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Conférence

Guide estival des festivals de la région 2019

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

À l’approche de l’été, on vous propose un petit guide des festivals de la région 2019, histoire de ne louper aucune étape d’une saison estivale qui s’annonce chargée et pleine de belles surprises. Sélection d’événements qui nous font saliver d’avance, entre spots bien cool, line-up alléchants et propositions artistiques séduisantes.

Crédit photo : Alice Belair

Festival ODP

Outre le line-up incroyable qu’offre ce festival, il met la lumière sur « L’Œuvre des Pupilles Orphelins de Fonds d’Entraide des Sapeurs-Pompiers de France ». Cette association a pour but d’assurer la protection matérielle et morale des Orphelins et des familles des Sapeurs-Pompiers décédés en service commandé ou non. Un village sapeur-pompier, proposant des scénarios et décors adaptés à différentes interventions, sera ouvert au public. Mais c’est aussi et surtout, une occasion inespérée pour l’ODP d’aller à la rencontre de ses donateurs et de générer des fonds supplémentaires. Retrouvez-les du 6 au 9 juin.

La Claque Festival

Les 7 et 8 juin, c’est la (GROSSE) Claque Festival au Château Montplaisir. Sur deux jours, pas moins d’une quarantaine d’artistes sont invités pour présenter douze spectacles. Parmi, les locaux Taranta Lanera, Les Dolphin Apocalypse et Lord Rectangle aux côtés d’artistes comme Francky Goes To Pointe à Pitre et Mechant Mechant. À dix minutes de Bergerac, avec un prix très abordable et le camping gratuit sur place, dépêchez-vous à réserver vos pass.

NSENSE

Le nouveau festival multi-culturel de Bordeaux, NSENSE s’installe aux Vivres de l’Art le 8 juin. L’occasion d’assister à de nombreuses performances et d’aller au devant des artistes. Artistes plasticiens, photographes, danseurs, chanteurs ou encore humoristes seront réunis pour nous partager leurs arts à travers une journée à la programmation éclectique. En guest, le rappeur Sopico vient d’être annoncé aux côtés de la chanteuse Naë.

So Good Fest

La Plaine du Courneau à Canéjan accueille la neuvième édition du So Good Fest les 8 et 9 juin. Un festival open air, tourné vers les musiques électroniques et le dub et des artistes de renoms. Entre Oliver Huntemann, Apollo Noir, Channel One, DJ Aphrodite, Diƶtone, King Shiloh… il y en a pour tous les amoureux des musiques électroniques et du dub. Quelques nouveautés pour cette édition 2019 comme son engagement dans une dimension environnementale par le biais de la digitalisation de sa communication et de l’internalisation de ses produits de restauration. Une troisième journée gratuite avec une programmation ludique et sportive permettra aux festivaliers de profiter de l’écrin verdoyant du site.

vie sauvage

Il fait partie des festivals auxquels on peut se rendre les yeux fermés chaque année. vie sauvage, c’est ce festival de musique, d’art et de gastronomie, situé dans le village de Bourg, surplombant le fleuve et la nature environnante. Cette saison, le 14, 15 et 16 juin, on pourra y croiser Flavien Berger, Todiefor, les collectifs bordelais, L’Orangeade, les Amplitudes et Super Daronne ou encore Vendredi sur Mer et CHIEN NOIR

SoliFest

Le SoliFest 2019 est un festival rassemblant petits et grands autour de valeurs qui lui sont chères aujourd’hui : le développement durable, l’intégration des personnes et la solidarité locale. Qui plus est dans un lieu qui partage les mêmes valeurs, Darwin. Sur deux jours, le 15 et 16 juin, vous retrouverez deux temps, un accès gratuit l’après-midi et payant le soir. Les bordelais WL Crew, Deep & IGee, Majin Killaz, MLX, YunG $hade assureront la programmation du samedi soir tandis que Bellaire Music, Identified Patient, Gentry et Nathan Zahef assureront celle du dimanche.

