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Flavien Berger

vie sauvage, huitième édition : report photos

dans ÉVÉNEMENTS/REPORTAGES

Fleurs dans les cheveux, brin d’herbe à la bouche, déhanchés nonchalants… Aucun doute, les festivaliers ont encore été fidèles au rendez-vous vie sauvage pour la huitième année consécutive. Avec sa programmation singulière, les artistes présents cette année ont fait vibrer Bourg-sur-Gironde et sa citadelle. Des notes tendres de Voyou au show hystériquement maîtrisé de Marc Rebillet, tout le monde a su y trouver son groove. Des festivités également rythmées par de nombreux plateaux artistiques et gastronomiques. Retour en images sur ce festival haut en couleurs.
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Flavien Berger : interview.

dans MUSIQUE

En ce début de mois de février tiraillé entre un ciel bleu et des pluies éparses, vie sauvage était de retour le week-end dernier à l’IBoat pour présenter la quatrième édition de la collection hiver du festival.

Pour l’occasion, vendredi soir, c’est Flavien Berger qui prenait possession de la cale du bateau. Il nous livra un live d’un peu plus d’une heure. Cet homme atypique aux cheveux mi-long n’est plus tellement à présenter. Après trois EP, Glitter Gaze et Mars Balnéaire en 2014, puis La Fête Noire en 2015, il sort en avril 2015 son premier album Léviathan. Et dernièrement il a même offert en téléchargement gratuit l’album Contrebande, le disque de Noël. De sa voix au large ambitus, il transporte le public directement à l’intérieur d’un univers qui lui est propre. C’est à la fois poétique, un peu fou et rempli d’une certaine énergie mystique. 

La vieille de son concert, Le Type a eu le plaisir de pouvoir poser ses questions à cet O.V.N.I de la musique électronique pour en savoir un peu plus.

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Bonjour Flavien, comment-vas-tu ?

Je vais bien, je suis à l’Orillon, un bar à Belleville que j’aime beaucoup et je viens de manger une chocolatine. C’est toujours meilleure quand on dit chocolatine que pain au chocolat. Et sinon ça va très bien, l’année commence sur les chapeaux de roue.

Tu avais déjà été de passage l’année dernière à l’Hérétic, heureux de revenir cette année à Bordeaux à l’IBoat ?

Ouais, à l’Hérétic ça a été une des dates que j’ai préféré parce que c’était de la folie et aussi parce qu’on était à l’Hérétic, donc le plafond était bas. C’était une soirée de pleine lune en plus et les soirs de pleine lune il se passe des trucs incontrôlables, que la raison ne sait pas canaliser. J’avais vachement kiffé et je suis content de revenir parce que on a eu pas mal de rendez-vous manqués cette année donc là c’est bien de se retrouver à la rentrée, histoire de reprendre les bases.

En plus tu verras qu’à l’IBoat aussi il y a un plafond plutôt bas, donc tu retrouveras le bonheur du plafond bas.

Génial, le bonheur du plafond bas. Je ne viens que pour les plafonds bas à Bordeaux. (rire)

Et avant de te lancer dans la musique, que faisais-tu? Tu a toujours fais ça, ou tu as eu Une sorte de « vie antérieure » ?

Non, en fait j’ai toujours fais de la musique par passion, par occupation, comme d’autres font des activités sportives ou s’adonnent à des hobbies. Et puis j’ai fais de plus en plus de musique et à un moment je faisais ça à fond. C’était par effet boule de neige de pratique aussi. Sinon je fais des choses à côté, je suis professeur dans une école et puis il y a souvent d’autre projets qui sont menés de front. Mais bon la musique c’est central depuis deux ans.

Tu es professeur à l’atelier de Sèvres c’est ça ? Qu’enseignes-tu ?

