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La FIMEB, union des acteurs électroniques bordelais

dans DIVAGATIONS LOCALES/POLITIQUE & SOCIÉTÉ

Douze acteurs locaux des cultures électroniques viennent de se réunir autour de la FIMEB, la Fédération Inter-associative des Musiques Électroniques de Bordeaux. Pensé pour promouvoir cette culture auprès du public et des élus, ce regroupement d’associations et de collectifs constitue un levier pour consolider la scène de la ville. Un premier événement est prévu le week-end du 21-22 septembre sur le parvis de la MECA dans le cadre des journées du Patrimoine en compagnie des différents crews.

Culture émergente par excellence, la musique électronique a longtemps souffert d’un manque de relais et de soutiens institutionnels pour promouvoir ses activités. Si la donne a bien changé depuis quelques années au niveau national (avec pêle-mêle ; un ancien ministre de la culture aficionados du club Concrete, une légion d’honneur remise à un dj…) comme au niveau local à Bordeaux (à l’image de certains collectifs subventionnés par la Mairie pour organiser divers événements autour de cette culture), il n’en demeure pas moins qu’en comparaison avec d’autres acteurs culturels, les porteurs de projets d’événements « électroniques » ne sont pas forcément les mieux lotis.

La FIMEB : l’union fait la force

Pour répondre à cette problématique et promouvoir leur message, des organisations locales se sont donc regroupées autour d’une fédération, la FIMEB. Comme indiqué sur la page du projet, l’objectif de celle-ci est relativement simple : « unir nos forces pour promouvoir une culture que nous défendons tout au long de l’année ». Quoi de mieux en effet qu’un tel regroupement afin de porter d’une voix unique auprès des élus certaines revendications nécessaires au développement de la filière ? Avec une pléthore d’événements ayant rencontré un succès populaire lors de l’été 2019, les collectifs et organisations locales ont bien démontré l’intérêt de leur activité et du soutien auquel ils peuvent légitimement prétendre.

Derrière la FIMEB, ce sont pas moins de 12 structures qu’on retrouve ; médias, collectifs, associations, promoteurs… Tous se retrouvent autour de valeurs communes et la volonté de défendre leur scène et de développer la culture électronique à Bordeaux. Parmi eux, de nombreux partenaires du Type tels que À l’eau, les Amplitudes, le festival Bordeaux Open Air, Canal 113, Eclipse Collective, Electrocorp, MICROKOSM, Ola Radio, L’Orangeade, SUPER Daronne, tplt ou Les Viatiques. On notera l’absence de certains collectifs et promoteurs locaux, dont on ignore s’ils n’ont pas été sollicité ou s’ils ont tout simplement refusé d’intégrer cette fédération.

Des Journées Électroniques à la MECA

En guise de première étape marquante pour la FIMEB, des Journées Électroniques sont d’ores et déjà prévues les 21 et 22 septembre à la MECA. Ce nouveau bâtiment proche de la Garonne qui accueille notamment le FRAC, l’OARA et l’ALCA a récemment ouvert ses portes et fait figure de haut lieu culturel ici à Bordeaux. Durant ce week-end qui s’inscrit dans le cadre des journées du patrimoine, ce sont 25 artistes des différents crews qui se succéderont aux platines. Deux jours de musique, d’activités et de culture au programme pour une première édition marathon qui pourrait presque s’apparenter à un mini-festival, accessible gratuitement qui plus est.
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Entretien sans frontières avec Tushen Raï du label Hard Fist

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Co-fondateur du label lyonnais Hard Fist, Tushen Raï explore depuis maintenant quelques années une facette globale et ouverte de la musique. Défenseur d’un décloisonnement des genres musicaux et porteur d’une vision militante de la culture, Baptiste (de son vrai prénom) œuvre au développement d’une scène artistique qui fait fi des frontières et se connecte de Vilnius à la Palestine en passant par la Russie ou le Mexique. Également bien implanté à Lyon, l’artiste porte aussi un regard éclairé sur sa ville devenue l’une des références en Europe dès lors qu’on parle de cultures électroniques. Celui qui a choisi un nom qui renvoie à « l’essence de l’âme » (issu d’un dialecte ouest-africain) s’apprête à jouer à l’Iboat le vendredi 19 juillet pour la résidence Nouveaux Mondes : l’occasion idéale de revenir avec lui sur sa scène, son parcours, la création de son label ou encore les liens entre Bordeaux et Lyon…

Crédit photo : Gaétan Clément

Le Type : Peux-tu commencer par te présenter et nous raconter ton rapport à la musique ?

Tushen Raï : Pendant des années j’ai collectionné des disques, du disco, boogie, des vinyles plutôt old groove, de la musique traditionnelle… J’ai toujours écouté beaucoup de musique. J’ai diggé pas mal de trucs qui venaient d’Amérique Latine, d’Afrique, du Moyen-Orient… Je me suis plutôt tourné sur des continents du Sud, même si j’ai aussi pas mal de musiques afro-américaines, et d’éléments de la culture américaine au sens plus large. Puis j’ai commencé à digger des disques de musiques primitives, de field recording, des musiques enregistrées par des musiciens anthropologues des années 1960-1970.

Comment on passe de cette passion au fait de créer un label ?

J’ai fais la rencontre de Cornelius Doctor il y a environ trois ans. Il gérait un label de house (Art Feast qui va fêter ses 11 ans) à l’époque tout en étant producteur – et il avait envie de faire autre chose. On s’est retrouvé notamment sur des esthétiques rock, sur notre patrimoine un peu plus ado, voire le patrimoine de nos parents. Il a fini par sortir un premier EP qui n’avait rien avoir avec ce qu’il faisait auparavant, sous un autre alias. On a trouvé ça mortel et on s’est dit avec tous les gars du collectif qu’il fallait qu’on créé un nouveau label, quelque chose de différents avec des choses qu’on avait vraiment envie de faire. C’est comme ça qu’on a créé Hard Fist. On ne savait pas vraiment à qui on allait s’adresser, ni pourquoi on le faisait, quelle était la stratégie. Tout ce qu’on savait c’est que, ce son-là, on n’avait pas beaucoup l’habitude de l’entendre. On avait quelques références d’artistes, notamment israéliens, lituaniens ou mexicains qui faisaient des trucs un peu dans ce délire… On a commencé comme ça.

Comment on construit l’identité d’un tel label et comment les premières sorties se font ?

L’idée de ce second label Hard Fist, était vraiment de proposer quelque chose de différents avec Guillaume et le crew d’origine ; Romain, Etienne… C’est un projet collectif. Le premier EP a été fait par Guillaume en une semaine chez lui. C’est un EP que j’adore et qui a apporté, quand il est sorti il y a trois ans, un truc que tu trouvais très difficilement. A l’époque il y avait une ou deux sorties par an dans ce délire. Aujourd’hui il y en a tous les jours !

On a sorti le deuxième avec Bawrut que j’ai découvert sur Ransom Note. On avait une émission sur Nova avec Guillaume à ce moment. C’était une porte d’entrée pour connecter des artistes en leur demandant de faire des podcasts. C’est comme ça qu’on a eu Bawrut. Un jour il m’a envoyé des démos, notamment d’un edit remix de Gainsbourg du son « Marabout ». Il l’a appelé « Chien de temps », une version africaine de ce track que Gainsbourg a lui même volé au Gin-go-lo-ba… On s’est dit que c’était aussi marrant de lui voler.

Depuis, cette aventure c’est beaucoup de fraternité, l’amitié. Il n’y a pas une ligne directrice claire ; on a sorti des trucs avec MR TC en mode post punk, ambient, psyché… Et des trucs plus banger, tropical un peu plus happy, disco… On fonctionne beaucoup à l’affect, aux rencontres qu’on fait. Au total on a eu 6 sorties ; la septième arrive en septembre, ce sera le deuxième volet d’une compilation dédiée aux musiques arabes dans la musique électronique : qui s’appelle Princes of Abzu,

Par rapport aux influences que tu cites ; est-ce que tu considères que toi et Hard Fist évoluez dans une scène particulière ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une scène, c’est indéniable. C’est une scène hyper intéressante ; elle est très globale – c’est d’ailleurs un mot qu’on utilise beaucoup pour en parler, même si cette idée de globalisation de la culture est quelque chose de très péjoratif au premier abord. Elle sous-entend la globalisation économique, celle des marchés… Elle a plutôt été hégémoniste dans un premier temps, avec la vision d’une culture occidentale qui écrase toutes les cultures du reste du monde…

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante…

On prend un peu cette idée à contre-pied. On promeut plutôt l’idée que la globalisation culturelle arrive dans une seconde phase, avec plutôt une mise en valeur de différents patrimoines traditionnels qui n’ont pas d’appartenances direct. Ce que je veux dire par là c’est que tout le monde peut se l’approprier. C’est ce qu’on plaide. Et c’est en lien avec notre génération, celle qui a fait Erasmus, qui a eu une certaine facilité pour voyager, pour passer les frontières… C’est tout ce qui fait qu’aujourd’hui on peut se passionner pour une culture qui n’est pas du tout la nôtre, qui ne fait pas partie de notre patrimoine culturel de base.

