Alél’interview : LB aka Labat, de Lyon à Bordeaux


Producteur prolifique engagé sur de multiples projets et labels, LB aka Labat est l’un des artistes qui façonne la « scène lyonnaise ». Strasbourgeois d’origine, il est notamment à la tête, aux côtés de son pote Polow, du label Alelah Records (dont une release party aura lieu sur le rooftop Le Sucre le vendredi 14 septembre), et vient également de lancer le label Le Petit Zoo avec un autre artiste emblématique de Lyon : Pablo Valentino. Influencé autant par le hip hop que par la house ou le jazz, Labat est un artiste singulier du paysage électronique francophone, ce qui a pu l’amener à jouer un peu partout dans l’hexagone, mais aussi à l’étranger, notamment en Asie dont il est un grand adepte. De passage à Bordeaux le dimanche 2 septembre dans le cadre de Bordeaux Open Air (qui célèbre la scène lyonnaise pour l’occasion), on en a profité pour le rencontrer, et discuter longuement autour d’un jus de pamplemousse-citron et d’une bière sur sa vision de Lyon, du sound system, de la teuf ou même des médias et de sa propre musique.
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Le Type : Salut Labat, tu viens jouer à Bordeaux le 2 septembre pour Bordeaux Open Air ; tu connais un peu la ville ?

LB aka Labat : J’y ai déjà joué 3 ou 4 fois, notamment à l’Iboat. Je peux pas dire que je connais la ville ni la scène là-bas ; à chaque fois je ne suis resté qu’une seule nuit. Une fois j’ai terminé en after sur les quais…

Cette année le concept de Bordeaux Open Air c’est d’inviter sur un dimanche plusieurs artistes d’une même ville. Pour Lyon, ils ont choisi toi, Pablo Valentino ainsi que les fondateurs de La Chinerie, G’Boï et Jean Mi. Tu trouves ça représentatif de la scène lyonnaise ?

C’est difficile de représenter une ville. Tu dois forcément faire des choix ; est-que tu représentes ceux qui sont mis en avant ? Ceux qui ne le sont pas ? Quand je pense à Lyon, je pense aussi à Sentiments, à Groovedge, bien sûr à Pablo, G’boï et Jean Mi. BFDM aussi, même s’ils sont à Marseille maintenant il me semble. Ce line up est donc représentatif d’un côté de la scène. G’boï et Jean Mi par exemple, avec ce qu’ils ont fait, leur festival et leur communauté, se sont beaucoup mis en avant, mais ce n’est pas forcément représentatif de Lyon. Est-ce que moi je représente la ville ? Je pense pas. Ça fait 5 ans que je suis là, je suis tout nouveau, même si j’ai fais le tour des clubs, des Nuits sonores… Pablo représente bien la team du Sucre, ce réseau-là.

Comment tu trouves la scène électronique lyonnaise ?

C’est une grosse ville de producteurs. Après, la possibilité de se représenter, c’est plus compliqué… La ville manque de club de petite envergure, genre 200 ou 300 personnes. Il y a pas mal de producteurs, en hip hop, en tout style de musique. Je ne m’intéresse pas à tout car je peux pas, mais il y a beaucoup d’acteurs : LYL, Chez Emile, Nova qui est là aussi, SOFFFA… Il se passe quand même des trucs, avec beaucoup de musique qui est produite ici. Il y a aussi un gros festival (Nuits sonores) et une bonne salle ; Le Sucre. Après tu as d’autres lieux comme Le Transbo mais qui a une jauge énorme, autour de 1800 places.

D’autres villes en France t’inspirent là-dessus ?