Free Music

Depuis 18 ans maintenant, le Free Music Festival séduit les festivaliers. Et pour cause, entre programmation idéale et prix abordable, il devient au fil des années un événement musical d’envergure nationale. Cette année, il attend entre autres les artistes Møme, Angèle, Orelsan, Ninho, WL Crew, Josman, Taiwann MC, Hyphen Hyphen du 21 au 23 juin. Niché près du lac de Montendre, le festival met en place des activités estivales autour du site afin de faire profiter aux festivaliers du cadre idéal qu’offre le Lac Baron Desqueyroux.

Écho À Venir

Écho À Venir est un festival bordelais porté par l’association Organ’Phantom dont la programmation singulière est tournée vers les musiques électroniques et les arts visuels qui l’entourent. Pour sa 8ème édition, le festival s’inscrit dans la saison culturelle 2019 de Bordeaux Métropole, sous le thème : « Liberté ! », en partenariat avec l’Office National des Forêts. Ce festival se déroule les 24, 25 et 26 juin avec des programmations gratuites les 24 et 25 et une programmation payante le mercredi 26 juin.

Hoop’ Festival

À seulement deux heures de Bordeaux, et dans un cadre paradisiaque, se tiendra la quatrième édition du Hoop’ Festival le 9 et 10 août 2019. Une programmation musicale diversifiée, loin des artistes qui squattent les affiches de la plupart des festivals de l’été. Conjugué à cela, des performances et des animations animeront ce festival dans le Château d’Excideuil.

Baleapop

Dixième et dernière édition du festival Baleapop, c’est maintenant ou jamais qu’il faut y aller. Du 14 au 18 août à Saint-Jean-de-Luz, l’édition anniversaire est, du coup, promise encore plus belle que les précédentes. « C’est la fin. Baleapop ne s’est pas fait virer, n’est pas ruiné. On ne s’est pas engueulé, nous ne sommes pas fatigués. Tout va bien. C’est juste que… c’est juste que c’est le moment. Ce qui est beau et magique doit finir un jour, même à Saint-Jean-de-Luz. »

Beau c’est Festival

À Bosset se déroule la quatrième édition du Beau c’est Festival. Sur deux soirs, se déroulent une première soirée théâtrale le 16 août et une soirée concerts le 17 août. Vous pourrez assister au spectacle « Du Son à L’Amusique » et Le Théâtre du Roi de Cœur interprétera Le Chaperon Rouge. Le jeune groupe Bergeracois Roundabout ouvrira la scène, s’en suivra Daguerre Officiel, Naya et Les Fatals Picards.

Feuyas’tival

Mi-août, pour échapper à la chaleur estivale, rien de tel que de se réfugier dans les terres au bord de points d’eau. Avec 12 groupes à l’affiche, une diversité des horizons musicaux (du hip hop au rock en passant par la folk et des musiques électroniques) et une part belle aux artistes locaux, le Feuyas’tival constitue un refuge idéal pour vacanciers en recherche de plaisirs cachés. Le spot du festival suffit en lui-même comme argument : une zone Natura 2000, soit un cadre naturel paradisiaque où écologie et environnement seront célébrés pendant deux jours, aux côtés d’activités telles que tyrolienne, paddle sur l’étang, scène flottante…

Tribus Libres

Du vendredi 30 août au dimanche 1er septembre 2019, le festival Tribus Libres vous propose cinquante heures de découvertes musicales, culturelles, culinaires, environnementales et d’animations dans le parc du château de Cadaujac (33). Le concept de ce festival n’est pas commun puisque le festivalier à la particularité de choisir la tribu qu’il souhaite rejoindre (La mer, l’air, la Terre) lorsqu’il achète son pass. C’est en quelque sorte son équipe pendant tout le festival, celle avec qui il relèvera des défis, bien que chacun est libre d’aller et venir dans tous les univers…

Les Z’Arpète

La dix-septième édition du festival Les Z’Arpètes fera la part belle comme à son habitude à la diversité avec un programme haut en couleur : du rap au rock en passant des débats, un marché artisanal, de l’art de rue et un village pour enfants… Tout le monde peut s’y retrouver ! Deux jours de fête intense les 28 et 29 juin sur la plaine de Courréjean à Villenave d’Ornon pendant lesquels on pourra voir et écouter des artistes tels que Valjean, Graines de Sel, 100 Grammes de Têtes, Resaka Sonora et Infinity Hi-Fi !