Oui c’est ça. J’ai enseigné quatre ans la vidéo, et cette année j’enseigne le son et la pratique de faire du son dans des œuvres d’art et comment les mettre ensemble. C’est assez difficile, car ce n’est pas encore dans le champ des arts vraiment explicites le son. Qui sont les artistes sonore ? Dans le milieu de l’art contemporain on ne les connaît pas. C’est un champ qui n’est pas solitaire, qui n’est pas au même niveau que les autres. Donc en plus quand t’es étudiant et que tu veux travailler là dessus, si tu veux en parler à des concours c’est difficile. C’est une pratique qui est encore à questionner alors qu »il y a des pratiques qui existent et on questionne les œuvres et les travaux. Mais là c’est la pratique en soit qui est à prouver.

Après l’album Léviathan et puis l’album surprise Contrebande: le disque de Noël, tu te vois faire quoi ? Peut-être partir sur d’autre sentiers que la musique ?

Non, justement le sentier de la musique il est très bien parce qu’on parle de musique et moi ça me va. Donc je me vois continuer à faire et écrire de la musique, à faire des disques et à continuer à faire des concerts pour jouer mes disques en live. Je trouve que la structure telle qu’elle est est très bien. Le fonctionnement il est clair, il est simple. Dans le cadre du disque je peux expérimenter et j’ai pas a redéfinir le cadre, c’est ce qui me plaît.

Tu as un sacré univers, elle vient d’où toute cette inspiration ?

De partout, c’est redigérer des influences. C’est se servir des choses qu’on imagine et les faire rentrer dans des cadres d’illustration. Ça vient du cinéma, de rêves, de sons. Ça vient aussi de la drogue, des apparitions, de l’exploration de failles, de la croyance en des êtres invisibles. Ça vient de plein de choses différentes qui sont toutes liées à l’histoire que je veux raconter. Car ce sont des histoires que je veux raconter. Dans le cas de Léviathan c’est une grande histoire fragmentée en plein de reflets. Chaque morceau parle d’un de ces reflets là. C’est une histoire éternelle, c’est une histoire d’exploration de l’inconnu et c’est une métaphore de l’aventure amoureuse. J’ai fais exprès que ce ne soit pas très clair parce que sinon on ne pourrait pas imaginer ce que l’on veut. Mais en tout cas c’est un fil rouge que j’ai tracé et que je change de couleur au fur et à mesure des morceaux.

Quelles seraient tes influences du coup ?

J’aime bien les œuvres de n’importe quel domaine artistique qu’elles soient, qui font appel à la distanciation. C’est-à-dire un phénomène de prise de recul sur la situation de contemplation. Pour les films j’aime bien Richard Linklater qui est un cinéaste américain qui fait plein de films différents à chaque fois et qui dresse des dogmes et des codes qui font qu’à chaque fois ça lui donne des champs d’expérimentation pour faire ses films. Par exemple il a fait un film sur douze ans qui s’appelle Boyhood ou bien il a fait un film sur le rêve où il a demandé à des gens de redessiner chacune des images du film, ça c’est Waking Life, qui est un de ses meilleurs films. Richard Linklater pour moi c’est un mec génial. J’aime bien Lars Von Trier aussi. J’aime bien la littérature un peu méta, la science fiction qui te ramène à ta condition de lecteur, ta condition d’humain au XXIème siècle. En musique j’aime bien Philippe Katerine, qui va lui par exemple faire un album où il y a une idée par chanson et qu’une seule et c’est génial. Du coup il va beaucoup plus loin que plein d’autres gens qui veulent se cacher derrière des milliards de concepts pour faire une musique qui n’est pas bien au final. J’aime bien Salut C’est Cool. J’aime bien Gainsbourg, qui lui va se donner comme concept de mélanger des choses qui ne sont pas censées être ensembles au départ comme un style de musique et un thème ou un style d’écriture et un genre musical. Enfin voilà, j’aime bien les gens qui expérimentent mais qui mine de rien n’ont pas l’air d’expérimenter. Car en ce n’est pas un genre en soit d’expérimenter, c’est juste une philosophie, une manière de voir le monde. Les gens qui font juste de la musique expérimentale je trouve ça bidon parce que ce sont des mecs qui n’ont pas réussis à faire rentrer leur expérimentation dans un cadre digeste.