Je reviens de Strasbourg, qui est vraiment ma ville natale pour le coup ; la ville bouge bien. L’un de mes potes a ouvert un club récemment ; le KALT. Je ne l’ai pas vu en mode night club mais j’ai eu droit à une visite privée des lieux dans la journée. Là t’as un vrai club ; du béton partout, un gros sound system… ça envoie. Pour l’amour du son, dans un délire audiophile tu peux aller là-bas. Au-delà de ça, ils l’ont fait car la ville n’avait pas grand-chose à proposer au niveau club. Ça manquait d’un entre-deux entre un zénith et un petit bar dansant. C’est ça qui manque à Lyon, pas forcément un lieu alternatif à la Grrrnd zero, ou pseudo légal sans autorisation. En même temps, en y réfléchissant, je me dis que ça doit être très compliqué en France, aux yeux de la loi. Quand je me prends des claques niveau son, c’est partout, sauf en France. Je crache pas sur la scène en France car ils se passe des trucs super bien. Mais il suffit d’aller un week-end à Londres dans un club aléatoire pour se prendre une claque. Je te parle du son, de sa qualité. La culture de la basse. C’est quand même le premier vecteur, en tant qu’artiste, de transmission ; les enceintes. C’est pas la déco du club ou la DA (même si ça compte…) qui compte le plus. C’est les enceintes, avec des basses. J’ai joué une fois à Londres, je me suis pris une claque. C’était pas forcément un club énorme ; il y avait 200 personnes. Mais j’ai jamais eu autant de sub ni de caissons de basses pour aussi peu de monde, et ça change la tournure de la teuf. Ouvrir un club en France doit être complexe ; même la Concrete ont encore des problèmes au niveau sonore, alors que c’est une institution du clubbing.

Tu parles de Londres ; d’autres villes européennes où tu as eu l’occasion de jouer ou simplement de te rendre te donnent envie ?

Berlin, bien sûr. Même si la scène et la teuf sont très hardcore pour moi. Même si je kiffe de temps en temps ; parfois là-bas c’est trop. Là-bas j’ai joué au Globus, la salle du haut du Tresor. C’est un parfait exemple d’un sound system dédié aux audiophiles et à des clubbeurs. C’est un plaisir de jouer là-bas, t’entends tes skeuds d’une autre manière, t’es pas obligé de jouer dans le rouge… C’est pour ça que je te parlais de Juppé (en amont de l’interview, ndlr) ou de Collomb (ancien maire de Lyon, ndlr) ou Képénékian (nouveau maire de Lyon, ndlr) ou pire, du mec de la région ; Wauquiez… ça passe par ces gars-là ! Si eux sortent des décrets pour limiter les sound system ; tu peux difficilement aller à l’encontre de ça sur le plan légal.

Sinon il existe des initiatives « alternatives », en hangar par exemple en périphérie des centres villes comme le faisait le collectif Folklore à Toulouse…

J’avais joué justement dans leur hangar. Y avait eu une coupure de courant, avec une inondation au moment où je terminais mon set… C’est le genre de teuf où tu commences et tu sens et tu sais que ça va être chanmé… Je savais qu’on allait passer une putain de soirée.

Comment t’arrives à sentir ça ?

Là, t’as pas de limiteurs ; ce qui ne veut pas dire que tu vas bourriner comme un ouf. C’est juste que, du coup, le DJ est plus responsabilisé. On te donne la responsabilité du sans limite, d’une certaine façon. Folklore avait mis un sound system dans les 4 coins de la pièce, dans un hangar avec un étage, pas beaucoup de lumières… C’est des trucs que je kiffe. Un peu à la japonaise.

Justement, tu tournes beaucoup en Asie aussi, tu as un booker spécifiquement pour ce continent ; quelle est ta vision de la teuf et de la scène musicale là-bas ?

D’abord : il y a le Japon, et il y a l’Asie. Je suis allé 2-3 fois en Asie, et j’ai fais une fois le Japon. J’ai vraiment pu voir que c’était un autre monde. On peut pas parler d’une scène asiatique. J’ai vu beaucoup de Français qui tenaient les clubs en Asie, des expat ; Hong Kong, Bangkok, Vietnam, Jakarta, Singapour… Il n’y a pas vraiment de scène ; après c’est difficile de comparer des trucs aussi différents qu’avec l’Europe. Il y a juste d’autres choses. C’est toujours cool de jouer aussi loin, de se retrouver à Ho Chi Minh à L’Observatory, c’était chanmé, avec rotary mixer, des enceintes de ouf… J’ai jamais joué dans des clubs pute à champagne avec que des expat là-bas. Ça a toujours été plus ou moins moitié moitié, avec souvent même plus de locaux. Les gens sont à donf. T’as l’impression de leur faire écouter de la nouveauté. Et je suis pas du genre à m’adapter : si on m’invite, c’est pour faire ce que je sais faire de mieux. Ce que je fais de mieux c’est faire plaisir aux gens sans rester dans un seul style prédéfini. Je vais pas jouer du Rihanna par exemple.