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante, dans le sens où on y retrouve des acteurs qui ne sont pas uniquement dj ; ils sont aussi directeurs de labels, promoteurs d’événements. Ils sont hyper activistes en fait. C’est d’ailleurs ce qui fait que cette scène grandit vite, parce qu’elle est très très fraternelle. On a tendance à tous s’appeler brother alors qu’il y a des tonnes de gars avec qui on parle depuis 2 ans et qu’on a jamais rencontré parce qu’ils sont à Tokyo…

Artistiquement parlant, comment tu pourrais décrire cette scène ?

C’est assez difficile de mettre un nom d’esthétique dessus… On n’a pas mis d’étiquettes dessus et je pense qu’on va se battre longtemps pour qu’il n’y en ait pas, car c’est plein de choses différentes. Ça va de la techno lente avec beaucoup d’influences cold wave, post punk, à de la musique plutôt tribale, africaine, quasi chamanique, psychédélique, acid… En terme général, on est slow tempo, on est dans un truc qui prend son temps, dans des sets qui se construisent avec une dimension de rituel, quasi-cérémonial où on essaye de créer une symbiose entre les danseurs, de créer quelque chose où on se libère complètement. Quelque chose d’assez introspectif en soit.

Sur Hard Fist on fait un mix entre de la musique électronique et de la musique organique ; que ce soit avec le rock des guitares ou des percussions, des voix et la musique du sud. Dans le côté électronique il y a un truc qui lit un peu tout ce qu’on fait, c’est l’acid house qu’on a dépitché (dont la vitesse a été ralentie, ndlr) et qu’on a rendu plus dark.

On a récemment rencontré Axel de Ko Shin Moon (qui jouaient à AHOY, le festival de l’Iboat) qui as utilisé l’expression de musique « extra-occidentale » pour parler de la musique qu’il écoutait (et non pas de la musique qu’ils font comme initialement écrit dans la première version de l’entretien, ndlr). De ton côté tu vas jouer sur une résidence «  Nouveaux mondes » à l’Iboat, qui renvoie de loin à l’expression contestée de « musique du monde ». Comment tu envisages cette notion et considères-tu que tu fais de la musique « extra-occidentale » ?

Je suis à l’aise avec aucun des deux concepts. Pour notre scène (et beaucoup d’autres l’ont fait avant nous), le combat c’est de bannir l’appellation « musique du monde ». C’est une notion très péjorative. Je ne suis pas non plus tout à fait d’accord avec Ko Shin Moon, même si je vois ce qu’ils veulent dire. Pour moi, le concept de musique extra-occidentale refait un cloisonnement entre le sud et le nord. Aujourd’hui notre philosophie c’est plutôt d’être curieux, de s’intéresser à des cultures qu’on ne connaît pas forcément. Je ne me retrouve dans aucun des deux termes, mais en même temps je pense qu’on tâtonne et qu’une définition en deux mots ça ne peut pas marcher. L’expression « nouveaux mondes » me va bien. Dans le sens où on parle avec notre musique de ce nouveau monde où la notion de frontière dans la culture est prête à être complètement abolie !

Pour donner un exemple, il y a le projet d’un pote qui s’appelle Gal Kadan. Il est israélien et nous a invité chez lui où il organise des teufs israélo-palestiniennes. Il vit maintenant à Berlin depuis 1 an où il a monté Awesome Orientalists From Europa. C’est donc un mec du Moyen-Orient qui se base à Berlin et qui fait un projet pour découvrir des sons géniaux orientaux mais fait en Europe ! Il déterre des trucs de big beats belge, du disco de la diaspora maghrébine en France de années 1990-2000 qui ont utilisé leur patrimoine en faisant des trucs de disco. Gal Kadan ne réédite que ces trucs là en free edit. Sa démarche renverse pas mal ce débat finalement.

Toi et Hard Fist êtes basés à Lyon. Quel est ton regard sur cette scène locale ?

Au moment où on a créé le label, on commençait beaucoup à parler de « scène lyonnaise », avec une sorte de hype autour, avec BFDM, G’boï et Jean Mi (de La Chinerie, ndlr), le label KUMP de Markus Gibb, Sacha Mambo… Beaucoup d’artistes qui font de la super musique, certains depuis très longtemps. On faisait des cartographies de Lyon, des visites de Lyon pour la musique alternative et les musiques indépendantes électroniques. Nous on ne voulait pas faire un « label lyonnais ». Le propos reste worldwide, global, ouvert… Du coup on a pas du tout basé notre propos là-dessus. D’ailleurs pendant longtemps très peu de personnes savaient qu’on était basé à Lyon !

Malgré ça on représente Lyon avec grand plaisir car on adore notre ville, on est vraiment connectés avec cette scène qui est hyper fraternelle, familiale… Lyon est un village ! On se croise tout le temps pour boire un coup, aller à un concert, digger des skeuds… On va tous aux mêmes endroits. On se connaît tous, on fait tous des trucs ensemble mais en même temps on respecte beaucoup l’indépendance des uns et des autres. Cette scène lyonnaise existe, c’est légitime d’en parler comme ça.

Comment cette scène a pu se développer et être identifiée comme une scène aussi active et rayonnante sur le plan des musiques électroniques ?

Déjà, il y a un truc qu’on dit rarement mais qui pour moi est important : Lyon est devenu une putain de capitale européenne du city break et du tourisme urbain éphémère ! Cet élément est forcément bénéfique pour les activités culturelles qui s’y développent.

Ensuite, ce qu’a fait BFDM est hyper qualitatif, leur édito sur Lyon est très fort. Après, tout le monde le dit, et on le répète ; la présence de Chez Emile Records est essentielle dans ce développement local. C’est un disquaire qui a ouvert à Lyon il y a 6 ans. Ils ont monté une plateforme de distribution qui a vraiment œuvré au soutien des labels locaux. Ils ont accompagné des artistes qui faisaient de la musique mais qui n’avaient pas de labels. Chez Emile Records les aide à monter un budget, ils s’occupent ensemble de la presse des disques, de leur distribution… Ils l’ont fait merveilleusement bien et de manière passionnée. Avoir un shop distributeur au coin de ta rue est une chance incroyable ! Avant, on bossait avec Bordello A Parigi (un disquaire/distributeur basé à Amsterdam, ndlr) on aurait pu aussi avec Rush Hour (autre disquaire amstellodamois, ndlr)… Mais les contacts se font par mails, il n’y a pas de rencontres, ce n’est pas le même rapport.

Tu reviens d’une tournée entre le Mexique, la Russie, la Belgique, le festival Fusion en Allemagne, Israël avant ça… Qu’est ce que tu en as retiré et y a-t-il des territoires qui t’ont marqué ?

D’abord, même si ces pays ne sont pas forcément identifiés par les amateurs de musiques électroniques, ce sont des pays impressionnants où tout est 1000 fois plus cool et pointu qu’en France niveau club culture !

Parmi les dates qui m’ont le plus marquées, il y a ma première fois au Kabareet, le spot de Ayed et Rojeh de Jazar Crew à Haifa. C’est un lieu militant ouvertement pro-palestinien, ouvert aux communautés arabes. Ils font de la conférence, montent des résidences de création et organisent de temps en temps des teufs. En l’occurrence ils nous ont invité avec Ko Shin Moon. C’était d’une lourdeur incroyable, le public était tellement à fond dans la musique, comme j’ai rarement vu… Tu sens la liberté, ça fait énormément plaisir : ça rappel ce qu’on peut imaginer du début des teufs au début des années 1990.