Parle nous un peu du clip de Bleu sous-marin, c’était un concept assez original de tourner le clip et de le retransmettre en direct sur Youtube.

C’est du méta-cinéma. Justement méta c’est un terme que j’ai utilisé deux secondes avant pour parler de la distanciation. C’est le travail de deux réalisateurs, Cosme Astro et Jeanne Frenkel. Ces deux personnes viennent à la fois du théâtre, des arts plastiques et du cinéma. Et elles ont eu l’idée de faire comme ça un plan séquence, et de le retransmettre en direct sur Youtube. Je trouve que c’est une des premières fois où on atteint la justification de l’illustration de l’image. Le clip c’est juste un objet commercial, pour diffuser de la musique à la télé ou sur internet, c’est juste pour faire parler de ta musique. Même si dedans il y a des choses géniales. Il y a même des choses qui ont changé l’histoire de l’image. Mais ça reste en soit un format bâtard. C’est pas noble. Sauf quand les gens s’en emparent et réussissent à faire un truc qui s’émancipe de ça et qui transcende le cadre du clip. Et ça rejoint ce qu’on disait sur le cadre et les contraintes.

C’est un peu repousser les limites que le cadre du clip impose alors ?

C’est l’idée ouais, en plus dans le clip il y a un dogme qu’on a mis en place avec Robin Lachenal, le directeur artistique du projet visuel de ma musique. En fait on a fait un dogme avec pleins d’éléments. Il faut qu’il apparaisse dans chacun des clips, il faut que chacun des éléments soient comme des chapitrages, comme dans les livres où tu serais le héro mais là c’est les clips dont tu es le héro. Et ils ont bien réussi Cosme Astro et Jeanne Frenkel à faire ça, parce qu’en fait tout ces éléments apparaissent dans le clip mine de rien. Il y a des signes qui reviennent. C’est à la fois des signes, des sigles, des images, des métaphores, des lieux, des environnements. Ça c’est intéressant et ils l’ont bien réussis.

Pour terminer, t’en penses quoi toi de la disparition des accents circonflexes dans la langue française ?

Je pense qu’il ne faut pas l’affilier à un contexte particulier. Ceux qui arrivent à rapprocher la guerre en Syrie et l’accent circonflexe, c’est des connards. Après l’accent circonflexe c’est joli, moi je continuerai toujours à l’utiliser parce que c’est un sigle joli, parce que j’aime bien les lettres en majuscules, les graphismes orthographiques, la cryptographie. J’aime bien tout ce qui est sigle et la signification. Donc l’accent circonflexe de toutes façon ça rappelle que avant il y avait des S à la suite de la lettre qui porte l’accent, c’est juste une espèce de trace du passé mais moi je trouve surtout que c’est une ornementation qui me plaît, donc je continuerai de l’utiliser. Après les académiciens ils font ce qu’ils veulent, c’est cool. La langue elle est faite pour changer, voilà. Je n’ai pas de problème avec ça.

Le Type remercie encore Flavien Berger de lui avoir accorder un peu de son temps.

Crédits photos: Nico Pulcrano – photo prise à l’Hérétic le 21 mars 2015 


Si vous voulez vous amusez à retrouver les éléments qui constituent le dogme mis en place dans les différents clips de Flavien Berger allez faire un tour par ici ou bien par  ou encore .

