Isaac Cordal

Exposition Courts-Circuits, quand les œuvres d’arts se baladent en ville

dans ART ET CRÉATION

Le 14 novembre dernier, Le Type s’est rendu au vernissage de Courts-Circuits, une exposition d’art urbain inédite menée par l’artiste Rouge aux côtés de la Fondation Desperados pour l’Art Urbain. Cette soirée a été la seule occasion de voir les œuvres dans une galerie. En effet, elles seront ensuite visibles par tous dans les rues de Bordeaux au gré des balades des 6 amateurs d’art sélectionnés pour acquérir une œuvre et s’engager à la montrer dans la rue.

Crédit photo : Non-lieux de Isaac Cordal, par Luna Omer-Verny

Courts-circuits une œuvre collaborative qui démocratise l’art urbain

C’est l’artiste bordelaise Rouge qui a pensé cette œuvre singulière et collaborative en invitant cinq autres artistes d’arts urbains internationaux. Ainsi, Madame, Manolo Mesa, Isaac CordalMatth Velvet et Rero, ont été choisis pour leur capacité à produire des œuvres d’arts variées, permettant de créer un lien avec les passants, de raconter une histoire. Tous avaient pour consigne de présenter quelque chose de “beau”. Bien que subjectif, c’est le mot utilisé par Rouge qui est convaincue que c’est cette forme de beauté, de sensualité, qui est nécessaire pour approcher le public. Le point de départ était de proposer une exposition sans lieu de présentation, revenir à la définition première de l’art urbain : art réalisé dans la rue ou dans des endroits publics, à la vue de tous.

Les artistes urbains, pour des raisons économiques, sont souvent contraints de suivre les conventions propres de l’art et de réaliser des œuvres, dites d’atelier, destinés aux expositions classiques. Rouge s’est donc demandé si ces œuvres d’atelier pouvaient être produites pour l’itinérance dans l’espace public et ainsi outrepasser les conventions établies. C’est sur cette question que Courts-Circuits est né, chahutant les codes traditionnels du monde de l’art, l’exposition cherche à rendre à la rue son art, souvent sacralisé et cantonné à des espaces clos. 

Cette œuvre collaborative et expérimentale a également pour but de montrer l’art là où il n’est pas vu, d’aller au plus proche de ceux qui n’y ont pas forcement accès. Il y a une volonté de créer du partage, du dialogue, des rencontres, de l’émotion. Sortir les œuvres dans la rue, afin qu’elles s’enrichissent de toutes ces rencontres, de tous ces regards, de leurs potentiels accidents, et qu’elles sèment un peu d’elles-mêmes tout au long de leur chemin. 

Volée pour pièces / Stolen for parts de Matth Velvet. Crédit : Luna Omer-Verny

Rouge, artiste bordelaise revendiquant l’accès de tous à la culture

En 2014, Rouge est diplômée des Beaux-Arts de Bordeaux avec les félicitations du jury qui avait déjà perçu un talent émergent. Le lieu, le milieu urbain et ses précarités avaient fait l’objet de ses recherches. Il y avait déjà un questionnement sur l’espace public et sur la question de la propriété. En sortant de ses études, elle se rend compte que le dessin et la peinture représentent un langage immédiat, qui saisissait le passant et qui permettait de nouer instantanément un dialogue avec n’importe qui dans l’espace de la ville. Un art qu’elle a commencé très tôt, qu’elle a pu travailler tout au long de sa vie pour pouvoir s’exprimer à travers le dessin et la peinture. Rouge développe des techniques multiples ; de la peinture à la linogravure en passant par le découpage, un travail d’une grande maturité pour une jeune artiste qui maîtrise avec brio plusieurs techniques et supports.

Rouge est une artiste de la ville, on retrouve dans son œuvre des visages, des corps de la mélancolie mais aussi de l’espoir, un travail très dense, difficilement qualifiable, que Rouge compare à nos vies contemporaines. Ses intuitions la mènent vers des représentations du quotidien, il y a dans ses œuvres une certaine vacuité, des passages à vide, des identités morcelées, des choses floues à l’image de nos vies. Privilégiant les ateliers, expositions, et interventions collectives, Rouge développe aujourd’hui un travail intuitif déterminé par ses conditions d’apparition dans un espace social, architectural et culturel donné. 

“Au carrefour entre la réalité économique de l’artiste et la nature gratuite et irruption de l’art urbain, j’ai imaginé Courts-Circuits : proposition où l’engagement devient valeur d’échange, où les jeux de propriétés suspendent l’œuvre hors de toute spéculation et où des œuvres d’atelier prennent la rue comme terrain de jeu.” – Rouge 

L’artiste Rouge. Crédit : Luna Omer-Verny

La Fondation Desperados pour l’art urbain, met en lumière les artistes émergents. 

C’est la Fondation Desperados pour l’Art Urbain qui mène avec Rouge cette exposition, une collaboration qui fait sens puisque Courts-Circuits fait écho aux valeurs et à l’ambition de cette fondation : rendre le street art accessible au plus grand nombre. Crée en 2018, elle articule son action autour de deux missions principales : la promotion et la diffusion de l’art urbain dans l’ensemble de la société, et le soutien à la création artistique et l’accompagnement d’artistes moins connus. 

Fondation Desperados

Ce vernissage a donc été l’occasion de remettre aux 6 amateurs sélectionnés les 6 œuvres qu’ils garderont à vie après les avoir promenées sur le pavé bordelais. Finalement, Courts-Circuits, c’est une façon d’aller vers des publics différents en « court-circuitant » les parcours classiques (galeries, musées et autres) et en instaurant un circuit court entre l’artiste et les amateurs.

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