Plus récemment l’expérience du Fusion m’a marqué. Au-delà d’un festival, ça fait partie d’un patrimoine qui pourrait être classé à l’Unesco. La date était incroyable, avec Tom Tom Disco, le label sur lequel on vient de signer. Il y a des fees égaux pour les dj, c’est complètement végétarien pour 70000 personnes. Ils travaillent à l’année sur une base militaire achetée il y a plus de trente ans, ils passent un an pour construire la scénographie… C’est un modèle alternatif de festival, de bulle qui dépasse la musique pour revendiquer une autonomie et une liberté totale basée sur le respect, la tolérance…

Tushen Raï et Cornelius Doctor, les deux boss d’Hard Fist

D’autres dates à venir dans des lieux tout aussi fascinant ?

Guillaume et moi on travaille à côté de cette vie, ce n’est pas notre profession. On doit donc s’organiser pour ces différentes dates. L’année prochaine on va partir en Asie, au Japon, Corée du sud, Hong Kong… Un endroit où on a très très envie de jouer sinon c’est l’Opium club à Vilnius…

Vilnius a l’air d’avoir une scène bien active dans un délire assez similaire à Hard Fist (et c’est d’ailleurs l’une des villes qu’on va explorer via notre nouveau projet Scene city). Il y a d’autres spots comme ça que vous suivez ?

Tel-Aviv et Vilnius sont deux scènes pionnières pour ça. La Russie et le Mexique aussi, avec un nombre de producteurs chanmés dans ce délire. Toute l’Amérique Latine commence à vraiment bouger. En Asie aussi, en Australie, du côté de Melbourne. Il y a des labels comme Animal Dancing (sur lequel les lyonnais The Pilotwings ont sorti leur dernier EP), il y a Calypso records à Mexico city qui est une grosse frappe. En Russie il y a un label qui s’appelle ИДА, Cornelius a sorti un track dessus qui défonce avec Front de Cadeau, Pletnev et d’autres artistes… A Saint-Étienne il y a aussi Worst Records qui est bien lourd.

Tu as joué récemment à Bordeaux et tu reviens pour la résidence Nouveaux Mondes à l’Iboat le vendredi 19 août avec Deena Abdelwahed. Tu connaissais déjà cette ville ? Lyon et Bordeaux restent deux villes mal connectées mais qui ont des similitudes…

J’y ai joué une première fois il y a deux ans, pour un truc alternatif, une sorte d’expo. J’avais beaucoup aimé la ville. Ma sœur y a vécu donc je connais un peu, mais surtout la dimension touristique. La dernière fois qu’on est venu c’était pour les 2 ans de SUPER Daronne. On a kiffé cette ville, on suit beaucoup ce qui s’y passe, ça bouge bien ! Il a l’air de s’y passer beaucoup de choses, avec Bordeaux Open Air, l’Iboat qui a une programmation hyper classe. Il y a des tonnes de collectifs comme tplt qui font des trucs mortel… Aujourd’hui c’est une ville qui a un énorme potentiel et où tu sens la passion, comme à Lyon pour ses musiques alternatives électroniques. Mais on sent malgré tout qu’il n’y a pas le même niveau de développement, notamment sur ce dont on parlait avant avec le rôle qu’a pu avoir Chez Emile Records à Lyon… Il manque peut-être des noms d’artistes qui résonnent, des producteurs… Il y en a des anciens comme Djedjotronic (qui n’est d’ailleurs pas forcément affilié à Bordeaux car il a une carrière internationale) mais pas tellement dans la nouvelle génération… Il y en a sans doute plein de talentueux mais ils ne font pas de disques, il n’y a pas de Premiere (morceaux qui sortent avant leur sortie officielle sur Soundcloud par exemple, ndlr)… C’est comme ça que je m’informe et que je découvre des nouveaux noms d’artistes ! Nantes a un développement similaire à Bordeaux, et est arrivé à mieux passer ce step-là ; pas mal de plaques de très bonnes qualités sortent depuis là-bas.
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Faut-il un maire de nuit à Bordeaux ?

dans DIVAGATIONS LOCALES/POLITIQUE & SOCIÉTÉ

Alors que l’intérêt d’une vie culturelle nocturne foisonnante n’est plus à démontrer pour les grandes métropoles européennes (Berlin, Amsterdam, Barcelone ou même Paris l’ont bien compris), Bordeaux peine encore à être identifiée à l’échelle nationale pour la vitalité de sa scène de nuit. Si les initiatives de collectifs abondent, le manque de lieu se fait toujours cruellement ressentir. Alors que le Void vient d’être menacé par un arrêté préfectoral pour remise à niveau du système son de la salle, le rôle des politiques publiques locales sur cette question pose question. Qui est en mesure de soutenir et protéger les intérêts des acteurs de la nuit ? Pour répondre à pareille interrogation, certaines villes d’Europe ont fait le choix d’un « Maire de nuit ». La mise en place d’un tel organisme au niveau local est-elle en mesure de résoudre la situation actuelle ? Si la Mairie de Bordeaux que nous avons contacté ne l’envisage pas, la question mérite d’être posée dès lors que l’on observe le fonctionnement de certains voisins européens.

Crédit photo : Miléna Delorme

A regarder de près les agendas culturels récupérés ici ou là (notamment chez nous), difficile de contredire l’idée d’un dynamisme culturel à Bordeaux. Le nombre de collectifs (notamment de musiques électroniques) se multiplie, tandis que « l’offre » événementielle ne cesse de se développer. Qu’il s’agisse de soirées dans des bars, dans des clubs ou même des festivals (en lire plus ici), les bordelais ont de quoi profiter d’activités artistiques et culturelles diversifiées. Parallèlement, de nombreux artistes émergent en ville, appuyant la thèse d’un élan créatif à l’échelle locale et d’événements accompagnant cette effervescence (tout comme la création de nouveaux médias tels qu’Ola Radio pour rendre compte de cette activité). Pourtant, à y regarder de plus près, le constat peut être nuancé. Car si la « scène » bordelaise est belle et bien active et pleine de renouvellement, le manque de lieu reste un frein considérable pour faire de Bordeaux une capitale de la fête en France aux côtés de ville comme Paris, Lyon ou même Nantes.

« Bordeaux la nuit, c’est fini » titrait en 2015 nos collègues de Rue89 Bordeaux. Un brin provocateur, l’article faisait référence à un chiffre particulièrement préoccupant pour une ville de la taille de Bordeaux. Cette année là, pas moins de 15 fermetures administratives avaient eu lieu « pour tapage nocturne, ouvertures tardives, travail illégal, ou rixes ». Un chiffre considérable qui interroge sur la volonté des pouvoirs publics sur cette question de la vie nocturne.

Quatre ans plus tard, où en est-on ? Un constat s’impose ; le nombre de « clubs » proposant une programmation culturelle (exit les discothèques donc, qui se placent davantage sous le signe du divertissement) en ville ou aux alentours n’a pas vraiment augmenté… L’Iboat, le BT59 ou le Parallel (ancien Redgate, feu-Respublica) sont les seuls à occuper ce créneau. On peut noter l’ouverture du Hangar FL de manière sporadique pour contredire la démonstration. Dans le même temps, certains lieux ont même disparus, à l’instar du Bootleg (fermé en 2017). Plus récemment, c’est le Void qui a été contraint de fermer ses portes et qui, s’il souhaite pouvoir continuer d’exister, doit remettre aux normes tout son système son (une cagnotte est d’ailleurs en cours sur Hello Asso).

Bordeaux le jour, oui. Et Bordeaux la nuit ?

Alors, que fait la mairie pour soutenir ou accompagner cette dynamique nocturne ? Interrogé, l’adjoint à la culture Fabien Robert s’oppose à l’idée d’un « Maire de nuit » qui pourrait faire acte de lobbying pour défendre les acteurs et les oiseaux de nuit, à commencer par les différents lieux de diffusion évoqués plus haut. Pour la mairie, cette question de la nuit est avant tout transversale : « si on veut qu’un élu soit spécifiquement en charge de la nuit, ça veut dire qu’on cloisonne la nuit. Ça veut dire qu’on différencie encore plus la nuit du jour. Aujourd’hui, les grandes villes vivent le jour et de plus en plus la nuit. La seule question c’est ; comment on valorise et régule la nuit, pour à la fois plus de tranquillité mais aussi de créativité, de lien social et d’art ». Considérée comme absurde, l’idée de la mise en place d’un Maire de nuit est donc évacuée, la ville optant plutôt pour un « Conseil de la nuit », présidé par le Maire.