Escale bordelaise pour l’odyssée de L’Impératrice

dans MUSIQUE

Samedi dernier, L’Impératrice m’accordait quelques minutes de leur précieux temps, juste avant leur live à l’Heretic et la sortie de leur nouvel EP Odyssée. Le rendez-vous est pris pour un entretien chez un de leur ami, qui bosse pour Vie Sauvage, pour 18 heures. Ponctuel comme je suis, j’arrive pile à l’heure devant une belle baraque vers Bergonié. Charles, Hagni et David sont déjà posés dans le jardin. Un peu de show-off pour commencer, je montre que j’ai bien bossé mes dossiers. Je leur parle de leur dernière « recrue », Flore, à Charles de son expérience chez Trax Mag … Ca y est ils sont lancés. On débat sur les magazines culturels, de leur pote Flavien Berger, de musique sérielle, ça part dans tous les sens, j’aime ça. Des mecs aussi passionnés que passionnants. Merde, je fais une gaffe, je leur parle de Cracki Records mais ils n’y sont plus. Mais on reviendra sur ce point plus tard. L’ambiance est détendue, quelques binches et en plus de ça, le soleil est de la partie. Retour sur un entretien fleuve.

Alors, vous nous préparez quoi pour ce soir ?

Hagni : C’est un format réduit. On a commencé à se pencher dessus il y a un an déjà. On entendait pas mal de commentaires nous disant qu’on avait un gros backline. On était cinq, un nombre assez conséquent, on a donc dû refuser certaines propositions parce que ça nous revenait cher par rapport à notre statut. On a donc pensé à élaborer un format réduit. D’autant plus qu’à l’époque, on faisait pas mal de trucs en parallèle de la musique du coup on n’était pas tous dispos en même temps. Ca nous permettait de faire des concerts même si tout le monde n’était pas là.

Charles : Ouais exactement. Ca nous permettait de continuer à fédérer le public, aller rencontrer des gens sans se priver. On ne pouvait pas se permettre de faire des croix sur les opportunités qui se présentaient à nous. Mais le but aussi c’est que quand, par exemple, on joue avec David (guitare/basse), c’est d’apporter à cette formation tout le groove, toute la chaleur qui n’existe pas avec les machines où tout est sur le temps, tout est millimétré …

David : Visuellement aussi c’est intéressant pour le public de ne pas voir que des machines.

Hagni : C’est clair mais pour être honnête il faut aussi dire qu’on était dans une phase où on voulait expérimenter des trucs un peu plus électroniques, plus house, plus dansant. On voulait s’amuser à remixer nos propres morceaux pour les rendre plus clubs que concerts. C’était aussi un petit challenge enrichissant.

Par contre pour la promo du nouvel EP « Odyssée » (release party à la Maroquinerie le 13 Octobre), ça va être une formation complète ?

Charles : Oui bien sûr, parce que ce disque a été fait à six ! Chacun va vraiment jouer sa partie : batterie, guitare, basse, synthés et voix. Depuis trois ans déjà on joue à cinq pour les gros gros concerts, c’est seulement pour les formats club qu’on est en formation réduite. Mais là du coup on est six parce que la chanteuse, Flore, vient de nous rejoindre pour ce disque.

L’EP précèdent, « Sonate Pacifique », c’était un voyage aquatique. Pour « Odyssée » j’ai le sentiment d’un voyage spatial. Dans une interview, Charles citait Thomas Bangalter en disant que la fonction première de la musique « c’était l’émotion avant l’innovation ». Cette thématique récurrente du voyage, c’est une meilleure manière d’appréhender émotionnellement la musique selon vous ?

Charles : Oui je pense parce que le voyage se traduit par les émotions. Quand tu voyages tu découvres des nouvelles choses, des nouvelles odeurs, des nouvelles cultures, des températures, des ambiances. Et il y a un truc amusant avec le voyage, c’est que tu en gardes un souvenir visuel mais qui reste toujours très figé. Et en général il y a ce truc très con qui s’appelle la madeleine de Proust et si t’es chez toi et que tu sens telle odeur ou que t’entends tel morceau ça va te rappeler de manière beaucoup plus vive le moment où t’étais, le paysage que tu regardais à ce moment là. Le voyage et l’émotion ne font qu’un tout.