So Good Fest #9 : festival de musiques électroniques et du dub

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

Le So Good Fest, festival tourné vers les musiques électroniques et le dub, revient pour une neuvième édition sur la Plaine du Courneau à Canéjan les 7 et 8 juin 2019. Avec un line-up incroyable allant de l’électro au dub en passant par la techno, la bass music et le hip-hop, le succès est garanti pour les festivaliers. Un partenariat avec l’association Techno+ assurera la prévention du public en vue de garantir une meilleure soirée pour tous.

À l’initiative de l’organisation de ce festival, se cache l’association Volume 4 Productions. Née en avril 2008, elle compte 14 bénévoles passionnés et dévoués à la mise en place de projets artistiques et culturels variés. Cette association est en partenariat avec la ville de Canéjan, qui a su lui faire confiance dans sa volonté de proposer du contenu culturel comme la Pétanque Électronique, Yes We Skank et bien sûr, le So Good Fest.

Crée en 2009, le So Good Fest s’est vu évoluer au fil des années. En 2013, le dub arrive sur le festival, ce qui lui vaut deux scènes : high voltage dédiée aux musiques électroniques au sens large du terme et bass tension uniquement pour les musiques dubs. Changement de site en 2016, direction la Plaine du Courneau et ses six hectares, permettant une meilleure visibilité et une capacité de fréquentation plus importante qui avait déjà rassemblé 2500 festivaliers sur deux jours en 2018.

Au programme, le festival attend des artistes très en vogue mais également des groupes et collectifs locaux.

5 objectifs à remplir

« Au moment où nous avons eu la volonté de monter un festival, l’idée a été de s’inscrire dans le champs des musiques électroniques parce qu’à ce moment là il n’y avait aucun festival entièrement dédié aux musiques électroniques en Gironde » nous confie Jean-Marie Durieu lors de la conférence de presse. C’est pourquoi le So Good Fest répond à ces deux objectifs : proposer un événement culturel différent à la jeunesse du sud-bordelais et montrer toute la richesse des musiques électroniques et du dub à travers une programmation la plus diversifiée possible. Une manière également de marquer une identité forte dès le départ pour les membres de cette association, amoureux des musiques électroniques. Le So Good Fest c’est aussi promouvoir les jeunes talents principalement issus du département, impliquer la jeunesse canéjanaise et ses alentours principalement à travers le bénévolat ainsi que garantir un prix d’entrée accessible à tous.

Des nouveautés mises à l’honneur

Pour cette neuvième édition, le So Good Fest prévoit quelques nouveautés. Le festival veut avant tout, s’inscrire dans une dimension environnementale, à commencer par digitaliser progressivement la communication du festival et se concentrer sur une promotion par le biais des réseaux sociaux et d’internet. Dans cette continuité, le festival a décidé d’internaliser les 2/3 de sa restauration pour le public afin de mieux maitriser la provenance des produits qui seront essentiellement des produits bio et de provenance locale. Enfin, le lundi 10 juin étant férié, le So Good Fest a prévu cette année, une « troisième journée » de festival avec l’association BDB Sound en accent sur une seconde programmation ludique et sportive de 14h00 à 18h00, afin de faire profiter aux festivaliers de l’écrin verdoyant qu’offre la Plaine du Courneau.

 

  • Le SO GOOD FEST 2019 aura lieu les 7 et 8 juin sur la Plaine du COURNEAU – Impasse de Calonge, 33610 Canéjan sur la ZA du Courneau.
  • Ouverture site : Vendredi 20h / 03h – Samedi 20h / 03h – Samedi et Dimanche 14h / 18h en entrée libre pour les animations de l’après-midi
  • Camping gratuit du vendredi 17h au dimanche 18h
  • Billetterie ici

Conférence : Dupond-Moretti : Y a-t-il des indéfendables ?

dans ART ET CRÉATION/DIVAGATIONS LOCALES

Le titre de la conf’ est plutôt alléchant. Il ouvre une question « on ne peut plus d’actualité », pour une société comme la nôtre qui tente – tant bien que mal d’apprendre à vivre avec des actes terroristes devenus répétés. Certes, la question (ni son intérêt d’ailleurs) ne se réduit pas à la seule question du terrorisme. Pour autant, elle résonne dans les esprits de manière particulière, dans le contexte qui est désormais devenu le nôtre depuis quelques années. La question reste donc ouverte, les non-dits planent, mais l’assistance est d’abord et surtout enchantée d’avoir pu décrocher sa place et d’être là pour assister à une démonstration du Maître. Moi la première…! La salle est comble.