Après, il y a le Japon. Le japon c’est le turfu ! Quand je suis rentré de là-bas je me suis dis : « pourquoi le monde entier n’est pas comme les Japonais » ? Les gens sont très respectueux de tout, des autres, des lieux, de l’environnement (le leur), de leurs rues… C’est une culture assez ouf. La culture club c’est pareil ; tout ce que j’aime ; quasiment pas de lumière, une lumière rouge, du son de malade. J’ai joué dans un truc qui s’appelle le Bonobo. Et il y a 15 personnes dans le club, les enceintes c’est du home made, comme le mixer, aucune indication au niveau des boutons… C’est le futur, ils savent faire la teuf… Là-bas l’entrée est super chère , c’est environ 30 euros… du coup quand ils font la teuf ils la font vraiment, et jusqu’au bout, à fond. La bouffe, n’en parlons pas…

Tu penses qu’il y a un intérêt de ces pays pour la culture électronique européenne, et française plus spécifiquement ?

Oui je pense, sinon j’y serai pas allé. Je pense pas que ce soit mon nom qui m’ait fait jouer ; je suis inconnu là-bas. Mais si tu leur parles de la France, ils voient Paris, tout ce qui s’y passe. On a quand même un pays où il se passe pas mal de truc au niveau de la zik… Comme la culture anglaise avec Londres. Ils ont un intérêt à faire venir toute cette culture chez eux.

On évoque souvent ton travail artistique en parlant d’un « renouveau de la scène house française » ; tu penses quoi de ce genre d’appellation ?

Il n’y a pas de renouveau ; je fais rien de nouveau. Pareil, Raheem Experience (son side project avec Mad Rey et Neue Grafik, ndlr) on a été qualifié comme ça…Certes j’ai pas entendu ou vu de live à proprement dit comme on le faisait, avec beaucoup de MPC, sans drum machine. C’était juste de la MPC, des samples et des trucs qu’on enregistrait à 3. Ok ça c’était nouveau. De là à dire que le son qu’on faisait était nouveau ; je pense pas. Même si on mélangeait du hip hop avec du jazz, de la house ; c’était pas super dansant. On voulait changer un peu. Mettre du hip hop dans des grandes salles devant beaucoup de gens ; passer du coq à l’âne en jouant du jazz, de la house… Je suis pas fan de l’appellation « renouveau de la house française ». En plus, si les gens qui écrivent ça s’intéressaient un peu à mon travail, ils verraient bien que je fais pas que ça. J’espère pas d’ailleurs : je ne fais pas que ça, je fais plein de trucs. Je suis plus mis en avant par la house parce que c’est ce que je joue le plus, évidemment.

C’est une formule journalistique un peu rapide selon toi ? Un des travers du journalisme musical ?

Sans doute… Quand tu fais le point sur les médias dans la musique, les bonnes interviews sont plutôt rares par exemple. Les questions sont souvent à la à la mords-moi-le-nœud. Du genre : « c’est quoi ton top 5 ? » ou « Ton morceau de peak time ? ». Tout le monde s’en fout ! les papiers vraiment sérieux sur tous ces artistes manquent. Ou alors c’est sur des gros artistes : AZF (je pense à elle parce que je l’ai eu avant), Laurent Garnier… ça oui, il y en a. Mais c’est l’époque ; tout le monde regarde des formats super courts, des tracks ID, on est abreuvé d’infos, l’attention s’est réduite.

Est-ce qu’il y a des médias qui ont une approche un peu plus sérieuse ou quali justement selon toi et que tu vas plus avoir tendance à lire ?

Je suis pas du genre à me rendre sur des médias pour me renseigner sur des artistes. Je suis plutôt du genre à kiffer un artiste et aller voir tout ce qui est écrit sur lui. Du coup je peux pas trop dire… Je me rends encore moins chez le buraliste ! Un de mes potes m’a récemment converti au Monde Diplo, mais ça n’a rien à voir… Je l’ai lu quelques fois puis on en parle avec mes potes qui sont pour la plupart prof, de philo, français… Ils sont assez engagés. Je pensais que Courrier International était super deep, et au final tu te rends comptes en diggant un peu d’autres médias, que certains sont achetés par des grands groupes et que d’autres sont de « vrais » journaux. Et c’est la même chose pour les médias musicaux, mais il doivent aussi vivre avec leur temps… ça doit être compliqué d’être un média musical aujourd’hui. L’exception c’est Resident Advisor ; c’est vraiment quali pour le coup, leur podcast, leurs articles… C’est vraiment un média de référence.

