Les V.U par Boris Garineau : fusion événementielle & éducative

dans ÉVÉNEMENTS

Du 29 octobre au 3 novembre 2019 se tenait la 22ème édition des Vibrations Urbaines, un événement présentant des sports et des pratiques culturelles urbaines. Nous y avons rencontré Boris Garineau, acteur phare du festival qui nous raconte les débuts des V.U et ce qui fait la particularité de cet événement pluridisciplinaire.

Crédit photo : WL Crew par Intza Bagur

Le Type : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous dire quel est votre rôle au sein des Vibrations Urbaines ?

Boris Garineau : Bonjour, je suis Boris Garineau, directeur des sports, de la jeunesse et de la vie étudiante de la ville de Pessac. Ma mission est de réaliser l’ensemble des activités sportives en lien avec le monde étudiant et les campus pessacais. Je dirige aussi le festival Vibrations Urbaines dont on célèbre la 22ème édition cette année. C’est un événement qui mêle à la fois activités sportives et culturelles dans le champ des cultures urbaines. Je dois manager tout le festival en trouvant les moyens financiers et structurels pour le faire fonctionner. Ce festival est à la croisée de plusieurs politiques publiques qui sont culturelles et sportives. On essaie de considérer les pratiques urbaines comme des pratiques sportives à part entière. On a la volonté de leur donner cette légitimité. Le festival existe depuis 1998, il a été créé bien avant ma présence dans la ville de Pessac. Je suis arrivé à la tête de ce festival en étant au sein du service municipal.

WL Crew. Crédit photo : Intza Bagur

On essaie de considérer les pratiques urbaines comme des pratiques sportives à part entière.

Pouvez- vous nous décrire rapidement comment se passe l’organisation de ce festival ?

La particularité de cet événement c’est qu’il est organisé par une ville qui fédère le milieu associatif. Le fait d’agréger les différentes associations et acteurs du territoire, c’est quelque chose d’assez atypique pour une ville. On fait le lien avec les associations qui organisent les contests. Par exemple le centre social de Saige qui organise le Battlekids, le battle de breakdance à destination des enfants ou encore les services municipaux comme Pessac Animation qui a proposé des activités virtuelles, aussi à destination des jeunes .

Il y a également le dispositif de musiques actuelles PAMA, qui lui va s’occuper de la partie concert. Ensuite l’organisation des productions musicales à la salle Bellegrave varie en fonction des propositions que l’on peut nous faire. Au niveau structurel, depuis 3 ans, le festival a évolué et s’est étendu sur le campus universitaire. Par exemple on doit construire un skatepark éphémère de 20000 m2. C’est une prouesse technique de le faire chaque année. Il y a aussi des expositions en amont du festival. Par exemple une exposition de peinture street art sur skateboard à l’artothèque de Pessac. Sciences po accueille aussi une exposition qui est ouverte au public.

On se sert de l’événement pour tisser des liens avec le campus, qui fait partie intégrante de Pessac mais qui reste encore un peu à part. Cela permet de changer les regards, de démocratiser le lieu. On a souhaité recentrer le festival sur 6 jours, au lieu de 10 précédemment. C’est un peu plus dense mais cela permet de le faire monter en intensité en terminant par les activités phares du festival c’est à dire les finales pro de BMX et le battle final de breakdance le Pessac Battle Arena.

Pouvez-vous nous raconter les débuts du festival ? Comment ça a commencé ?

C’est un festival qui a évolué sur sa forme et s’est étoffé en contenu. Au début, il y avait exclusivement une entrée de musiques actuelles, avec cette idée qu’avait la ville de proposer des concerts, des activités culturelles et artistiques à destination de jeunes. Est entrée très rapidement la partie glisse, avec les contests de BMX. Le festival a donc eu pour point central des pratiques culturelles et sportives des jeunes. Il a pour obligation d’être en adéquation avec les pratiques sportives actuelles. Le breakdance est arrivé également, il y a une quinzaine d’années, avec un gros battle chaque année, le Pessac Battle Arena.

On n’est pas sur l’idée de réaliser des recettes supplémentaires, il y a plutôt la volonté de mêler de l’éducatif à l’événementiel.

Et maintenant, quels sont les changements que vous constatez ?

Il y a 5-6 ans on a mis en place les contests de trottinettes, on donne une place aux pratiques qui émergent. À travers cette manifestation on arrive à s’ouvrir au campus, par la programmation, le choix des lieux ou des artistes… Cette année on s’ancre dans le champ du développement durable avec un village éco-responsable. On met en place des activités de sensibilisation à l’environnement avec une démarche « sans plastique jetable ». On n’est pas sur l’idée de réaliser des recettes supplémentaires, il y a plutôt la volonté de mêler de l’éducatif à l’événementiel. On essaie d’éduquer les jeunes sur le développement durable.

Le skate tient une place importante aux débuts des Vibrations Urbaines. Quelles sont les autres disciplines sportives ou artistiques que vous mettez en avant ?

On essaie plutôt de combiner les disciplines en fonction des temps et des moyens. Il y a des activités qui émergent, comme la trottinette. Là on va approcher les 150 à 180 inscrits sur le prochain contest qui aura lieu le 31 octobre et le 1er novembre. C’est un sacré volume, donc il faut essayer de permettre l’expression de chacun. Le skate garde toujours sa place, d’autant plus que lui comme le BMX sont devenus des sports olympiques. Donc le skate fait partie des élément centraux du festival.