Crédit photo : vanityfair.fr

Alors la réponse est « non »…

Tel le Roi des animaux, Maître Dupond-Moretti possède un charisme et une aura que chacun peut percevoir dès son entrée en scène. La carrure, la voix, le regard, la vivacité d’esprit… Nous avons bel et bien affaire à un maestro, et pas seulement à un advocatus chevronné, « prêteur de voix » ! D’ailleurs, les compliments pleuvent dès son arrivée et l’homme est entouré et présenté par des soutiens manifestement conquis.

La conférence commence par la présentation de l’homme, de ses motivations pour ce métier apparemment inscrites dans une histoire familiale douloureuse, qui a fait naître tôt chez Me Dupond-Moretti un sens aigu de la justice et une véritable vocation pour le métier d’avocat. Le format de la conférence étonne un peu par la suite, où l’on interroge plutôt longuement le Maître sur ce « qu’est d’être un bon avocat », sur l’essence du métier… une petite présentation de son dernier livre est aussi faite.

« Bon d’accord, mais c’est quand qu’on traite de la question du jour ? »

Et puis, au détour d’un exposé sur le métier d’avocat, de l’importance d’aller où c’est difficile, parfois seul contre tous, du rapport aux magistrats, de la question de la suppression ou pas de l’ENM, de la place des médias, du populisme et même des végans… la réponse tombe : notre système de justice et de défense est un rempart contre le totalitarisme et les extrêmes. Personne (en dehors de celui qui refuse la justice et sa propre défense), n’est indéfendable. Ne pas reconnaître ce droit à une personne reviendrait ainsi à requestionner les fondamentaux de notre société, et ceux qui cherchent à la faire vaciller auraient alors gagné ! Me Dupond-Moretti rappelle d’ailleurs un autre fondamental : défendre un prévenu n’est pas épouser sa cause.

Bon, c’était bien, mais…

Au final, je crois qu’on a tous bien compris le message et ses nuances. Je repars néanmoins un peu frustrée et donc, sur ma faim (je ne suis pas seule semble-t-il). Le sujet, à vrai dire un peu noyé au milieu d’autres considérations et du personnage central aurait sans doute mérité d’être recentré et développé. Plus d’échanges avec la salle sur le thème auraient aussi sûrement permis d’exprimer toutes les sensibilités et de monter en puissance sur la question du jour. Reste que Me Dupont-Moretti est un personnage fort impressionnant, à l’esprit libre et la parole directe… Ça fait aussi du bien. Parole de végan !

La critique du cinéma : entre crise et mutation (partie 2/2)

dans ÉVÉNEMENTS

Cet article s’appuie sur la conférence du 12/03/2015, organisée par l’Acrimed, en présence de Michel Ciment et Alex Masson. Cependant, les idées émises n’engagent que Le Type et laissent la porte ouverte à toute réflexion constructive et au dialogue.

EXCEPTION FRANÇAISE

« Aujourd’hui en France , il y aurait 1 million de spectateurs potentiels pour le cinéma d’auteur »

D’un point de vue historique, c’est bien connu qu’en France la vision du cinéma est plus « auteuriste ». Le cinéma d’auteur tient toujours une place importante dans notre patrimoine et son public reste présent. Si l’on se compare au reste du monde comme outre-Atlantique, le public français résiste davantage à l’intrusion du commercial dans le milieu culturel.