Les Pavillons d’été de L’Orangeade @ Miléna Delorme

Selon l’élu, Bordeaux n’a d’ailleurs rien à envier aux autres grandes villes françaises au regard de son offre festive et culturelle. Fabien Robert cite ainsi Bordeaux Open Air, les collectifs tplt ou L’Orangeade (ce dernier ayant récemment pu fêter ses 5 ans sur la place Saint Michel). Si de telles initiatives existent (et on ne peut que les saluer), on peut y voir derrière une forme de développement de l’offre avant tout diurne. Mais quid de l’offre nocturne à proprement parler ? Celle qui se déploierait de minuit à 5 ou 6 heures du matin ? Là, les choses se compliquent.

La vitalité de la scène nocturne au service du développement du territoire

Face à la demande grandissante du public, les initiatives se développent, souvent en périphérie de la ville. Récemment, le Hangar FL a ouvert. Capable d’accueillir des grosses scènes aux esthétiques notamment techno, le lieu (qui a investit une ancienne salle mythique, le Space Opera) n’héberge néanmoins pas des soirées de manière régulière. Également en périphérie, les soirées du collectif Demain Kollectiv connaissent de gros succès, mais subissent toujours pressions et menaces des autorités. Fermé en 2011 le légendaire 4 Sans avait également fait les frais de pareil méfiance. Façonnant l’identité et la notoriété culturelle de la ville, pareils lieux mériteraient pourtant semble-t-il le soutien des pouvoirs publics. Une rapide étude comparative des villes européennes confirme ce constat. Fabien Robert lui même en convient : « le premier critère d’attractivité des territoires aujourd’hui c’est le cadre de vie, et donc l’art et la culture ».

Un certain nombre de grandes villes européennes ont pris la mesure de l’impact positif d’une vie nocturne urbaine développée. Argument comme un autre pour attirer notamment des jeunes sur son territoire, cette dimension se double également d’un argument économique. De la question des transports en passant par celle des personnels de lieux, de sécurité, etc., la vie la nuit est un secteur économique comme un autre qui comptait selon l’INSEE 3,5 millions de personnes qui travaillent entre minuit et cinq heures du matin en France, en 2012. Conscientes de ces enjeux, certaines villes ont ainsi mis en avant un Maire de nuit ; une personnalité en mesure de représenter les intérêts de ces citadins qui vivent voire travaillent une fois le soleil couché.

Un Maire de nuit à la rescousse des nuits bordelaises ?

Hot spot de la fête en Europe, c’est la capitale néerlandaise qui, la première, a vu apparaître un Maire de nuit. Ancien promoteur de club, Mirik Milan a pendant six années œuvré à faire d’Amsterdam une ville où dormeurs et fêtards s’entendent. Qu’il s’agisse des questions d’éclairage, de sécurité, de transport mais aussi bien sûr d’horaires d’ouverture de lieux, de médiations ou de nuisances nocturnes, celui-ci a su pendant son mandat maintenir Amsterdam au rang de villes attractives pour son offre festive et culturelle nocturne tout en respectant les desiderata de ceux moins enclin à la fête. Cela a pu par exemple se manifester par la mise en place d’horaires de fermetures plus flexibles (chaque lieu étant libre de les fixer) pour les établissements qui, dès lors, ne libèrent pas sur la voie publique leur public au même moment, limitant de facto les problématiques de tapage nocturne. Suite à son expérience, Mirik Milan (remplacé depuis par Shamiro van der Geld) a d’ailleurs développé l’initiative Creative Footprint qui entend mesurer et valoriser l’impact économique de l’activité nocturne.

Inspirées par l’initiative amstellodamoise, d’autres villes ont emboîté le pas à la capitale hollandaise, à commencer par sa voisine La Haye. A Londres, le maire libéral Sadiq Khan, élu en 2016, en plus d’avoir étendu les transports de la capitale anglaise toute la nuit (24h/24) les week-ends, a lui désigné un « tsar de la nuit » en la personne d’Amy Lamé. A l’heure où l’iconique club londonien Fabric était sur le point de disparaître et que la ville a vu le nombre de clubs baisser de 1411 entre 2015 et 2005, celle-ci a la lourde tâche de ré-enchanter une vie nocturne qui bat de l’aile. Derrière la prise en compte de cet enjeu de la nuit, la question de l’attrait des jeunes et des forces créatives capables de dynamiser ces métropoles (qui bien souvent ont un pouvoir d’achat relativement élevé) est fondamentale. Outre-Atlantique, le concept intrigue et essaime. En 2017, c’est le vénéré New York Times qui titre l’un de ces articles « What Europe’s ‘Night Mayors’ Can Teach New York » (« Qu’est-ce que New York à apprendre des Maires de nuit européens ? »). Loin d’une formule rhétorique, le quotidien américain indique l’intérêt que prête les élus de la capitale étasunienne et leur souhait de mettre en place un.e tel.le représentant.e capable de défendre les intérêts des noctambule new-yorkais.

#SaveFabric suite à la menace de fermeture du célèbre club londonien @
duncan c (Creative Common)

Du côté de la France, Toulouse fait figure de modèle. En 2013, la ville rose voit l’organisation d’élections pour choisir un Maire de Nuit. Christophe Vidal, habitué de la vie nocturne toulousaine, est alors élu. Si l’initiative n’est pas une émanation des pouvoirs publics, ces derniers entretiennent une relation avec le nouveau représentant des noctambules. Au point qu’un an après son élection, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc décide de rallonger certains transports nocturnes de la ville jusqu’à 3 heures du matin ! Défenseur et porte-parole du droit à la ville « de jour comme de nuit », Christophe Vidal met aussi en avant le poids économique de la vie nocturne et son impact sur le développement de sa ville.

Rennes et Nantes font également figure de pionnière sur ces questions, avec l’élaboration de véritables politiques publiques. Nantes a par exemple vu l’intégration d’un élu à ces questions suite à l’élection d’un Maire de nuit, allant jusqu’à la création d’un Conseil de la nuit en 2015. Rennes voit même quant à elle la mise en place d’« États généraux de la fête » ainsi que d’un Bureau des temps, sur le modèle de l’Italie dans les années 1990, inspiré par le mouvement féministe qui condamnait le travail des femmes durant la nuit. Muni d’une équipe spécialisée dans l’étude des temporalités urbaines, il s’agit de mener des réflexions et d’interroger de multiples acteurs du monde la nuit, pour permettre de guider les choix des élus en ce qui concerne par exemple l’aménagement d’habitats ou de lieux culturels. A Paris, le choix d’intégrer un adjoint au Conseil municipal s’est opéré en la personne de Frédéric Hocquard.

Dès lors, face à toutes ces initiatives de soutien à la vie nocturne en France, en Europe et dans le monde, quels leviers les pouvoir publics bordelais pourraient activer en vue de revitaliser et redynamiser la vie culturelle nocturne locale ?

Quel(s) avenir(s) pour les nuits bordelaises ?

La question de l’ouverture de lieux est sans aucun doute l’une des priorités en vue de redynamiser le terrain nocturne. Trop rares, voire quasiment inexistants en centre-ville (hormis le Void ?), ces établissements doivent être au cœur d’une redynamisation et d’une reconstruction d’un imaginaire nocturne et festif à Bordeaux. Suite à la fermeture des 15 établissements sus-mentionnés, la Mairie a d’ailleurs intensifié sa réflexion sur l’accompagnement de ces lieux de diffusion. L’élu à la culture entend cependant différencier les café-concerts et les bars musicaux proposant une vraie proposition culturelle des « bars avec un simple système-son ». Ce lien étroit avec ces structures se manifeste notamment par du soutien en communication pour certains festivals, voire un accompagnement sur l’insonorisation ou l’achat de limitateur de sons. Le fait qu’il s’agisse ici d’entreprises et non d’associations empêche en effet les pouvoirs publics de verser des subventions ou tout type d’aide directement.

Bordeaux la nuit @ Intza Bagur

Des discussions pourraient dans le même temps être entamées afin de permettre à ces lieux (bars, salles de diffusion…) d’allonger leurs horaires d’ouvertures, afin de désengorger les rues qui, par exemple à deux heures du matin, se retrouvent « pleines » de fêtards qui sortent de bar et se retrouvent livrés à eux-mêmes au même moment. Il en va de même pour les clubs qui se voient imposer des fermetures aux mêmes heures (6 heures généralement). Des ouvertures en continu pourraient être envisagées, à l’instar de Paris, Amsterdam ou Berlin.

