Le Mayday : L’Aube d’un avenir prometteur

dans ÉVÉNEMENTS/REPORTAGES

Le Mayday Student Music Festival c’est l’histoire d’un groupe d’une dizaine d’étudiants, qui se sont rencontrées à la fac de sciences en intégrant une association : M-Tech. Sans le savoir, ils étaient tous passionnés de musique en tout genre et avaient tous un pied dans le monde festif.

Texte : Romain Vas et Noémie Malo

Lors que le projet du MAYDAY, qui s’appelait alors « Le concert des Moissons d’Avril » leur a été proposé par l’université en 2016, le petit groupe réalisa plus que ce qu’on attendait d’eux et une petite flamme s’éveilla alors. Réalisant le potentiel qu’ils avaient entre leurs mains, ils se remirent à travailler d’arrache pied, afin de convertir ce potentiel en un événement aspirant à s’ancrer dans le paysage culturel bordelais.

En 2017, après la seconde édition du concert des Moissons d’Avril, le projet leur fut totalement confié. Souhaitant donnée une identité propre à leur festival, Le MAYDAY naquit pour deux raisons : attaché aux questions d’écologie et d’éco-responsabilité et ce fortement lié à leurs études en biologie et en chimie, le MAYDAY se veut porter un signal de détresse pour notre planète. May-day c’est aussi un bel anglicisme signifiant que le festival se déroule un jour de Mai, et ce depuis trois ans.

L’édition 2018 du festival marqua un tournant dans toute l’organisation. Malgré les intempéries, les dix étudiants et leur asso, montrèrent un moral d’acier et une envie incomparable de mener à bien leur événement. Bilan : 3000 personnes, le parvis de la fac transformé en fosse de concert, et des groupes donnant tout pour leur public. Ce petit groupe d’étudiants venait d’accomplir le second plus grand concert de l’université après « Les Campulsations » et venait d’acquérir une reconnaissance qui leur mis sur l’orbite des organisateurs de festival reconnus de la région bordelaise. Nous voilà donc aujourd’hui à l’entrée de l’édition 2019, sur-motivé par la programmation, confiant dans le dévouement de l’organisation et une excitation exacerbée à débuter la saison des festivals d’été du bon pied.

Il est 15h, nous arrivons à l’arrêt Arts et Métiers et la première chose qui nous saute aux yeux est la grande arche surmontée d’un « MAYDAY » en bois. Ça y est, c’est le début des festivités ! Supposément du moins… Un petit retard de la sécurité nous retient à l’entrée le temps de faire encore plus monter l’excitation. Nous finissons par rentrer dans l’enceinte du festival par le pont d’Arts et Métiers d’où nous contemplons le site dans son intégralité.

Un rendez-vous écoresponsable

Au premier plan, le parvis devant lequel se situe les deux scènes : grand espace encore vide où fourmillent techniciens et bénévoles, il sera bientôt totalement opérationnel. De loin on entend les premières notes de l’open air. Chris, Antyo et Bri, étudiants à l’ENSEIRB, vont nous ambiancer durant tout l’aprem. En haut du parvis, des jeux en bois sont mis à disposition par une association du campus : La guilde du dés libéré. Nous souhaitons prendre une bière mais il faut passer par la case jetons. Premier fait étonnant, les jetons sont biodégradables. On nous propose également des cendriers de poche. Nous prenons alors conscience que le MAYDAY prend à coeur l’éco-responsabilité et que ce n’est pas juste une étiquette comme peuvent présenter d’autres festivals à Bordeaux.

Cela se confirme avec le village associatif mis en place pour l’occasion. Celui-ci se calque sur le modèle d’une maison dont les différentes pièces sont animées par plusieurs associations et initiatives personnelles qui oeuvrent pour une consommation responsable et respectueuse de l’environnement. Des conférences sont prévues égayant la curiosité de tous, à travers des moments d’échanges privilégiés avec des enseignants-chercheurs sur notre impact, même minime, sur notre environnement.

Place désormais aux concerts !

Il existe un genre musical indescriptible, que nous affectionnons particulièrement, qui se situe entre pop, rock, alternative, électronique ; basé sur une batterie discrète, un synthé maitrisé à la perfection, une guitare mélodieuse, le tout bercé par une voix grave et douce presque rassurante, une vraie thérapie musicale. Form c’est le prototype de ce genre, leur genre.

Farouq, Pharouq et Farouk (Hausmane, Adrien et Aksel de leurs vrais prénoms) sont trois joyeux lurons. D’humeur blagueuse et enjouée, ils se métamorphosent en montant sur scène, nous transportant dans un monde dont eux seuls ont la clé.