Ce constat s’illustre par exemple avec les succès de Timbuktu (au dessus du million d’entrées) ou encore Winter Sleep (350 000 entrées), bien que ces deux films aient bénéficié d’un coup de projecteur grâce aux festivals et récompenses. Selon Michel Ciment, on pourrait considérer qu’en France aujourd’hui, il y aurait 1 million de spectateurs potentiels pour le cinéma d’auteur. Ces chiffres démontrent qu’il subsiste une communauté et une audience demandeuse d’un contenu culturel indépendant,  prenant des risques, et offrant des axes de réflexion.

FAIRE CONFIANCE AU LECTORAT

Face à une crise toute relative de la critique cinéma, il est primordial de redéfinir son rôle primaire. Il est de donner un avis, d’ouvrir des champs de réflexion, d’axer sa ligne éditoriale en effectuant des choix et des compromis et non pas de tout traiter au risque de rien apporter de concret.

L’important aujourd’hui est de ne pas s’engouffrer dans un panurgisme et la frilosité, mais de proposer de nouvelles choses, d’avoir du cran et d’intéresser les gens. Il faut faire confiance aux spectateurs et au lectorat plutôt que de lui servir de la soupe prête à être consommée.

Revue lancée en 2012, proposant une offre différente (tonalité, ligne éditoriale…). So Film peut être considérée comme un exemple de renouvellement parmi d’autres de la presse ciné, produisant de longs entretiens/portraits, des dossiers/enquêtes, du storytelling, des critiques de films (pas uniquement axées sur les « grosses » sorties du mois)…

Mensuel de Mars avec en Une et en interview « exclusive », Shaun le mouton (personnage fictif d’un film d’animation) et vendu au prix de 3.90€. Peut-on parler ici de vrai travail journalistique ? Ou plutôt d’un mépris et d’une déconsidération du lectorat ?

DAVID VS GOLIATH : BLOGS AMATEURS FACE AUX MÉDIAS DOMINANTS

Comme évoqué en début d’article, internet a nettement modifié la relation entre le cinéma et son public et par conséquent le secteur de la critique ciné. Ce public peut désormais visionner les films en amont ou au moment de leur sortie. Les professionnels des médias ne détiennent plus cet avantage. En parallèle, de plus en plus de blogs et journalistes amateurs font leur apparition et constituent une concurrence supplémentaire pour les professionnels.

L’intérêt grandissant des lecteurs pour ces médias démontre en un sens la confiance gagnée par ceux-ci mais aussi une offre professionnelle qui ne correspond plus à ce qu’ils attendent. Bien sûr ces plateformes sont gratuites et certes elles sont faciles d’accès. Cependant, cela montre un sentiment de réciprocité et de sincérité. On en vient même à se fier davantage à ce que des spectateurs lambda, se situant au même niveau que nous, rédigent sur des films. Sans doute car ces médias sont indépendants et mettent en écrit des choses plus osées, plus honnêtes et parfois aussi plus constructives que dans la presse pro. Le prix à payer pour ces rédacteurs est justement qu’ils n’en perçoivent pas ou trop peu. La majorité d’entre eux ne gagnent pas de contrepartie financière et font uniquement cela par passion. Il n’y a pas de pression économique exercée par  un quelconque partenaire, distributeur ou major venant interférer avec la liberté de parole.

PRESSION & DÉPENDANCE ECONOMIQUE

Au sein des médias dominants, nous nous situons dans une situation de marketing et de concurrence accrue. Le système est un cercle vicieux dans lequel la presse généraliste cherche l’exclusivité, à vendre et à gagner des lecteurs acheteurs. Ces médias influents sont conviés à faire des reportages, des interviews, à franchir les portes des plateaux de tournages. En contrepartie, ils produisent ces types d’articles dans leur prochain numéro. Si vous refusez, il est fort probable que vous ne fassiez plus partie de leur liste de contacts au prochain coup.

Comment est-il envisageable de sortir une critique nuancée ou négative après avoir été gentiment soigneusement sélectionné et invité aux frais de la production ? Vous l’aurez deviné, cela en vient à faire de la promotion suggérée, une publicité implicite à travers votre revue/média qui va être consultée par des millions de personnes.