Enfin, au-delà du (nécessaire) soutien à des événements diurnes, la ville aurait tout intérêt à accompagner l’émergence de manifestations culturelles nocturnes d’envergure pour son rayonnement. Des municipalités comme Paris (avec les Nuits Blanches) ou Lyon (Fête des Lumières) l’ont bien compris et capitalise sur cette dimension événementielle hautement bénéfique sur le plan de l’attractivité, touristique et donc économique. L’existence d’un tel événement manque sans doute pour faire de Bordeaux une capitale de la nuit et lui forger une identité culturelle nocturne. Dans une note de synthèse sur « La métropole bordelaise la nuit », l’agence d’urbanisme de la métropole bordelaise (A’urba) explique bien que « sur cet aspect, le rayonnement de la métropole bordelaise est difficilement identifiable » et d’ajouter que « Bordeaux ne semble pas jouer cette carte et les politiques événementielles ne s’appuient pas spécifiquement sur les temps nocturnes ». Ainsi, miser sur un événement culturel nocturne clairement identifiable permettrait d’accroître le rayonnement de la ville et de lancer un signal fort quant à l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de la vie nocturne à Bordeaux.

Ainsi, si l’on reconnaît le dynamisme culturel local au travers de multiples initiatives, le manque de lieux se fait ressentir. Bordeaux peut néanmoins s’inspirer d’une multitude d’initiatives européennes, à commencer par le Maire de nuit. Si la Mairie rejette cette idée, y voyant davantage un risque de cloisonner la question nocturne, l’existence de telles personnalités à Amsterdam, Paris, Toulouse a fait ses preuves. Ville naturellement attractive pour son cadre de vie, ses autorités ont tout intérêt à explorer ses pistes et apporter des réponses en vue de faire de la capitale de la Nouvelle-Aquitaine l’un des foyers de créativité artistique en France et éviter l’image d’un ville dortoir déserté par les forces vives. Autant de questions qu’on espère voir abordées lors de l’événement « Et toi, la nuit ? » qui consacre quelques tables-rondes à ces questions. Car si pour Fabien Robert « On ne s’ennuie pas à Bordeaux, il y a vraiment de quoi faire », on peut penser qu’accompagner encore davantage la dynamique culturelle nocturne en ville permettrait de hisser la ville à la hauteur de certaines de ses voisines européennes.

Alél’interview : LB aka Labat, de Lyon à Bordeaux

dans MUSIQUE

Producteur prolifique engagé sur de multiples projets et labels, LB aka Labat est l’un des artistes qui façonne la « scène lyonnaise ». Strasbourgeois d’origine, il est notamment à la tête, aux côtés de son pote Polow, du label Alelah Records (dont une release party aura lieu sur le rooftop Le Sucre le vendredi 14 septembre), et vient également de lancer le label Le Petit Zoo avec un autre artiste emblématique de Lyon : Pablo Valentino. Influencé autant par le hip hop que par la house ou le jazz, Labat est un artiste singulier du paysage électronique francophone, ce qui a pu l’amener à jouer un peu partout dans l’hexagone, mais aussi à l’étranger, notamment en Asie dont il est un grand adepte. De passage à Bordeaux le dimanche 2 septembre dans le cadre de Bordeaux Open Air (qui célèbre la scène lyonnaise pour l’occasion), on en a profité pour le rencontrer, et discuter longuement autour d’un jus de pamplemousse-citron et d’une bière sur sa vision de Lyon, du sound system, de la teuf ou même des médias et de sa propre musique.
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Le Type : Salut Labat, tu viens jouer à Bordeaux le 2 septembre pour Bordeaux Open Air ; tu connais un peu la ville ?

LB aka Labat : J’y ai déjà joué 3 ou 4 fois, notamment à l’Iboat. Je peux pas dire que je connais la ville ni la scène là-bas ; à chaque fois je ne suis resté qu’une seule nuit. Une fois j’ai terminé en after sur les quais…

Cette année le concept de Bordeaux Open Air c’est d’inviter sur un dimanche plusieurs artistes d’une même ville. Pour Lyon, ils ont choisi toi, Pablo Valentino ainsi que les fondateurs de La Chinerie, G’Boï et Jean Mi. Tu trouves ça représentatif de la scène lyonnaise ?

C’est difficile de représenter une ville. Tu dois forcément faire des choix ; est-que tu représentes ceux qui sont mis en avant ? Ceux qui ne le sont pas ? Quand je pense à Lyon, je pense aussi à Sentiments, à Groovedge, bien sûr à Pablo, G’boï et Jean Mi. BFDM aussi, même s’ils sont à Marseille maintenant il me semble. Ce line up est donc représentatif d’un côté de la scène. G’boï et Jean Mi par exemple, avec ce qu’ils ont fait, leur festival et leur communauté, se sont beaucoup mis en avant, mais ce n’est pas forcément représentatif de Lyon. Est-ce que moi je représente la ville ? Je pense pas. Ça fait 5 ans que je suis là, je suis tout nouveau, même si j’ai fais le tour des clubs, des Nuits sonores… Pablo représente bien la team du Sucre, ce réseau-là.

Comment tu trouves la scène électronique lyonnaise ?

C’est une grosse ville de producteurs. Après, la possibilité de se représenter, c’est plus compliqué… La ville manque de club de petite envergure, genre 200 ou 300 personnes. Il y a pas mal de producteurs, en hip hop, en tout style de musique. Je ne m’intéresse pas à tout car je peux pas, mais il y a beaucoup d’acteurs : LYL, Chez Emile, Nova qui est là aussi, SOFFFA… Il se passe quand même des trucs, avec beaucoup de musique qui est produite ici. Il y a aussi un gros festival (Nuits sonores) et une bonne salle ; Le Sucre. Après tu as d’autres lieux comme Le Transbo mais qui a une jauge énorme, autour de 1800 places.

D’autres villes en France t’inspirent là-dessus ?

Je reviens de Strasbourg, qui est vraiment ma ville natale pour le coup ; la ville bouge bien. L’un de mes potes a ouvert un club récemment ; le KALT. Je ne l’ai pas vu en mode night club mais j’ai eu droit à une visite privée des lieux dans la journée. Là t’as un vrai club ; du béton partout, un gros sound system… ça envoie. Pour l’amour du son, dans un délire audiophile tu peux aller là-bas. Au-delà de ça, ils l’ont fait car la ville n’avait pas grand-chose à proposer au niveau club. Ça manquait d’un entre-deux entre un zénith et un petit bar dansant. C’est ça qui manque à Lyon, pas forcément un lieu alternatif à la Grrrnd zero, ou pseudo légal sans autorisation. En même temps, en y réfléchissant, je me dis que ça doit être très compliqué en France, aux yeux de la loi. Quand je me prends des claques niveau son, c’est partout, sauf en France. Je crache pas sur la scène en France car ils se passe des trucs super bien. Mais il suffit d’aller un week-end à Londres dans un club aléatoire pour se prendre une claque. Je te parle du son, de sa qualité. La culture de la basse. C’est quand même le premier vecteur, en tant qu’artiste, de transmission ; les enceintes. C’est pas la déco du club ou la DA (même si ça compte…) qui compte le plus. C’est les enceintes, avec des basses. J’ai joué une fois à Londres, je me suis pris une claque. C’était pas forcément un club énorme ; il y avait 200 personnes. Mais j’ai jamais eu autant de sub ni de caissons de basses pour aussi peu de monde, et ça change la tournure de la teuf. Ouvrir un club en France doit être complexe ; même la Concrete ont encore des problèmes au niveau sonore, alors que c’est une institution du clubbing.

Tu parles de Londres ; d’autres villes européennes où tu as eu l’occasion de jouer ou simplement de te rendre te donnent envie ?

Berlin, bien sûr. Même si la scène et la teuf sont très hardcore pour moi. Même si je kiffe de temps en temps ; parfois là-bas c’est trop. Là-bas j’ai joué au Globus, la salle du haut du Tresor. C’est un parfait exemple d’un sound system dédié aux audiophiles et à des clubbeurs. C’est un plaisir de jouer là-bas, t’entends tes skeuds d’une autre manière, t’es pas obligé de jouer dans le rouge… C’est pour ça que je te parlais de Juppé (en amont de l’interview, ndlr) ou de Collomb (ancien maire de Lyon, ndlr) ou Képénékian (nouveau maire de Lyon, ndlr) ou pire, du mec de la région ; Wauquiez… ça passe par ces gars-là ! Si eux sortent des décrets pour limiter les sound system ; tu peux difficilement aller à l’encontre de ça sur le plan légal.