C’est le premier groupe de la soirée, le parvis n’est pas encore rempli mais pourtant cela ne semble pas les affecter. Aksel aux percussions donne le tempo, Adrien et Hausmane aux claviers jouent les premières notes. Le temps s’arrête. La totalité du festival tourne la tête vers la scène principale. Form commence leur concert avec Mirrors, un titre exclusif. Une douce vibration parcoure nos corps, la voix d’Hausmane est si particulière qu’elle nous transcende de la tête aux pieds.

La musique de Form est comparable à un nuage sur lequel on se pose et qu’on ne quitte pas le temps d’un concert. Do It Anyway est d’une brutalité fébrile, le refrain se retient facilement et met un sourire sur chaque bouche. Il est 19h, le Mayday 2019 est lancé et quelle meilleure façon de le lancer qu’avec Form, un groupe qui fait l’unanimité du public et qui le soudera jusqu’à la fin du festival.

crédit photo – Robin Delescluse

Dans chaque festival, il existe dans la programmation un ovni, un groupe dont on ne sait pas grand chose, qui attise notre curiosité et qui finit par être celui qu’on attend le plus. Nous avons découvert Inüit à travers la programmation du MAYDAY. La première écoute est assez particulière, la construction de leur musique est si complexe qu’on ne saisit pas de suite la puissance de celle-ci.

Il est 20h30, c’est le début du concert d’Inüit, et nous comprenons rapidement pourquoi leur musique est si singulière. Ils sont 6 sur scène ! Une batterie, deux synthés, un trombone à coulisse, un saxophone, plusieurs percus. Un bel orchestre mené à la perfection par Coline. La chanteuse du groupe a une voix si profonde, lui donnant un spectre vocal qui lui permet de chanter de toutes les façons imaginables.

Chaque chanson est une claque. On passe d’une mélodie lente et d’une voix frèle sur Sides, à des sonorités électro et des paroles quasi révolutionnaires sur We The People. Nous sommes tout simplement impressionnés par Inüit. Toutes leurs chansons atteignent un niveau supérieur en live. Ils redéfinissent la pop sur chacun de leur titre.

Dodo Mafutsi, leur chanson la plus connue, est un réel feu d’artifices sonore. Le peu de paroles est souvent slammé, la voix de Coline devient un instrument à part entière de cet orchestre. Nos tympans se régalent, nous sautons tous comme des fous. Inüit, cela peut être le nom d’un peuple vivant à proximité du cercle arctique, mais c’est avant tout le nom du groupe qui nous réchauffe à travers leur musique.

crédit photo – Intza Bagur

C’est avec une fierté indéniable que le MAYDAY accueille cette année en tête d’affiche, Disiz la Peste, grand artiste du rap français depuis plus de vingt ans.

Nous rencontrons Diszilla : l’évolution de Disiz à mi-chemin entre l’homme et le monstre qui sommeil à l’intérieur. Une mutation du passé et des blessures encore inabordées artistiquement. Un homme ayant toujours sû transmettre émotions douces ou sans détours à son public. Depuis ses débuts on observe une perpétuelle évolution dans l’art de ce grand monsieur mais aussi dans son personnage.

Ce soir sur scène c’est un Disiz évolué mais fidèle à son univers. Il reprend des morceaux de ses anciens albums : Grande colère de Pacifique, motivant la foule. Ce qui nous sautent aux yeux ce soir là c’est la rencontre avec un talent brut et à nouveau dans la production sans filtre de ce qu’il ressent et ce qu’il a envie de partager. Un talent que les fans n’auront jamais oublié mais qui semble se réinventer chaque jour.

Un artiste aux propos maitrisés, semblant se remettre en question à chaque nouveau projet qu’il entreprend afin de revenir plus fort et d’aller plus loin. Un rappeur qui perdure depuis plus de 20 ans de par l’intelligence de la réflexion, la curiosité artistique et l’envie d’utiliser ses démons pour avancer. C’est un homme marqué et saisissant qui entame Qu’ils ont de la chance : réel moment suspendu devant un public qui respecte ce moment semblant arrêter le temps.  Il « reviens du gouffre, reviens du froid » pour contenter nos oreilles et nos sens et se libérer un peu plus du poids du monde.