Pour revenir sur la question de « scènes » ; tu te sens plus appartenir à une scène musicale particulière (house, hip hop…), ou tu t’identifies d’avantage à la scène lyonnaise par exemple ?

C’est deux questions différentes… La dimension locale c’est le plus important, même si c’est ce qui est le moins mis en avant. T’as beaucoup de gars qui bossent à fond, qui font des trucs de ouf mais qui ne sont pas mis en avant, mais qui mériteraient de l’être. À un moment c’est un coup de chance, une aptitude à pouvoir se vendre, à sortir, essayer de rencontrer des gens… Le local reste le plus important et c’est le plus diversifié, t’as du rock du psyché , de la house… C’est cette diversité que je trouve intéressante quand on raisonne en termes de scène locale.

Tu t’efforces, toi, d’aller puiser dans toutes ces influences ?

Oui, j’essaye. Mais par exemple je suis pas du genre à m’intéresser beaucoup à ce qui se fait de nos jours. Tu dois choisir je pense. C’est trop dur de tout faire. Tu peux pas digger toute la scène actuelle, et en même temps voir ce qui s’est fait avant… Il y a tellement de trucs ! Et, en même temps, parfois je tombe sur des artistes actuels et j’hallucine ! J’écoute beaucoup de trap par exemple en ce moment, je trouve ça cool. Mais je suis plus du genre à digger ce qu’il s’est fait dans le passé.

Tu considères forcément que tu dois faire des choix ? Dans ta manière de digger tu vas plus t’orienter vers quelles esthétiques ?

Plutôt le passé donc, sans me mettre des contraintes de période… Je pense que toute époque a fait de la zik de ouf… Sun Ra qui a commencé dans les années 1950… Et si t’écoutes du jazz de cette époque ; tu t’attends pas à avoir des trucs super free, même s’il y en a eu ; mais cosmique à ce point… J’écoute beaucoup de trucs entre 1970 et 1980, en rock, psyché, jazz, musiques africaines, pop… Après là en ce moment j’ai aussi une tendance à écouter tout ce qui se fait là, maintenant, tout de suite. Je viens d’halluciner sur le dernier clip de Jay Z et Beyonce ! J’ai dû l’écouter 25 fois déjà. Travis Scott j’écoute à fond, A$AP Rocky aussi. La trap française par contre j’ai plus de mal ; je trouve ça un peu abusé, même si il y a des trucs bien. Les paroles c’est parfois rédhibitoire : « salope, pute, salope… ». Je dis pas que les ricains ne le disent pas, mais « bitch » c’est plus classe tu vois (rires). Puis comme Kendrick le dit… « my bichhh ».

T’as pris d’autres claques récemment ?

J’ai écoute Freeze Corleone du crew 667, c’est bien fonscard j’aime bien. Kendrick aussi, évidemment. Y a pas un seul truc qu’il a fait que je n’aime pas. Good Kid, M.A.A.D City reste mon album préféré… Celui où il y a le morceau « Real » que je joue en club d’ailleurs… (il se met à chantonner le refrain) ; il y a un kick, 4 temps !

T’écoutes pas forcément trop de musiques électroniques ?

J’en écoute quand je joue de la house dans le studio. Mais j’en écoute jamais sinon. Ou alors j’écoute toujours les mêmes albums de house. Les Moodymann que je peux écouter 50 fois d’affilé, Theo Parrish, FunkinEven aussi, j’écoute beaucoup. Tous les artistes autour de lui également : Bastien Carrara, Brassfoot… c’est super ce qu’il a fait sur Apron Records, j’adore ce label. Jay Daniels, cette petite scène, Three Chairs que je eux écouter à l’infini ; Rick Wilhite, c’est mon producteur préféré. Marcellus Pittman aussi. Mais j’écoute beaucoup plus de jazz, de rock, d’ambient… Limite de tout sauf de la house qui va m’inspirer à faire de la house ! C’est pas en écoutant de la house que je vais être inspiré à en faire. Je suis pas influencé sur ce qui marche en ce moment du coup, même si j’ai bien conscience de qui fonctionne…

Comment tu définirais les sorties que tu as sur tes labels Alelah et Le Petit Zoo, le dernier projet que tu as monté avec Pablo Valentino ?