Sinon il existe des initiatives « alternatives », en hangar par exemple en périphérie des centres villes comme le faisait le collectif Folklore à Toulouse…

J’avais joué justement dans leur hangar. Y avait eu une coupure de courant, avec une inondation au moment où je terminais mon set… C’est le genre de teuf où tu commences et tu sens et tu sais que ça va être chanmé… Je savais qu’on allait passer une putain de soirée.

Comment t’arrives à sentir ça ?

Là, t’as pas de limiteurs ; ce qui ne veut pas dire que tu vas bourriner comme un ouf. C’est juste que, du coup, le DJ est plus responsabilisé. On te donne la responsabilité du sans limite, d’une certaine façon. Folklore avait mis un sound system dans les 4 coins de la pièce, dans un hangar avec un étage, pas beaucoup de lumières… C’est des trucs que je kiffe. Un peu à la japonaise.

Justement, tu tournes beaucoup en Asie aussi, tu as un booker spécifiquement pour ce continent ; quelle est ta vision de la teuf et de la scène musicale là-bas ?

D’abord : il y a le Japon, et il y a l’Asie. Je suis allé 2-3 fois en Asie, et j’ai fais une fois le Japon. J’ai vraiment pu voir que c’était un autre monde. On peut pas parler d’une scène asiatique. J’ai vu beaucoup de Français qui tenaient les clubs en Asie, des expat ; Hong Kong, Bangkok, Vietnam, Jakarta, Singapour… Il n’y a pas vraiment de scène ; après c’est difficile de comparer des trucs aussi différents qu’avec l’Europe. Il y a juste d’autres choses. C’est toujours cool de jouer aussi loin, de se retrouver à Ho Chi Minh à L’Observatory, c’était chanmé, avec rotary mixer, des enceintes de ouf… J’ai jamais joué dans des clubs pute à champagne avec que des expat là-bas. Ça a toujours été plus ou moins moitié moitié, avec souvent même plus de locaux. Les gens sont à donf. T’as l’impression de leur faire écouter de la nouveauté. Et je suis pas du genre à m’adapter : si on m’invite, c’est pour faire ce que je sais faire de mieux. Ce que je fais de mieux c’est faire plaisir aux gens sans rester dans un seul style prédéfini. Je vais pas jouer du Rihanna par exemple.

Après, il y a le Japon. Le japon c’est le turfu ! Quand je suis rentré de là-bas je me suis dis : « pourquoi le monde entier n’est pas comme les Japonais » ? Les gens sont très respectueux de tout, des autres, des lieux, de l’environnement (le leur), de leurs rues… C’est une culture assez ouf. La culture club c’est pareil ; tout ce que j’aime ; quasiment pas de lumière, une lumière rouge, du son de malade. J’ai joué dans un truc qui s’appelle le Bonobo. Et il y a 15 personnes dans le club, les enceintes c’est du home made, comme le mixer, aucune indication au niveau des boutons… C’est le futur, ils savent faire la teuf… Là-bas l’entrée est super chère , c’est environ 30 euros… du coup quand ils font la teuf ils la font vraiment, et jusqu’au bout, à fond. La bouffe, n’en parlons pas…

Tu penses qu’il y a un intérêt de ces pays pour la culture électronique européenne, et française plus spécifiquement ?

Oui je pense, sinon j’y serai pas allé. Je pense pas que ce soit mon nom qui m’ait fait jouer ; je suis inconnu là-bas. Mais si tu leur parles de la France, ils voient Paris, tout ce qui s’y passe. On a quand même un pays où il se passe pas mal de truc au niveau de la zik… Comme la culture anglaise avec Londres. Ils ont un intérêt à faire venir toute cette culture chez eux.

On évoque souvent ton travail artistique en parlant d’un « renouveau de la scène house française » ; tu penses quoi de ce genre d’appellation ?

Il n’y a pas de renouveau ; je fais rien de nouveau. Pareil, Raheem Experience (son side project avec Mad Rey et Neue Grafik, ndlr) on a été qualifié comme ça…Certes j’ai pas entendu ou vu de live à proprement dit comme on le faisait, avec beaucoup de MPC, sans drum machine. C’était juste de la MPC, des samples et des trucs qu’on enregistrait à 3. Ok ça c’était nouveau. De là à dire que le son qu’on faisait était nouveau ; je pense pas. Même si on mélangeait du hip hop avec du jazz, de la house ; c’était pas super dansant. On voulait changer un peu. Mettre du hip hop dans des grandes salles devant beaucoup de gens ; passer du coq à l’âne en jouant du jazz, de la house… Je suis pas fan de l’appellation « renouveau de la house française ». En plus, si les gens qui écrivent ça s’intéressaient un peu à mon travail, ils verraient bien que je fais pas que ça. J’espère pas d’ailleurs : je ne fais pas que ça, je fais plein de trucs. Je suis plus mis en avant par la house parce que c’est ce que je joue le plus, évidemment.

C’est une formule journalistique un peu rapide selon toi ? Un des travers du journalisme musical ?

Sans doute… Quand tu fais le point sur les médias dans la musique, les bonnes interviews sont plutôt rares par exemple. Les questions sont souvent à la à la mords-moi-le-nœud. Du genre : « c’est quoi ton top 5 ? » ou « Ton morceau de peak time ? ». Tout le monde s’en fout ! les papiers vraiment sérieux sur tous ces artistes manquent. Ou alors c’est sur des gros artistes : AZF (je pense à elle parce que je l’ai eu avant), Laurent Garnier… ça oui, il y en a. Mais c’est l’époque ; tout le monde regarde des formats super courts, des tracks ID, on est abreuvé d’infos, l’attention s’est réduite.

Est-ce qu’il y a des médias qui ont une approche un peu plus sérieuse ou quali justement selon toi et que tu vas plus avoir tendance à lire ?

Je suis pas du genre à me rendre sur des médias pour me renseigner sur des artistes. Je suis plutôt du genre à kiffer un artiste et aller voir tout ce qui est écrit sur lui. Du coup je peux pas trop dire… Je me rends encore moins chez le buraliste ! Un de mes potes m’a récemment converti au Monde Diplo, mais ça n’a rien à voir… Je l’ai lu quelques fois puis on en parle avec mes potes qui sont pour la plupart prof, de philo, français… Ils sont assez engagés. Je pensais que Courrier International était super deep, et au final tu te rends comptes en diggant un peu d’autres médias, que certains sont achetés par des grands groupes et que d’autres sont de « vrais » journaux. Et c’est la même chose pour les médias musicaux, mais il doivent aussi vivre avec leur temps… ça doit être compliqué d’être un média musical aujourd’hui. L’exception c’est Resident Advisor ; c’est vraiment quali pour le coup, leur podcast, leurs articles… C’est vraiment un média de référence.

Pour revenir sur la question de « scènes » ; tu te sens plus appartenir à une scène musicale particulière (house, hip hop…), ou tu t’identifies d’avantage à la scène lyonnaise par exemple ?

C’est deux questions différentes… La dimension locale c’est le plus important, même si c’est ce qui est le moins mis en avant. T’as beaucoup de gars qui bossent à fond, qui font des trucs de ouf mais qui ne sont pas mis en avant, mais qui mériteraient de l’être. À un moment c’est un coup de chance, une aptitude à pouvoir se vendre, à sortir, essayer de rencontrer des gens… Le local reste le plus important et c’est le plus diversifié, t’as du rock du psyché , de la house… C’est cette diversité que je trouve intéressante quand on raisonne en termes de scène locale.

Tu t’efforces, toi, d’aller puiser dans toutes ces influences ?

Oui, j’essaye. Mais par exemple je suis pas du genre à m’intéresser beaucoup à ce qui se fait de nos jours. Tu dois choisir je pense. C’est trop dur de tout faire. Tu peux pas digger toute la scène actuelle, et en même temps voir ce qui s’est fait avant… Il y a tellement de trucs ! Et, en même temps, parfois je tombe sur des artistes actuels et j’hallucine ! J’écoute beaucoup de trap par exemple en ce moment, je trouve ça cool. Mais je suis plus du genre à digger ce qu’il s’est fait dans le passé.

Tu considères forcément que tu dois faire des choix ? Dans ta manière de digger tu vas plus t’orienter vers quelles esthétiques ?