L’aspect voyage c’est donc quelque chose de voulu vraiment …

Charles : Ah oui clairement. Et du coup par rapport à la mixité du disque, qui est probablement moins uniforme que les deux précédents (L’Impératrice et Sonate Pacifique) qui se ressemblaient beaucoup dans la structure des morceaux et dans l’ambiance qui se dégageait sur chacune des tracks, avec Odyssée on a un périple. Ce que tu vois sur la pochette c’est la rupture entre deux éléments, entre deux univers. T’as ce wagon qui est terrestre et qui s’envole vers l’espace. Mais avant d’arriver à destination t’as plein de stops, plein de paysages différents qui correspondent chacun à une track. T’as le premier morceau qui est le départ, comme un espèce de décollage de fusée, t’as « Agitations Tropicales » qui est une espèce de partouze énorme dans la jungle …

Justement « Agitations Tropicales » j’ai l’impression que c’est le morceau qui est le plus en rupture avec le reste des tracks …

Charles : Oui mais chacun des morceaux finalement rompt totalement avec le précédent …

Mais ce sont quand même des sonorités hyper nouvelles cette track …

Charles : Non je ne pense pas. Je pense que c’est dans la continuité de tout ce qu’on fait. Il y a toujours une base disco, on est peut être revenu à des formats un peu plus simples. « Agitations Tropicales » c’est quatre accords qui tournent en boucle et on brode autour pour créer une ambiance. Et les paroles sont hyper importantes. Et il y a aussi ce morceau, « Parfum Thérémine », je ne sais pas si tu vois ce que c’est un thérémine ?

Si si l’instrument bizarre, comme ça là (brave tentative d’imitation d’un joueur de thérémine avec mes deux mains) ?

Charles : Oui voilà l’instrument comme ça (rires) ! C’est un instrument un peu magique, mystérieux et il s’en dégage un truc invisible, indicible. Ca marche avec des ondes magnétiques et la manière dont ça fonctionne c’est vraiment le parfum de L’Impératrice. Le son que ça dégage, cette espèce de voix hyper plaintive et très féminine ça a toujours été le leitmotiv de L’Impératrice.

Hagni : Juste à propos d’« Agitations tropicales », là ou elle diffère par rapport au reste de l’EP, c’est peut être aussi la thématique de la chanson. Comme Flore est arrivée à partir de ce disque, forcément tu réfléchis différemment par rapport à l’ajout d’une voix. Et c’est différent aussi parce que là c’est vraiment la mélodie qui accompagne la voix, et non l’inverse, contrairement à « Parfum thérémine » ou « La lune » où la voix est là pour agrémenter le morceau. Dans « Agitations tropicales » il y a une vraie structure couplet, refrain, couplet, refrain, …

Charles : Ouais il y a truc pop quoi !

Pour moi c’est d’ailleurs le morceau que j’aurais naturellement vu comme single !

Charles : On s’est dit que c’était tellement évident que ça marcherait forcément. Mais finalement ce qui est intéressant avec un single c’est de prendre des risques. Et je pense que le choix de « La lune » a été un pari gagnant parce qu’elle tourne bien, elle a même été playlistée par Inter (et encore mieux, par Le Type dans l’Eclectype #01, ndlr) !

LA consécration (rires) ! Ou alors c’est plutôt Nova la consécration ?

David : Non c’est NRJ (rires) !

Charles : Nova non parce que ça n’occupe pas tout le territoire, c’est réservé qu’aux grosses villes et ça a une image plus cool, jeune… Inter c’est un public plus large. Du coup se dire qu’on a une musique, qui nous nous semble un peu pointu, « La lune » c’est pas le morceau le plus facile d’accès, qui peut toucher un plus grand nombre ça nous fait plaisir. Et d’ailleurs on se rend compte que notre musique touche un panel de gens hyper large.