De la sensibilité à l’énergie brut et primitive de Hendek, l’ambiance évolue et se métamorphose ; une mise en abîme déconcertante mais d’une évidence authentique. Tout s’enchaine, Fuck l’époque, Niquer la fac. La rébellion est en cours, attention choc en approche. On termine ce show incroyable avec J’pête les plombs ou il répète les backs mais où le public prend le lead sur les paroles. Il est clair que le renouveau et l’évolution font partis de l’encre qui coule de la plume de cet artiste inimitable. Il nous laisse présager un futur projet avec Inüit qui semble passer du temps en studio ensemble. Affaire à suivre pour projet prometteur…

crédit photo – Intza Bagur

crédit photo – Alacante

C’est au tour de COLINE, nouveau groupe house techno émergeant de la scène bordelaise, de se présenter sur la scène du MAYDAY. Projet qui voit le jour quand Coline, jeune chanteuse et musicienne décide de développer sa passion aux yeux de tous. Elle s’entoure rapidement de deux artistes de talent, Dylan batteur et Tazzz, bassiste. Trois personnalités issues de trois univers différents réunis autour d’un seul et même projet. Et ça fait boum, tam tam…

Nouvel échange, mise en commun des univers, « Chacun ajoute sa touche au projet et ça donne ça. » COLINE revisite la pop : Grâce à une pincée de house, quelques boums boums et un soupçon de techno, elle nous raconte des histoires du quotidien dans ce qui est, à ses yeux, la manière la plus simple et douce de le faire. Un style de musique d’une base électronique : une batterie électronique, une basse sur synthé électronique, et un clavier. Et là, vous vous direz, « l’électronique c’est large ». Coline affine en ajoutant électronique d’influence house. Aujourd’hui, première scène de ces artistes en devenir. Le MAYDAY, leur fourni une place dorée au sein d’une programmation d’une qualité digne d’un grand festival.

« Je suis COLINE, ils sont COLINE, nous sommes COLINE. » Des mots qui résonnent encore aux oreilles du public. C’est alors que la magie opère. La prestation est inédite, belle et très professionnelle. La fraicheur du chant en français, donne un côté musique actuelle et très pop. Un véritable « satellite électronique de la planète pop musique. » Ils partagent leur aura et douceur dès le début du concert avec une première invitation à la danse, manière agréable d’emmener le public dans leur univers encore inexploré. Nous affirmons sans nuls doutes, que ce n’est que le début d’une aventure incroyable pour ce groupe doté d’un talent indéniable. Si vous voulez notre avis, retenez bien ce nom, car on ne leur laisse que quelques temps avant de tout exploser…

crédit photo – Miléna Delorme

Le MAYDAY se clôture avec le duo le plus sur-vitaminé de France. Tha Trickaz ! COLINE a à peine le temps de remercier le public qu’un kick long et grave fait trembler la totalité du festival. D’une note, la fosse du Mayday entre en frénésie. Pho et iRaize apparaissent enfin, ils dégagent une énergie telle en arrivant sur scène que tout le public a une montée d’adrénaline. Tout se passe si vite, on a peine le temps de reconnaitre le début de leur dernier son, Extinction en featuring avec Felckin, que drop met le chaos dans le public.

Nous avons eu la chance de discuter avec eux avant leur concert. Il faut savoir que Tha Trickaz jouent en live, c’est à dire qu’ils jouent leurs morceaux comme des musiciens, la moindre erreur et c’est un couplet ou un drop qui est gâché… Le choix du live s’est pourtant fait naturellement pour eux, influencé par une forte culture geek, joué en live « est à la fois un challenge et un plaisir personnel » qui se traduit par une vraie performance artistique, maitrisée à la perfection.

« Free the music », c’est le slogan de leur label, Otodayo. Être en indé leur alloue une liberté artistique totale. C’est ainsi que les Tha Trickaz sont non seulement des artistes sur scènes mais également en dehors. Ils font eux-même leur graphisme, travaillent avec des développeurs de jeux vidéos. Ils s’intéressent à tout car ils ont ce plaisir de tout faire de A à Z d’autant plus qu’ils font cela pour constamment faire évoluer leur live.

Et quel live ! Un pogo incessant, qui se calme seulement lors des ponts, petit temps de répit que les Tha Trickaz nous octroient gentiment pour qu’on puisse reprendre notre souffle, puis le drop revient et c’est avec le même entrain que la fosse re rentre en collision. Devant le délire de ce concert, Pho y mis sa touche personnelle en sautant dans la foule depuis la scène. Au final Tha Trickaz c’est le plaisir de faire plaisir et de se faire plaisir, une volonté qu’ils ont réussi à nous partager et qui restera ancrée en nous.

crédit photo – Alacante

Le Mayday Student Music Festival nous a régalé. Même la scène étudiante nous a surprise. Noone, groupe d’électro-rock issue du tremplin du CROUS, Musique de R.U, et La Meute Cosmique collectif de rappeurs qui s’est formé à la faculté de biologie, ont su, malgré leur expérience encore maigre de la scène, garder le momentum des têtes d’affiches.

Cette édition du MAYDAY a tenue toutes ses promesses et il va s’en dire que celui-ci s’inscrira bientôt dans la pyramide des meilleurs festivals de la région. Un programmation de qualité avec des artistes donnant le meilleur d’eux-même, une organisation très bien calibrée, et une cause parfaitement revendiquée. En bref, on est impatient d’être à l’édition de 2020.

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