Plutôt le passé donc, sans me mettre des contraintes de période… Je pense que toute époque a fait de la zik de ouf… Sun Ra qui a commencé dans les années 1950… Et si t’écoutes du jazz de cette époque ; tu t’attends pas à avoir des trucs super free, même s’il y en a eu ; mais cosmique à ce point… J’écoute beaucoup de trucs entre 1970 et 1980, en rock, psyché, jazz, musiques africaines, pop… Après là en ce moment j’ai aussi une tendance à écouter tout ce qui se fait là, maintenant, tout de suite. Je viens d’halluciner sur le dernier clip de Jay Z et Beyonce ! J’ai dû l’écouter 25 fois déjà. Travis Scott j’écoute à fond, A$AP Rocky aussi. La trap française par contre j’ai plus de mal ; je trouve ça un peu abusé, même si il y a des trucs bien. Les paroles c’est parfois rédhibitoire : « salope, pute, salope… ». Je dis pas que les ricains ne le disent pas, mais « bitch » c’est plus classe tu vois (rires). Puis comme Kendrick le dit… « my bichhh ».

T’as pris d’autres claques récemment ?

J’ai écoute Freeze Corleone du crew 667, c’est bien fonscard j’aime bien. Kendrick aussi, évidemment. Y a pas un seul truc qu’il a fait que je n’aime pas. Good Kid, M.A.A.D City reste mon album préféré… Celui où il y a le morceau « Real » que je joue en club d’ailleurs… (il se met à chantonner le refrain) ; il y a un kick, 4 temps !

T’écoutes pas forcément trop de musiques électroniques ?

J’en écoute quand je joue de la house dans le studio. Mais j’en écoute jamais sinon. Ou alors j’écoute toujours les mêmes albums de house. Les Moodymann que je peux écouter 50 fois d’affilé, Theo Parrish, FunkinEven aussi, j’écoute beaucoup. Tous les artistes autour de lui également : Bastien Carrara, Brassfoot… c’est super ce qu’il a fait sur Apron Records, j’adore ce label. Jay Daniels, cette petite scène, Three Chairs que je eux écouter à l’infini ; Rick Wilhite, c’est mon producteur préféré. Marcellus Pittman aussi. Mais j’écoute beaucoup plus de jazz, de rock, d’ambient… Limite de tout sauf de la house qui va m’inspirer à faire de la house ! C’est pas en écoutant de la house que je vais être inspiré à en faire. Je suis pas influencé sur ce qui marche en ce moment du coup, même si j’ai bien conscience de qui fonctionne…

Comment tu définirais les sorties que tu as sur tes labels Alelah et Le Petit Zoo, le dernier projet que tu as monté avec Pablo Valentino ?

Avec Alelah, ça a commencé très simplement. On était avec mon pote sur le canap, avec 40 morceaux qu’on avait fait pendant la semaine. Des petits morceaux de 2 minutes à la Madlib, des petites instrus, des interludes. On prenait Toy Story, des scènes de films, puis on en a fait une cassette. Fallait la sortir sur un nom ; on a déliré sur ce mot, Alelah, qu’on se tape en club et qui moi perso ne me fait pas hérisser le poil, ça me fait marrer. C’est déclinable à l’infini : Alelah Mif, on va faire les Alelah Teuf, j’aimerai bien faire des fringues, Alelah Sape. Qu’est ce qu’on défend ? On défend le fait qu’on ne réfléchit pas, c’est que du coup de cœur. On a pas de stratégie de se dire « tiens on va faire ça maintenant qu’on a fait du hip hop », même si on est catégorisé hip hop. Mais on a tellement de trucs qui vont sortir et qui sortent de ça. On a de la chanson française, de la pop, de la house, du hip hop, de l’ambient ; plein de trucs.

On me pose souvent la question ; « est-ce que tu as pas peur de perdre les gens en allant dans tous les sens ? ». Les gens veulent un peu te cataloguer et te coller des étiquettes. Nous on s’en fout des étiquettes ; on réfléchit pas à ce qui marche. Là je sors un album hip hop ; j’ai reçu des messages en me demandant si j’avais pas viré hip hop, si j’allais refaire de la house ou pas… C’est marrant, mais t’as l’impression que les gens sont en demande de classer les choses. Par exemple Mad Rey a toujours fait du hip hop alors qu’il est surtout connu pour avoir sorti des disques house sur D.KO Records. De mon côté, c’est presque comme si je faisais exprès de faire n’importe quoi. Si demain j’ai envie de sortir du rock sur Alelah ; qu’est-ce qui va m’en empêcher ?

Et pour Le Petit Zoo, ton nouveau label ?

Là c’est plus une aventure avec Pablo. C’est venu de lui cette idée de label. Il m’a intégré dedans, j’y suis allé avec plaisir, mais ce n’est pas le même fonctionnement qu’avec Alelah avec lequel on sort surtout des cassettes. Avec Le Petit Zoo on sort quasiment que des vinyles même si on a sorti une cassette pour présenter la famille autour du label. Mais on prévoit de sortir beaucoup plus de skeuds, plutôt destinés au club. Mais on a aussi des albums de jazz qui sont en préparations. Mais on essaye quand même d’avoir plus une ligne artistique orienté club, moins éparpillé qu’avec Alelah. Après on reste diversifié ; dans la compilation Pablo Valentino presents Le Grand Zoo il y a beaucoup de hip hop par exemple ; du jazz avec Patchworks, Brownstudy avec du hip hop, moi aussi du hip hop. Sweely aussi a sorti un track de hip hop  même s’il est surtout connu pour faire des sets techno acid de 6 à 8 à la Concrète ! On reste assez free avec le label mais on a une ligne plus prononcé qu’avec Alelah.

Comment t’en es arrivé là ? Qu’est ce qui t’as poussé à faire de la musique ?

C’est mon grand frère qui scratchait à la base. Il avait des platines, il faisait du hip hop à la maison il devait avoir 14 ou 15 piges, j’en avais 8, je comprenais rien. À un moment – je crois que c’est quand il a commencé les études après le bac, il a laissé les platines à la maison, avec les vinyles. Il n’y avait que du hip hop, et notamment Octobeat ; c’est que des petites loop pour scratcher. J’ai branché les platines, j’ai essayé de scratcher et je suis vite passer au mix. Je me suis entouré de potes qui voulaient faire pareil, on a commencé à plusieurs, et j’ai commencé direct par de la tech. Des trucs super fat. Le premier truc que j’ai acheté c’était Josh Wink je crois… Un truc super vénère. J’ai commencé à jouer en soirée Et d’ailleurs, un de mes potes plus âgé m’avait dit, je m’en souviens : « tu vas te calmer au fur et à mesure ». J’y croyais pas trop et puis tu vois maintenant… Beaucoup d‘artistes restent techno, mais je suis pas sûr qu’ils écoutent de la techno à la maison ! Les Ben Klock, Adam Beyer, Dettmann, ils doivent écouter autre chose chez eux. Moi j’avais toujours le hip hop qui était resté, puis je me suis intéressé aux samples. Puis j’ai chopé une MPC, ça a révolutionné ma life ! Après je me suis intéressé aux sources du hip hop, et là tu te rends comptes que les gars écoutaient des skeuds de funk, de jazz… Je me suis baladé vers là.

Ce besoin de comprendre ce que t’écoutes et d’aller aux sources, c’est quelque chose qui te caractérise ?

Pas forcément… Même si ça a commencé comme ça. Aujourd’hui quand j’écoute Madlib ou d’autres trucs, j’irai pas dire que je cherche à chaque fois d’où il a samplé ; ça lui appartient et c’est pas forcément cool de le savoir. Je préfère limite me garder le mythe. Ça me ferait plus plaisir de tomber sur un skeud et de me rendre compte que « ah putain c’est ça qu’il a samplé ! » plutôt que d’aller sur Whosampled.

Et avec Raheem Experience, vous en êtes où ?

On va faire un album. On ne va plus faire de scènes. En tout cas c’est pas prévu pour le moment. La dernière c’était Peacock. On fait ça pour que chacun puisse se consacrer à ses projets perso. J’aurai peut-être fait autrement mais on est un groupe, donc ça s’est fait naturellement. À la fin, après avoir tourné pendant 1 an sur des gros festivals ; on s’est dit que sortir un skeud, c’était sans doute ce pourquoi on avait fait ça à la base. Même si les live étaient cool, j’ai fais mes plus grosses scènes grâce à ce projet.