Résultat ? Ces quelques médias écrivent les mêmes papiers stériles et sans profondeur sur un film qu’ils n’ont pas encore vu. Imaginez l’exemple aujourd’hui, si ces médias sont contactés pour se déplacer sur le tournage du prochain Star Wars. On pourrait très bien les mettre en concurrence en leur demandant ce qu’ils seraient prêts à faire dans cet échange donnant-donnant : une couverture, un long dossier, un exemplaire dédié…qui dit mieux ?

Comment résister ? Tout simplement décliner l’offre s’il n’y a pas d’autre raison que l‘exclusivité. Michel Ciment raconte à ce propos que Positif a été contacté pour venir rencontrer l’équipe du film Birdman (Inarritu). L’objectif de cette invitation était d’écrire une critique sur le film avant même d’en voir les images. L’offre a été déclinée. Le mensuel a par la suite vu et aimé le film et a recontacté difficilement le distributeur afin de faire un article dessus, accompagné d’une interview.

Et les indépendants dans l’histoire ? Cinéastes et distributeurs indépendants sont ceux-là même qui ont besoin d’une presse pour exister et soutenir leur sortie en salles ; une presse qui ne s’intéresse pas à eux en premier lieu ou qui ne peut pas se permettre d’en faire leur Une ou de les mettre en avant. Ils doivent donc batailler pour pouvoir subsister et rencontrer leur public.

EN DÉFINITIVE

Nous pouvons nous demander quel est le plus important quant à la presse ciné. Est-il plus important d’avoir un contenu informatif avec si possible des exclusivités (photos, vidéos…) dont raffolerait a priori le grand public, ou un avis plus subjectif et tranché traitant d’une palette plus réduite d’œuvres ?

Pouvons-nous donner une réponse à la question qui conviendrait à tout le monde, ou n’est-il pas justement nécessaire de préserver ces différentes manières d’aborder le cinéma afin de répondre aux différentes attentes ?

La critique du cinéma : entre crise et mutation (partie 1/2)

dans ÉVÉNEMENTS

Michel Ciment est écrivain et critique de cinéma depuis plus de cinquante ans. Il dirige la revue Positif et a contribué à de nombreuses autres publications. Il a publié plusieurs livres d’entretiens avec des cinéastes (Elia Kazan, Francesco Rosi, Joseph Losey, Stanley Kubrick, John Boorman, Jane Campion…). Il produit et anime l’émission « Projection privée » sur France Culture et participe régulièrement au « Masque et la Plume » sur France Inter. Il est président d’honneur de la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI) et du Syndicat français de la critique de cinéma (SFCC).

Alex Masson est journaliste cinéma depuis plus de vingt ans (Radio Nova, Première,  Les Inrockuptibles, Brazil…). Consultez également l’entretien d’Alex Masson paru dans les Fiches du Cinéma, intitulé « La crise de la critique & du cinéma ».

L’objectif de ce débat était d’avoir un état des lieux vu de l’intérieur sur le rapport entre critique ciné et promotion ainsi que d’échanger sur l’avenir du secteur, inquiétant ou non, suivant les points de vue. Par promotion, nous entendons le fait de faire une publicité indirecte et/ou implicite d’une production cinématographique à travers un contenu médiatique (article, reportage/enquête, interview…).

Nous constatons aujourd’hui un tiraillement relatif entre information et communication, entre liberté d’expression et besoin économique de la part des médias. Ce constat s’applique en particulier dans les médias dominants. Cet écart tend à s’intensifier en raison de la fébrilité économique croissante des supports médiatiques, d’un public plus versatile que jamais et du besoin de joindre une production de contenu (plus ou moins libre) à son public. Quelques points ont été abordés au cours de cet échange et sont relatés brièvement ci-dessous : Comment se porte la critique ciné dans la presse papier, à la TV ou sur internet ? Ces médias sont-ils vraiment indépendants ? Quelle est la confusion grandissante entre le cinéma et la communication/marketing ?