Les contests de skate justement sont un tremplin pour que les sportifs se fassent connaître par des sponsors et le grand public ?

Le festival a toujours eu cette position d’être révélateur de jeunes talents. Ceux qui peuvent gagner les Vibrations Urbaines peuvent très bien se retrouver aux FISE (un rendez-vous urbain sportif à Montpellier, ndlr). C’est un des plus gros contest internationaux de skate et de BMX. Shani Bru, qui a fait l’affiche du festival de l’an dernier, est une jeune skateuse qui a été sélectionnée pour partir aux FISE en Chine. Elle représente la France, après avoir gagné en 2017 aux VU. Cela prouve qu’on arrive a faire éclore les jeunes talents, qui vont représenter les couleurs de la France à l’autre bout du monde.

Quel est le public que vous attendez de voir au festival ? Est-il hétérogène ou vise-t-il une population particulière ? Les sportifs plutôt que des familles ? Des jeunes ou des adultes ?

Il y a un peu de tout. À la base l’entrée est destinée aux jeunes car c’est un festival qui représente la culture jeune. Il y a donc un public de jeunes sportifs professionnels ou amateurs, par exemple le BMX avec une finale pro. Mais il y a toujours une part d’éducatif qui est prépondérante. Derrière on propose des ateliers, des initiations aux enfants dans les centres de la commune. On permet à des jeunes de participer aux contests.

Donc notre public premier ce sont les jeunes mais aussi les Pessacais, puisque c’est un événement au cœur de la ville. Ce festival a vu son public grandir au bout de 22 éditions. Les jeunes qu’il y avait il y a 22 ans sont maintenant parents et ont toujours à cœur les cultures urbaines. Ils viennent donc avec leurs enfants. Du coup à ce public de sportifs s’ajoute une dimension familiale sur le site, avec la mise en place d’ateliers pour les enfants. C’est aussi le temps pour les riders des 4 coins de la France de disputer une compétition certes, mais aussi passer un moment convivial ensemble.

Parlez-nous un peu de la programmation musicale du festival. C’est une dimension forte de l’événement, comment s’établit-elle ?

La programmation de cette année prend une part d’événementiel avec deux grosses soirées à la salle Bellegrave. Le 31 octobre et le 2 novembre, avec Sebastian et une soirée « Here I come » avec l’Entourloop en tête d’affiche. Ce sont de gros concerts, qui accueillent plus de mille personnes. Mais à coté de ça on fait aussi une place à la scène bordelaise, donc on fait aussi émerger de jeunes talents. Là on réalise ces concerts au Royal. Cette salle ouvre après 3 ans de travaux. Les 3 premières soirées inaugurales vont être pour les Vibrations Urbaines. Donc il y a des groupes locaux qui ont aussi leur temps d’expression. Ce festival est un tremplin international pour les contests sportifs et sur le plan musical il peut servir de tremplin pour les groupes locaux.

Salle Le Royal. Crédit photo: Intza Bagur

En 2019, quelles esthétiques musicales correspondent le mieux aux  « cultures urbaines » ? Hip hop ou musiques électroniques ?

On travaille avec des boîtes de production, ce sont des producteurs qui nous font des propositions pour la programmation. Mais le style musical, comme les disciplines sportives, évoluent au fil des ans. Il y a dix ans, on passait beaucoup de rock ou de hip hop classique. Maintenant ce sont plus des concerts d’électro ou d’électro hip hop. Les soirées dans la salle Bellegrave correspondent aux grosses têtes d’affiches que l’on retrouve dans l’agglomération. Nous nous efforçons d’avoir également un cadre d’exposition pour les jeunes talents. Nous présentons d’autres styles musicaux, peut être les styles de demain avec, par exemple, des fusions d’électro, rock, reggae… Toutes les franges musicales qui existent.

WL Crew. Cédit photo: Intza Bagur

Quelle est la place des cultures urbaines à Bordeaux?

J’essaie de prendre du recul sur ça. Au niveau local ce festival a contribué, à notre humble échelle, à donner une place aux cultures urbaines, quelles qu’elles soient. Il y a 22 ans, ces pratiques étaient considérées comme du vandalisme. Par exemple, aujourd’hui on expose des grafittis. On parle des activités de glisse mais aussi du street art ou du breakdance. Ces activités étaient avant soit clandestines, soit perçues comme quelque chose qui allait entraîner des dégradations, ou des interdictions. Elles sont maintenant des activités reconnues. Aujourd’hui des street artistes sont exposés dans des musées. Des lieux comme Darwin, la patinoire de Bordeaux ou le campus de Pessac accueillent aussi des fresques de street art. Cette culture qui a beaucoup évolué en 22 ans.

On est entrés sur une reconnaissance de ces pratiques. Il y a des débats sur leur institutionnalisation. Nous aussi on fait rentrer ces artistes dans des galeries, pour montrer leurs œuvres. Le regard a changé parce qu’il y des événements comme le nôtre qui ont des effets là dessus. C’est aussi dû à l’effet générationnel: les jeunes d’il y a 20 ans ont transmit à leurs enfants leur attrait pour la culture urbaine. Sur Pessac la culture urbaine est déjà bien ancrée. Est-ce que c’est parce que les enfants de la ville ont tous à un moment ou à un autre accédé à des activités de glisse par le biais des activités proposées par la commune ? Ou peut être avec le skatepark, sur le site de Bellegrave qui est là depuis 2007 ? C’est un lieu de rassemblement des skateurs mais aussi des familles.

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