pragues, avec la tuyauterie adaptée pour construire nos maillets: on en a acheté 6 mètres pour 50 euros et nous avons construit quelquechose comme 8 maillets, 6 pour une équipe et deux de rechange. A Prague, il y avait déjà une association “Praha fixed”, pour les “fixed gear riders”; nous avons pu commencer à jouer au polo par ce biais là. Ensuite, le départ puis l’arrivée sur Bordeaux ont été une bonne chose pour moi; déjà, la météo ici est parfaite pour jouer au polo ! Ensuite il y avait déjà une communauté de joueurs ici, je les ai contactés via un forum et c’est comme ça que j’ai rencontré la plupart de mes amis.

http://leagueofbikepolo.com/

http://www.pignonfixe.com/index.php

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

“We are the street”.

Il existe une différence cependant dans les pratiques, le sport que nous pratiquons, nous l’appelons le “hardcourt bike polo” – il se joue dans les villes, sur le béton. Ce polo là correspond à une communauté particulière, qui se réapproprie des terrains abandonnés, en ville. Cette communauté là est restreinte donc très soudée (“intimate”, “close”, “tied community”). Ce sont tous des passionnés de vélo à la base. Avec la révolution du fixie, beaucoup de gens se sont soudainement intéressés au vélo, ont commencé à en acheter, je pense que c’est une bonne chose; cependant, je pense qu’avec le polo c’est un peu différent parce que la dimension d’effet de mode est moins prégnante (“people doing it for style”), tu dois avoir une connaissance précise du matériel (“you have to be good at bike”), connaître son matériel tout simplement pour pouvoir le réparer, puisque nous abîmons souvent nos vélos en jouant !

La raison pour laquelle je dis “we are the street” c’est parce que c’est un sport de débrouille, on joue dans la rue, on récupère notre matériel dans la rue, on a pas de terrain officiel, on se sert des espaces urbains, on se les réapproprie (parking lots, basketball courts). D’une certaine manière on appartient à la rue.

Les têtes de maillets sont construites en tuyauterie “gaz pipes”, les premiers maillets “pré-fabriqués” n’ont été commercialisés que l’année dernière. C’est donc sur des chantiers, en ville, que les joueurs de polo se procurent les matériaux qui servent à la fabrication des maillets, les manches sont fabriqués avec des bâtons de ski. Cette dimension DIY, la nécessité de se procurer les matériaux, passer du temps à fabriquer ses outils, confère à la communauté des joueurs de Bike polo une certaine intimité.

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”
Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

“Let’s grow it and let’s make sure it’s gonna be ours”.

C’est vraiment très excitant de pratiquer un sport qui est récent, nouveau, et dont je suis sûr qu’il aura un futur ! C’est déjà trop important pour n’être qu’un effet de mode, il y a déjà environ 25 000 joueurs de polo dans le monde, et de nouvelles équipes fleurissent chaque jours dans de nouvelles villes. C’est un sport qui se développe énormément grâce au Net, les joueurs postent des vidéos, nous communiquons grâce aux forums, on échange des idées, sur la “mécanique” comme sur le design des vélos.

Le plus dur c’est de conserver ce côté artisanal, de faire attention aux dérives de commercialisation. En ce moment, il y a un débat puisque la Fédération Française de cyclisme souhaierait nous ramener en son sein. Je n’ai pas de souci avec ça, tant que je sais ce qu’il se passe. Ce qui m’importe c’est que notre sport ne soit pas “dévoyé”: on s’efforce de maintenir les tournois gratuits, les équipes payent une inscription mais en échange, elles bénéficient de la gratuité des repas, nous offrons les bières et même un hébergement. Cette communauté est vraiment soudée, si je voulais retourner aux Etats-Unis pour un tournoi de bike polo par exemple, je sais que je pourrais me faire héberger gratuitement par des joueurs.”.“It’s a part of the spirit”.

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”
Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

Le souci de l’esthétique.

Les joueurs accordent beaucoup d’attention à l’esthétique de leur vélo. La plupart d’entre nous étions des passionnés de vélo avant le polo: racing, mountain bikes, alleycats… Pour moi qui suis passionné de vélo, qui les collectionne on peut dire que je les aime vraiment tous, mais c’est vrai que j’ai passé énormément de temps sur celui dédié au polo. C’est mon préféré. C’est un vélo très simple, épuré: un cadre, un pignon, une roue libre, un pédalier. Le vélo de polo a des freins, mais c’est vrai qu’un fixie classique, qui n’en possède pas, est vraiment un objet élégant.