CRISE DE LA PRESSE PAPIER

« On a demandé au journaliste d’écrire un article sur le thème « les baskets au cinéma », car la revue incorporait un porte-clés en forme de basket fournit par un annonceur »

Afin de situer plus précisément le sujet du débat, la conférence traitait des médias dominants. Par dominants, nous parlons des gros mensuels de type Première, Studio Ciné Live

  • Un constat net et inquiétant : cette presse accuse une baisse des ventes papier de 90% en 20 ans.
  • Le danger de la puissance d’Internet. Le spectateur peut voir autant et même plus de films que la critique professionnelle. Ce développement de l’information et la facilité grandissante à pouvoir y accéder (pas forcément légalement) ont créé un détachement et une perte d’intérêt du lectorat pour les critiques au format papier.
  • Appauvrissement de la critique. A vouloir être trop généralistes, les médias cherchent à tout traiter afin de toucher un public plus large. On en vient à lire des articles sur toutes les sorties hebdomadaires, parfois même réduites à leur paroxysme : la longueur d’un tweet agrémenté de quelques étoiles. Un des dommages collatéraux est d’affaiblir davantage la visibilité des films indépendants, qui pour certains sortent déjà dans un anonymat relatif.
  • Interférence du partenariat et d’un point de vue de général des intérêts économiques avec le choix de la ligne éditoriale. Alex Masson a justement évoqué une anecdote à ce sujet qui lui est arrivée personnellement : lors de la rédaction d’un numéro, on lui a demandé un article sur le thème des baskets au cinéma. La raison étant qu’un partenaire/annonceur était présent sur un numéro et qu’un porte-clés en forme de basket y était tout bonnement incorporé.

INDÉPENDANCE D’UNE REVUE

Michel Ciment a tout d’abord rappelé le rôle important et commun de la critique et des festivals (Alex Masson y travaillant principalement aujourd’hui) : leurs missions sont de découvrir et promouvoir des œuvres. Sans leur intervention, certaines œuvres resteraient confidentielles, moins connues du public.

« Les médias dominants ambitionnent surtout de ne pas perdre de lecteurs, de toucher une audience
la plus large possible »

Il évoque ensuite la situation de la revue Positif qu’il dirige. Celle-ci n’a perdu que 0.4% d’acheteurs sur la dernière année en comparaison à une moyenne de 20% pour la presse ciné plus généraliste, bien que n’ayant pas un lectorat aussi grand. Selon l’écrivain et critique, plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène de fidélisation ou à l’inverse d’érosion de ventes :

  • Les revues généralistes pensent en termes de ventes et donnent une importance mineure à la qualité éditoriale.
  • Il y aurait un décalage vis-à-vis du cinéma entre les spectateurs et la presse ciné, ou plutôt consommateurs et presse ciné.
  • Comme évoqué précédemment, les médias dominants ambitionnent surtout de ne pas perdre de lecteurs, de toucher une audience la plus large possible quitte à ne pas traiter de sujets clivants.

LA PLACE DE LA CRITIQUE A LA TV

 « Aujourd’hui, le spectateur est prescripteur d’audience plutôt que de contenu ».

Alex Masson énonce un triste mais réel constat : les chaînes de télévision (en premier lieu le service public) sont tributaires d’une notion d’audience avec comme indice le spectateur. Aujourd’hui, ce dernier est prescripteur d’audience plutôt que de contenu. Les enjeux économiques sont au cœur du système, qui est promotionnel et non plus de réflexion.

Quelle est concrètement la situation de la critique ciné à la télévision ? Certes elle existe toujours, mais fait son apparition dans des programmes courts et à des heures tardives. Bien que des émissions constructives soient présentes à la radio (comme Projection privée sur France Culture), les intérêts économiques ne laissent pas la place à une offre similaire sur le petit écran.

Peut-on dire que la liberté de parole est plus grande à la radio qu’à la télévision ? Je vous laisse vous faire votre opinion sur ce point. Le critique (cinéma ou pour d’autres formes d’art) est par définition un « gêneur ». Le vrai critique est indépendant et par conséquent peut déplaire. On peut en effet se demander s’il serait envisageable de dire ce qu’on pense vraiment d’un film sur une chaîne TV si celle-ci entretien un rapport économique direct ou non avec ce film (partenaire ou média en quête de contenu exclusif à diffuser). Imaginez un journaliste/critique d’une chaîne recevant un acteur ou parlant d’un film qu’elle a coproduit et exprimant la moindre remarque négative (même si celle-ci est justifiée). Ou peut-être préférez-vous ingurgiter les sempiternelles et consensuelles redites « ce film nous a beaucoup ému », « Notre coup de cœur de l’année », «On a adoré et on conseille vivement aux spectateurs de se rendre dans les salles »…

Il serait donc grand temps de ne pas sous-estimer le public et ses attentes, en lui faisant davantage confiance et osant lui proposer des programmes constructifs, didactiques et de réflexion.