Avec Alelah, ça a commencé très simplement. On était avec mon pote sur le canap, avec 40 morceaux qu’on avait fait pendant la semaine. Des petits morceaux de 2 minutes à la Madlib, des petites instrus, des interludes. On prenait Toy Story, des scènes de films, puis on en a fait une cassette. Fallait la sortir sur un nom ; on a déliré sur ce mot, Alelah, qu’on se tape en club et qui moi perso ne me fait pas hérisser le poil, ça me fait marrer. C’est déclinable à l’infini : Alelah Mif, on va faire les Alelah Teuf, j’aimerai bien faire des fringues, Alelah Sape. Qu’est ce qu’on défend ? On défend le fait qu’on ne réfléchit pas, c’est que du coup de cœur. On a pas de stratégie de se dire « tiens on va faire ça maintenant qu’on a fait du hip hop », même si on est catégorisé hip hop. Mais on a tellement de trucs qui vont sortir et qui sortent de ça. On a de la chanson française, de la pop, de la house, du hip hop, de l’ambient ; plein de trucs.

On me pose souvent la question ; « est-ce que tu as pas peur de perdre les gens en allant dans tous les sens ? ». Les gens veulent un peu te cataloguer et te coller des étiquettes. Nous on s’en fout des étiquettes ; on réfléchit pas à ce qui marche. Là je sors un album hip hop ; j’ai reçu des messages en me demandant si j’avais pas viré hip hop, si j’allais refaire de la house ou pas… C’est marrant, mais t’as l’impression que les gens sont en demande de classer les choses. Par exemple Mad Rey a toujours fait du hip hop alors qu’il est surtout connu pour avoir sorti des disques house sur D.KO Records. De mon côté, c’est presque comme si je faisais exprès de faire n’importe quoi. Si demain j’ai envie de sortir du rock sur Alelah ; qu’est-ce qui va m’en empêcher ?

Et pour Le Petit Zoo, ton nouveau label ?

Là c’est plus une aventure avec Pablo. C’est venu de lui cette idée de label. Il m’a intégré dedans, j’y suis allé avec plaisir, mais ce n’est pas le même fonctionnement qu’avec Alelah avec lequel on sort surtout des cassettes. Avec Le Petit Zoo on sort quasiment que des vinyles même si on a sorti une cassette pour présenter la famille autour du label. Mais on prévoit de sortir beaucoup plus de skeuds, plutôt destinés au club. Mais on a aussi des albums de jazz qui sont en préparations. Mais on essaye quand même d’avoir plus une ligne artistique orienté club, moins éparpillé qu’avec Alelah. Après on reste diversifié ; dans la compilation Pablo Valentino presents Le Grand Zoo il y a beaucoup de hip hop par exemple ; du jazz avec Patchworks, Brownstudy avec du hip hop, moi aussi du hip hop. Sweely aussi a sorti un track de hip hop  même s’il est surtout connu pour faire des sets techno acid de 6 à 8 à la Concrète ! On reste assez free avec le label mais on a une ligne plus prononcé qu’avec Alelah.

Comment t’en es arrivé là ? Qu’est ce qui t’as poussé à faire de la musique ?