Source: Google Image

Tout le monde possède un vélo différent, chaque vélo est customisé par son propriétaire, et est donc unique. Certains utilisant par exemple des anciens fixies, ou un cadre de VTT converti, chacun travaille sur son propre vélo.

On se distingue par les couleurs associées aux équipes, et surtout grâce aux “wheel covers” (les protections cartonnées qui recouvrent les rayons), elles permettent d’afficher les couleurs de l’équipe, du club.

On utilise aussi beaucoup l’esthétique du racing bike (cyclisme de course). En ce qui concerne la tenue, c’est vrai que pour le côté pratique on porte quasiment tous des jeans coupés au niveau du genou, parce que la toile de jean est solide.

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

Bordeaux Bike Polo.

Avec mon ami Guillaume Maldidier nous avons monté l’association Bordeaux Bike Polo (il fait aussi partie de l’équipe Ma Couille (Rob, Guillaume et Rémi), parce qu’on était vraiment motivés pour développer ce sport. Il existe à Bordeaux une association dédiée au fixed gear (Bordeaux fixed gear), mais le Bike polo est un sport particulier, différent du simple pignon fixe, donc il fallait une structure spécifique dédiée à ce sport. Le statut d’association permet d’utiliser les infrastructures municipales, chercher des sponsors, organiser des évènements. Le mois dernier on a organisé une démonstration place Pey Berland, l’association nous permet d’exposer notre sport. On a organisé notre premier tournoi les 8 et 9 Octobre dernier, le BDX OPEN, on a réuni 16 équipes (dont 2 équipes Londoniennes, trois joueurs des Etats-Unis). Nous organiserons notre prochain tournoi l’année prochaine, étant donné qu’on dépend des conditions météorologiques pour jouer. Avec mon équipe Ma Couille, notre prochain déplacement est prévu à Toulouse.

On organise également chaque mois le “Dimanche social” à la Caserne Niel: on propose un BBQ, des bières et des matchs de polo, c’est ouvert au public bien sûr.

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”
Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

“I hope that people come watch and come try it !”

C’est un sport qui se développe rapidement, la clé c’est de rester actif, de faire vivre le sport en organisant des évènements, plus tu montres de passion, plus les gens réalisent le potentiel du Bike polo. C’est vraiment un sport addictif ! On a une communauté cool et solidaire, on aide les nouveaux pratiquants à construire leurs vélos, leurs maillets. Ca devient de plus en plus accessible “au grand public”. Il y a même des équipes qui comprennent des joueuses de polo, des tournois ouverts aux équipes féminines, voire même uniquement féminins (Ladies’ army – Austin, Tx). Souvent d’ailleurs, les équipes avec des filles jouent à un très haut niveau, je pense à l’équipe Polo synthèse de Francfort, c’est intéressant ! C’est un sport plutôt masculin c’est vrai mais on recherche des joueuses féminines à Bordeaux, “for sure” !

Crédit: page Facebook “Bordeaux Bike Polo”

Les principales règles du Bike polo

  • Les équipes sont composées de 3 joueurs.
  • Il faut tirer avec l’extrémité circulaire du maillet, et non avec la partie latérale la plus large, afin de pousser la balle dans les cages (de hockey).
  • Pour les passes, il est possible d’utiliser les deux côtés du maillet.
  • Si un joueur pose son pied à terre, il doit immédiatement aller taper dans la cloche qui se situe sur le côté du terrain, avant de retourner disputer le match. C’est une sorte de gage.
  • Le premier arrivé à 5 buts, ou l’équipe ayant le sport le plus élevé à l’issue des 10 minutes, remporte le match. Cependant, plus on avance vers les phases finales, plus les matches durent longtemps (jusqu’à 20-25 minutes). Des fois, on applique la règle du “golden goal”: le premier à marquer gagne.
  • La taille du terrain correspond à celle d’un terrain de street hockey, les joueurs bordelais se retrouvent à la Caserne Niel, rive droite.

C’est un sport qui demande de l’équilibre et de l’adresse, une main sur le guidon pour diriger son vélo, et l’autre qui tient le maillet. La principale stratégie consiste à déséquilibrer ses adversaires afin qu’ils posent le pied à terre. Le contrôle du vélo est fondamental. Les contacts sont autorisés, tant qu’ils sont dirigés (vélo contre vélo, corps contre corps, maillet contre maillet uniquement) : “like against like”.

Pour en savoir plus, visitez le site internet de l’association Bordeaux Bike Polo, ainsi que leur page Facebook.

 

 

 

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