EXEMPLE D’UNE DÉRIVE MARKETING : L’ÉVOLUTION DES AFFICHES DE FILMS

Une nouvelle tendance a fait récemment son apparition dans la communication faite par les distributeurs ciné : l’utilisation de tweets sur les affiches de films.

THE RAID : « Un film d’action à tomber raide mort »

THE RAID (2011) : « Un film d’action à tomber raide mort »

Nos étoiles contraires (2014) : « Ma vie ce film est une dinguerie »
Nos étoiles contraires (2014) : « Ma vie ce film est une dinguerie »

L’idée pourrait paraître saugrenue ou laisser dubitatif mais elle est pourtant bien réelle. A l’image des deux affiches ci-dessus, certains distributeurs ont choisi non pas de citer des médias professionnels (célèbre pratique appelée tagligne ou quote) mais plutôt des spectateurs lambda. En effet, les posters arborent des tweets écrits par ces derniers sur des films qu’ils n’ont probablement même pas encore vu (pour rappel, l’affiche sert de promotion pour un film qui n’est pas encore sorti au cinéma).

L’intérêt ? Avoir un visuel plus accrocheur auprès de la jeune cible du film, qui serait donc plus influencée par des commentaires de gens anonymes sur les réseaux sociaux, que part la presse professionnelle. L’utilisation classique des taglines, qui atteint souvent des dérives, est ici outrepassée dans les limites de son épuration et de sa stigmatisation. Alex Masson évoqua justement une anecdote au sujet de ces dérives, alors qu’il travaillait à Tracks mais également pour un autre média plus connu. Au moment de la conception de l’affiche du film, on utilisa une partie de sa critique dans une tagline, mais on lui demanda s’il était possible de signer avec l’autre média (plus vendeur) pour lequel il travaillait.

L’ambition de la communication est surtout de frapper fort et vite. Il faut capter le public potentiel prospect et l’attirer dans les salles obscures. Comme le dit le dicton : « la fin justifie les moyens ».

Non pas que je me considère comme un vieux réfractaire/conservateur au vue de mon jeune âge, mais en voyant cela on est en droit de s’inquiéter sur les prochaines évolutions en termes de communication de la part des distributeurs : remplacer une affiche par un visuel instagram ? Avec un  snapchat accompagné d’un smiley ? Une bande-annonce par un vine ? …

« C’est le plus grand film que j’ai vu
depuis la semaine dernière »

Un autre constat évoqué par Michel Ciment est qu’il existe quelques fois un faussé entre certaines critiques dithyrambiques et la réalité des entrées salles. Les critiques vont de plus en plus dans ce sens, cherchant à employer des superlatifs et autres adjectifs élogieux dans un but similaire aux taglines, frapper fort et attirer les regards. Cette observation concerne principalement des auteurs connus, réputés, et sortant apparemment des chefs œuvres les uns à la suite des autres.

On peut prendre l’exemple de Goddard et de son film Adieux au langage (2014) : prix du jury ex-æquo avec Mommy (Dolan)… et réalisant 33200 entrées au box office. S’il on compare avec le film québécois, celui-ci a comptabilisé 564 000 entrées. Ce faussé cause une perte de crédibilité des médias ciné. Une phrase du cinéaste Claude Chabrol, rappelée par Michel Ciment, pourrait résumer cette forme d’engouement excessif : « C’est le plus grand film que j’ai vu depuis la semaine dernière ». Cette tendance existe également chez certains critiques utilisant volontairement un ton provocateur et cherchant à faire parler d’eux en créant de la controverse. Cela est symptomatique de la course à l’audience. On pousse au clic et le film devient dispensable.

(Découvrez la suite de cet article mercredi 01/04)

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