Hagni : Ouais, surtout au niveau des générations. Que ça soit la notre ou celle de nos parents ça leur parle.

Et les voix c’est uniquement Flore ?

Charles : Oui sur toutes les tracks. C’est une chanteuse de jazz, elle a collaboré avec un groupe parisien sur un EP déjà mais elle n’a pas sorti énormément de choses encore. Mais maintenant elle fait partie intégrante de L’Impératrice. On va apprendre à bosser avec elle et pour elle surtout. Parce que là c’était surtout genre: on a les morceaux et elle pose sa voix dessus juste. Il faudra apprendre à composer par rapport à sa tessiture, ses émotions. Et Hagni chantes aussi !

Hagni : Ouais ouais les backs un peu !

Charles : Si tu tends bien l’oreille tu peux l’entendre (rires) ! Mais sur cet EP, les voix donnent une dimension complètement différente, il est beaucoup plus mûr que les précédents. Les formats sont beaucoup plus pop avec la voix c’est sûr. C’est très étonnant l’effet que peut avoir une voix sur un morceau. Ca rend tout de suite le morceau plus accessible. Ton attention est en fait complètement focalisée dessus donc tu vas faire moins attention au développement de la basse, de la batterie, de l’harmonie, …

Vous ne vous fixez pas de règles du genre « faut absolument chanter en français » ?

Charles : Non non mais c’est vrai que ça a été très vivement suggéré. Je ne sais pas si c’est mieux ou si c’est plus la tendance qui veut ça. Mais quand t’es capable de le faire c’est vrai que c’est bien parce que c’est une belle langue et qu’il faut la défendre. C’est sûr aussi que c’est beaucoup plus exigeant, t’as pas les mêmes libertés qu’en anglais, les rythmiques ne sont pas les mêmes … Moi au début j’avais peur, je trouvais ça très prétentieux de faire ça en français.

Et pour l’enregistrement c’était tous ensemble en studio ou chacun de son côté ?

David : Un peu des deux ! On enregistrait certaines choses à part pour tester de nouvelles choses par contre la batterie on a fait en studio, les voix, les synthés aussi. Et basse et guitare dans un autre studio.

Vous n’avez pas votre home studio encore ?

Charles : Si quasiment mais il n’est pas assez élaboré pour qu’on puisse enregistrer des batteries ou des belles lignes de basses. C’est pour les démos surtout.

Hagni : Mais d’un autre côté aller dans un studio que tu connais pas c’est pas mal parce que c’est l’inconnu donc un peu d’adrénaline. Ca rend le moment unique.

Charles : Je ne sais pas si le studio c’est vraiment bénéfique pour un groupe comme nous, je me demande si on est suffisamment mûrs.

David : Si quand même ! Le studio quand t’enregistres t’as pas de public, du coup ça t’apprend à être hyper focalisé sur la musique, t’essayes d’être ultra pointilleux. Alors qu’en live il va y avoir l’image, va falloir se dépenser sur scène tu dois penser à plein d’autres trucs …

Charles : Je suis d’accord mais je comparais ça plus aux démos qu’aux lives. J’ai le sentiment, de manière générale, que nos démos sont souvent plus sensibles que ce qu’on enregistre bien proprement en studio où tu fais énormément attention aux détails. J’ai l’impression qu’on perd un peu en spontanéité en studio. Le morceau ne reflète pas forcément l’intention d’origine et ça peut parfois être frustrant. Après tu peux faire du cas par cas. Pour le morceau « Odyssée » le studio a été bénéfique mais à l’inverse pour « A View To Kill » (« Sonate Pacifique », 2014) je trouve qu’on l’a perdu en studio. « Aquadanse » pareil.

David : Je pense que beaucoup de groupe on ce problème là. Parce que la démo c’est que toi t’as pas de directives comme il peut y en avoir dans des gros studios.

Au fait, j’ai cru comprendre que vous n’êtes plus chez Cracki. Pourquoi ?