Tu prépares quoi pour la suite ?

Je fais du son tous les jours, je dois avoir 100 morceaux de côté, 2 ou 3 albums de prêts… J’ai sorti beaucoup de trucs ces derniers temps et j’ai senti que les gens étaient un peu perdus, entre les labels Petit Zoo, Alelah, les various fait sur d’autres labels, le truc sur Wolf… J’ai aussi envie que mes sorties soient écoutés. Donc si sortir un album tous les mois ça perd les gens et que les gens du coup l’écoutent moins, j’espacerai un peu plus les sorties. Mais si je prenais pas ça en compte, je sortirai un album toutes les deux semaines ! J’ai plein de trucs différents. Là ça fait deux mois que j’ai pas fais de son. Ça me va dans une certaine mesure car ça me créé un manque, un besoin. J’en profite aussi pour faire d’autre chose ; de la promo, du label, je mets en avant les artistes d’Alelah car ce sont des petits artistes et c’est important pour nous de sortir des gens inconnus au bataillon.

Le manque tu le ressens bien là ?

Grave ! Je pense que je vais m’acheter 2 ou 3 nouvelles machines avant de reprendre pour faire d’autre zik quand je m’y remettrai. Mais la MPC sera toujours là. J’ai jamais eu de drum machines par exemples. Je sais pas ce que c’est un câble MIDI. Mono / Stereo je comprends à peine. Moi je branche ; si  c‘est pas le cas c’est que j’ai mal branché. Après je fais ma sauce. Mais du coup j’essaye de me pencher plus vers ça ; choper des synthés, comprendre comment faire fonctionner les machines ensemble, ça me dit bien. J’aimerai bien aussi sortir un album de jazz, faire de la batterie, de la basse.

T’aimerai avoir un live band ?

Un live band tout seul ouais ! Un album produit tout seul où j’essaierai de faire toutes les instrus. Mais avoir un groupe aussi ; j’ai mon pote JJK qui joue de la gratte comme un dingue, j’aimerai bien faire un truc avec lui. On a fait 1 ou 2 représentations sous Coconut ensemble. Après, c’est un peu cliché le DJ qui veut se mettre au live… De mon côté c’est pas une nécessité, mais si un jour l’occasion se présente, même pour un album, alors pourquoi pas.

Bordeaux Open Air ou quand le BOA sort de la jungle

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

Le dimanche est un autre jour. Le soleil est différent, il brille plus intensément, glorieux d’offrir du temps disponible aux esprits vifs qui ont agi toute la semaine. Le dimanche est un jour hors du temps. Un jour où l’on peut faire ce que l’on souhaite. Où l’on peut suivre notre rythme et profiter des initiatives des gens qui ont passé un pacte avec le dimanche. Le pacte d’offrir de la légèreté, de la bienséance et de la culture. De ce pacte est né : Bordeaux Open Air. Entre musiques, animations et restaurations, nos sens sont gâtés. La simplicité séduit et le second été en plein air risque fort de vous rendre accro. Le dimanche n’a pas d’horaire. Mais on prend un peu d’avance, on vous en dit plus sur les ambitions des uns qui font le bonheur des autres. Rencontre avec un BOA citadin.

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Le Type : Qu’est qu’un BOA ?

L’équipe BOA : C’est avant tout une invitation à tous ! Tout le monde est convié ! D’où les choix du dimanche après-midi, que ça soit après votre repas de famille, au réveil après un samedi soir de fête, après la messe ou de retour de la plage, vous n’avez normalement pas de raison de ne pas venir ! On ne fait pas encore les mots d’excuses officiels pour les travailleurs mais on y réfléchit ! (rires). Sinon, l’idée c’est d’écouter de la musique ensemble dans un cadre naturel, à proximité d’un arrêt de tram, en dégustant des bons produits de la région, et avec quelques activités en plus de la danse et du chill ! L’entrée est gratuite et le sera toujours !

 

Qu’est qui motive un BOA ?

On est convaincus qu’il faut qu’on passe toujours plus de temps tous ensemble, et ce qui motive les Bordeaux Open Air c’est vraiment l’idée de proposer un moment où tout le monde peut être présent pour célébrer ce qui nous est cher et qu’on partage. Comme la musique électronique ou l’espace public par exemple !

Une autre motivation moins visible du projet pour l’instant, c’est que toute l’équipe, qui a de 20 à 40 ans, est super mobilisée dans l’innovation dans nos professions respectives, car on a aussi à cœur d’être des ambassadeurs du progrès avec le festival. La forme bénévole et associative de la structure nous permet une agilité qu’on choisit de mettre au service d’une « R&D » constante et très exigeante !

Comment profiter au maximum d’un BOA ?

Il faut venir avec des gens qu’on aime et repartir en ayant rencontré des nouveaux amis ! Pour ce faire, il suffit d’arriver assez tôt, de sourire et éventuellement danser. De notre côté on s’assure que vous ayez plein de choses à partager ! On se permet de glisser qu’il y aura une bière spéciale « Bordeaux Open Air » brassée à Bordeaux, qu’on vous conseille de goûter et de consommer évidemment avec modération, mais éventuellement aussi avec de la musique ou les activités qu’on a prévu pour vous…

 

Que propose un BOA ?

Quand vous arrivez sur site, vous avez plusieurs options ! Il y a la partie musique avec la scène et un bel espace pour danser, où s’allonger dans l’herbe et profiter de la vue. À côté, la partie animation proposera chaque dimanche un panel d’activités différentes très large, de l’initiation au rugby au djing, en passant par la peinture et des activités dédiés aux plus petits !

 

Une deuxième édition qui s’exporte sur plusieurs lieux, une volonté d’ouvrir le champ des possibles ?

Voilà la petite histoire derrière l’édition 2017 ; un mois après notre dernier dimanche l’année dernière, la Mairie de Bordeaux nous a proposé une carte blanche pour représenter la musique électronique au sein de Paysages 2017, la fête culturelle pour l’arrivée de la LGV. On est évidemment pas les seuls acteurs électro de la saison, et c’est un plaisir de voir autant de beaux évènements prévus sur l’été ! De notre côté, après réflexion on aurait trouvé ça dommage de se retrouver dans un seul lieu, aussi adapté soit-il ! On a choisi de proposer une programmation dédiée à la French Touch, tant sur le plan local que national. Quant aux lieux, c’est une sélection basée sur un cahier des charges simple mais exigeant : qui peut accueillir au minimum 2000 personnes, enherbé, à côté d’un arrêt de tramway et avec possibilité de stationner des vélos.

Alors pour en revenir à notre volonté, on est vraiment content du dialogue qui s’est installé avec la Mairie et la Métropole, cela nous permet de réfléchir beaucoup en amont, et on a effectivement la volonté de faire grandir le projet, et beaucoup d’idées derrière la tête ! Mais rien de tout ça ne se fera sans le soutien des bordelais et du public des évènements, et franchement, c’est grâce au public de l’année dernière qui a été à la fois festif et très respectueux qu’on a l’opportunité de présenter une deuxième édition vraiment plus complète ! On a tellement hâte de vous rendre la pareille !

Le dimanche d’ouverture promet d’être grandiose. Le Cercle filmera pour la première fois à Bordeaux, une belle réussite. On attend quoi de ce BOA ?

La collaboration avec Le Cercle est née d’une rencontre, et on est vraiment ravis de pouvoir les accueillir pour la première fois ici – on rêve de devenir un argument pour que chacun puisse inviter ses amis le temps d’un week-end à Bordeaux, on a donc convié et travaillé avec quelques partenaires nationaux cette année pour nous aider à porter ce message d’invitation, et on vous réserve encore quelques surprises !

On a choisi de commencer en bouleversant quelques codes, donc on a confié la programmation à Djedjotronic en lui laissant carte blanche… Voyez plutôt selon ses dires ; « j’ai profité de ma carte blanche pour vous concocter un petit line-up pas piqué des hannetons, avec du jeune bien péchu Picaszo, du vieux beau Art Feast Records et un chaman Rouge Mécanique Musique. »

Plutôt impatients de partager ce line-up bien représentatif de notre ADN avec vous, on vous conseille d’arriver tôt pour en louper le moins possible, il y aura beaucoup à faire, voir, entendre et déguster !

Rendez vous le 30 juillet à partir de 16:00 !

 

Bordeaux Open Air #1 – Parc Palmer – 30.07

 

 

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