C’est mon grand frère qui scratchait à la base. Il avait des platines, il faisait du hip hop à la maison il devait avoir 14 ou 15 piges, j’en avais 8, je comprenais rien. À un moment – je crois que c’est quand il a commencé les études après le bac, il a laissé les platines à la maison, avec les vinyles. Il n’y avait que du hip hop, et notamment Octobeat ; c’est que des petites loop pour scratcher. J’ai branché les platines, j’ai essayé de scratcher et je suis vite passer au mix. Je me suis entouré de potes qui voulaient faire pareil, on a commencé à plusieurs, et j’ai commencé direct par de la tech. Des trucs super fat. Le premier truc que j’ai acheté c’était Josh Wink je crois… Un truc super vénère. J’ai commencé à jouer en soirée Et d’ailleurs, un de mes potes plus âgé m’avait dit, je m’en souviens : « tu vas te calmer au fur et à mesure ». J’y croyais pas trop et puis tu vois maintenant… Beaucoup d‘artistes restent techno, mais je suis pas sûr qu’ils écoutent de la techno à la maison ! Les Ben Klock, Adam Beyer, Dettmann, ils doivent écouter autre chose chez eux. Moi j’avais toujours le hip hop qui était resté, puis je me suis intéressé aux samples. Puis j’ai chopé une MPC, ça a révolutionné ma life ! Après je me suis intéressé aux sources du hip hop, et là tu te rends comptes que les gars écoutaient des skeuds de funk, de jazz… Je me suis baladé vers là.

Ce besoin de comprendre ce que t’écoutes et d’aller aux sources, c’est quelque chose qui te caractérise ?

Pas forcément… Même si ça a commencé comme ça. Aujourd’hui quand j’écoute Madlib ou d’autres trucs, j’irai pas dire que je cherche à chaque fois d’où il a samplé ; ça lui appartient et c’est pas forcément cool de le savoir. Je préfère limite me garder le mythe. Ça me ferait plus plaisir de tomber sur un skeud et de me rendre compte que « ah putain c’est ça qu’il a samplé ! » plutôt que d’aller sur Whosampled.

Et avec Raheem Experience, vous en êtes où ?

On va faire un album. On ne va plus faire de scènes. En tout cas c’est pas prévu pour le moment. La dernière c’était Peacock. On fait ça pour que chacun puisse se consacrer à ses projets perso. J’aurai peut-être fait autrement mais on est un groupe, donc ça s’est fait naturellement. À la fin, après avoir tourné pendant 1 an sur des gros festivals ; on s’est dit que sortir un skeud, c’était sans doute ce pourquoi on avait fait ça à la base. Même si les live étaient cool, j’ai fais mes plus grosses scènes grâce à ce projet.

Tu prépares quoi pour la suite ?

Je fais du son tous les jours, je dois avoir 100 morceaux de côté, 2 ou 3 albums de prêts… J’ai sorti beaucoup de trucs ces derniers temps et j’ai senti que les gens étaient un peu perdus, entre les labels Petit Zoo, Alelah, les various fait sur d’autres labels, le truc sur Wolf… J’ai aussi envie que mes sorties soient écoutés. Donc si sortir un album tous les mois ça perd les gens et que les gens du coup l’écoutent moins, j’espacerai un peu plus les sorties. Mais si je prenais pas ça en compte, je sortirai un album toutes les deux semaines ! J’ai plein de trucs différents. Là ça fait deux mois que j’ai pas fais de son. Ça me va dans une certaine mesure car ça me créé un manque, un besoin. J’en profite aussi pour faire d’autre chose ; de la promo, du label, je mets en avant les artistes d’Alelah car ce sont des petits artistes et c’est important pour nous de sortir des gens inconnus au bataillon.

Le manque tu le ressens bien là ?

Grave ! Je pense que je vais m’acheter 2 ou 3 nouvelles machines avant de reprendre pour faire d’autre zik quand je m’y remettrai. Mais la MPC sera toujours là. J’ai jamais eu de drum machines par exemples. Je sais pas ce que c’est un câble MIDI. Mono / Stereo je comprends à peine. Moi je branche ; si  c‘est pas le cas c’est que j’ai mal branché. Après je fais ma sauce. Mais du coup j’essaye de me pencher plus vers ça ; choper des synthés, comprendre comment faire fonctionner les machines ensemble, ça me dit bien. J’aimerai bien aussi sortir un album de jazz, faire de la batterie, de la basse.

T’aimerai avoir un live band ?

Un live band tout seul ouais ! Un album produit tout seul où j’essaierai de faire toutes les instrus. Mais avoir un groupe aussi ; j’ai mon pote JJK qui joue de la gratte comme un dingue, j’aimerai bien faire un truc avec lui. On a fait 1 ou 2 représentations sous Coconut ensemble. Après, c’est un peu cliché le DJ qui veut se mettre au live… De mon côté c’est pas une nécessité, mais si un jour l’occasion se présente, même pour un album, alors pourquoi pas.


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