Charles : On est parti d’un commun accord parce que nos exigences et les leurs ne coïncidaient pas, c’était mieux comme ça je pense. Un moment c’est bien aussi de prendre son indépendance. Ce groupe au début il a vraiment existé dans les filets de Cracki et grâce à leur notoriété mais à un moment on en a eu assez d’avoir notre nom toujours associer au leur. Surtout qu’on s’est aperçu que notre public on le devait plus à notre travail qu’à eux. Ca permet aussi de supprimer un intermédiaire dans le circuit financier, on est déjà assez nombreux dans ce groupe. On a des comptes à rendre à plein de monde déjà, on n’a pas forcément envie de lâcher un pourcentage encore à un label.

Et votre formation musicale classique, elle vous sert énormément ?

David : C’est un atout oui. L’oreille est prédisposée pour certaines choses, harmoniquement c’est assez intéressant. Mais c’est un peu dur de sortir du classique…

Hagni : C’est aussi un formatage la formation classique en fait. Il y a des bons côtés mais quand tu vas vers un autre genre de musique il faut désapprendre certaines choses pour pouvoir pleinement comprendre d’autres types de musiques.

Charles : C’est là que la rencontre est hyper intéressante. Leur côté rigoureux de musiciens classiques me permet aussi de donner corps à des idées que je peux avoir mais que je ne suis pas capable de mettre en œuvre.

Hagni : Et nous ça nous permet de sortir des sentiers battus. Quand Charles va proposer une idée parfois ça va nous paraître complétement illogique par rapport au format classique mais au final ça fonctionne totalement.

Vous pensez quoi de la démocratisation de la musique ? Tout le monde semble pouvoir s’improviser « artiste » j’ai l’impression …

Charles : C’est un non-problème en fait. C’est comme si tu demandais à un photographe ce qu’il pense de tous ces gens qui postent des photos sur les réseaux sociaux. Finalement on peut rien y faire. C’est surtout un problème commercialement parlant je pense parce que typiquement aujourd’hui les tourneurs, les programmateurs vont privilégier les musiciens qui sont seuls.

Hagni : En fait c’est la suite logique du DJ. Le truc qui a changé les choses c’est le producteur/DJ parce que c’est le format où t’as une seule personne, zéro risque financier. C’est beaucoup plus facile à faire tourner, beaucoup moins fastidieux en terme de logistique.

Charles : On peut aussi dire que c’est la suite logique de l’individualisme latent de notre société. Tout est vraiment autocentré, on a un culte de la personnalité hyper prononcé. On perd de plus en plus la notion de musique de groupe au profit du culte du DJ. Du coup la démocratisation ça permet à n’importe qui de faire de la musique sur GarageBand sans pour autant connaître une seule note. J’ai un exemple assez marquant en tête c’est Flavien Berger avec qui on a joué. On a réinterprété un de ses morceaux qui s’appelle « Vendredi », et à un moment on lui demande « fais un do » et en fait il ne savait absolument pas où se placer sur son clavier ! Tout est possible aujourd’hui il y en a pour qui ça marche, comme lui, et d’autres qui sont beaucoup moins légitimes et talentueux que lui.

On apprécie l’appel à l’imagination du concept de L’Impératrice, le fait qu’aucune image ne s’impose à nous mais quand même : à quand les premiers clips ?

Charles : On a deux clips en cours ! Le premier c’est celui de « Parfum Thérémine » qui va sortir très bientôt et on en a un pour « Vanille Fraise » qui aurait dû sortir il y a quelques mois déjà (rires) !

David : D’après mes infos c’est encore en cours de montage !

Prochaine étape : l’album ?

Charles : C’est le but ! Sortir des EP’s c’est mignon mais ça reste des coups d’essai. Un album c’est une histoire plus longue, un vrai investissement. On a à cœur de montrer aux gens qu’on est capable de s’exprimer sur une dizaine de titres, ça serait beaucoup plus logique que quatre morceaux qui peuvent paraître disparates.

Hagni : Mais le fait que les jeunes groupes comme nous sortent beaucoup d’EP’s, c’est aussi une question économique. Mais par contre avec cette fameuse démocratisation de la musique et ses moyens de diffusion, avoir des formats courts ça permet d’avoir une exposition beaucoup plus rapide qu’auparavant. Pas besoin de toute la logistique que nécessitait un album pour au final une exposition équivalente. On est vraiment à l’ère du single aujourd’hui. C’est de plus en plus rare de rapporter un artiste à un album on le rapporte plus à une chanson de nos jours.

Charles : C’est vraiment l’ère de la playlist. Quand tu vas sur Itunes t’as la possibilité d’acheter une seule chanson de l’album. Il y a de moins en moins ce trip des années 70 de l’album concept qui racontait vraiment des histoires.

Pour finir vous écoutez quoi comme musique vous en ce moment ?

Charles : Ben là il y a une meuf qui a sorti son premier morceau hier, elle s’appelle Fishback, je l’ai vu en live ça a été une espèce de révélation messianique. Flavien Berger aussi, c’est un pote en plus.

Hagni : Mais même en dehors de ça son album est juste énorme.

Charles : Et sinon Céline Dion, Patrick Fiori … David s’apprête même à faire un album cover bass de Bashung (rires) ! Mais sinon de manière générale je suis très disco, bossa nova, jazz, funk … Des mecs comme Curtis Mayfield, Herbie Hancock de la black music en fait !

Hagni : Moi j’écoute un peu de tout aussi mais je sais pas trop ce qui est tendance en fait. On est assez sensible au ressenti du son aussi. Tu peux avoir exactement le même type de musique pourtant on peut très bien ne pas apprécier un artiste et aimer l’autre. Je pense que la sensibilité, la chaleur est très importante. Par exemple, Nicolas Jaar je trouve que c’est hyper bien fait mais il y a quelque chose dans le son que je trouve clinique. Du coup, je n’arrive pas à entrer dedans, ça manque de chaleur.

Oui mais pour le coup Nicolas Jaar c’est pas de la musique pour réchauffer les foules. Il y a une approche, bien que le terme soit galvaudé, très conceptuelle …

Hagni : Conceptuelle, à la fois oui et non. Ca reste des rythmiques très simples avec des musiques du monde !

Charles : Oui c’est pas du Philip Glass quoi !

Hagni : C’est sûr que Philip Glass c’est vraiment conceptuel, c’est de la pure musique répétitive. Mais c’est chiant parfois. Pour le coup, en musique classique moderne, je préfère un compositeur comme Arvo Pärt qui a fait beaucoup de musiques sérielles aussi avec peut être un côté plus mélo mais qui est plus chaleureuses au moins.

Pour moi quand on parle de musique conceptuelle j’aurais plus tendance à penser à Terry Riley que Philip Glass qui a quelque chose de moins recherché dans le processus de production …

Hagni : C’est juste une question de format en fait. Ce qu’on dit conceptuel c’est la musique répétitive. Philip Glass il reste dans une musique harmonique, tonale alors que Riley, ou Steve Reich aussi par exemple, ils partent dans des procédés harmoniques totalement différents, atonales. Et comme ce sont des procédés beaucoup moins classiques on a l’impression que c’est beaucoup plus conceptuel.

Je crois qu’on va se quitter sur ces belles paroles, merci à vous les gars pour votre disponibilité en tous cas ! Vous êtes toujours les bienvenus à Bordeaux.

Bordeaux qui est d’ailleurs la ville où on joue le plus après Paris ! Merci à toi et au Type !

Ca y est les bières sont sifflées, il ne reste plus qu’à prendre une photo pour immortaliser le moment.

Hagni, David et Charles de L'Impératrice
Hagni, David et Charles de L’Impératrice
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