Interview : La Prune, un groupe west-coast qui transpire le rap sudiste !


On vous avez prévenu, La Prune est un groupe de rap à suivre en 2017 ! À peine 6 mois après la sortie d’un premier EP éponyme, Krab, Endé et l’Epicier sont de retour avec Reine Claude, un nouveau cru à consommer sans modération. Pour l’occasion, le Type a rencontré ces trois druides pour une délicieuse interview.

 

La Prune est un groupe tout récent aux yeux du public – le premier morceau est sorti en septembre 2016 – mais il est composé de trois membres aux parcours déjà riche dans l’underground

S’il y a bien une chose qu’on a tous les trois en commun, c’est l’amour de l’inconnu. On a tous arpenté pas mal d’ambiances à travers la musique. L’Epicier, c’était le genre de mec à quitter Toulouse pour s’installer à Londres par amour de la grime. Krab, un touche-à-tout de longue date. Rap, beatmaking, ça sonnait south, dirty south, comme la plupart des vinyles de L’Epicier. Endé, lui c’est le mec un peu plus street qui est tombé sur une mixtape rap us spécial Miami à côté de sa compilation de la Scred. On a mélangé tout ce bordel pendant dix bonnes années, et ça donne un joli petit mélange qu’on a décidé d’appeler La Prune. Quitte à régulièrement se croiser dans l’underground bordelais, autant faire les choses ensemble.

 

C’est comme ça que vous avez formé le groupe ?

On ne s’en rendait pas compte mais la prune, on la buvait déjà ensemble bien avant que le projet naisse. On a pas mal collaboré à travers nos différents projets individuels et il y a une espèce d’esprit famille qui s’est installé. On ne s’en est pas vraiment rendu compte mais on a un peu officialisé cette fraternité un soir autour d’une eau de vie de prune millésimée.

 

Quand on écoute ce que vous faisiez avant, on a l’impression que La Prune marque un tournant musical pour vous, comme une renaissance.

Pour nous, ça reste dans la continuité. En fait, c’est pas qu’on a changé notre musique, on était tous les trois dans des perspectives individuelles avant La Prune. Même si on faisait déjà des morceaux ensembles, on n’a jamais été une seule entité, ça ne donnait pas ce qui a fait La Prune. C’est vraiment le mélange de nos trois univers, et cet héritage commun, nos premiers amours, le dirty south, Memphis, le crunk et la west. Ça fait 10 ans qu’on explore la musique rap et La Prune c’est la consécration de tout ça. Tout ce qu’on a su faire et aime faire, on le met dans un seul produit La Prune.

 

L’EP La Prune, se démarquait déjà par son aspect mature et original. Avec Reine Claude, c’est la qualité du son qui passe un cap. Il est plus homogène, plus “propre”. Qu’est-ce que vous avez changé ?

Sur La Prune, on a exposé ce qu’on savait faire et sur Reine Claude, on a voulu poussé le concept plus loin. La Prune, c’est trois individualités assez fortes dont les univers se rejoignent mais avec beaucoup de différences aussi. On ne savait pas exactement comme ça allait se passer mais l’alchimie qu’on a eue, a permis de faire ressortir l’identité d’un groupe. Maintenant, il n’y a plus de Krab, L’épicier et Endé, c’est La Prune. Sur le premier EP, on est arrivé à trois sur le terrain sans forcément jouer ensemble mais autant dire que pour la deuxième saison on est là pour jouer en équipe. Avec Reine Claude, il y a ce fil rouge qui se dessine et ce fil conducteur amènera encore plus d’homogénéité sur les prochains projets.

 

C’est le son du sud qui vous a réuni ?

La Prune, ça pue le sud. Memphis, Houston, la Three 6 Mafia, Pimp C, DJ Screw… ça fait partie de notre culture, de nos influences.

 

Le rap français a surtout été influencé par le son de New-York au début…

On vit dans un pays où c’est dur de se reconnaître dans une culture country. Parce que c’est bien de country rap dont on parle depuis tout à l’heure. Et en France, surtout à Paris, c’est logique que culturellement on se rapproche de New York.

 

Est-ce que le fait d’être originaire du Sud-Ouest vous a plus rapproché du rap sudiste ?

Oui, c’est une question de message. Là où d’autres se reconnaissent dans le rap new-yorkais, nous pas du tout. Si t’écoutes nos textes, tu remarqueras qu’à aucun moment on se plaint. Ce qu’on a aimé dans ce rap du sud et aussi de la west, c’est l’aspect un peu plus léger, plus chill et beaucoup plus musical. On se reconnaissait moins dans le côté mélancolique ou énervé. Nous, on cherche plus à s’évader.

 

Dans votre rap, il y a quand même cet aspect kickage dans l’esprit boombap. Sur l’EP La Prune, on sent comme une compétition de punchline entre Endé et L’Epicier. Et il y a ces deux vannes sur Maître Gims et PNL.

C’est des blagues, c’est toujours que de l’amour. Pour faire peser les mots faut toujours des images fortes. Quand on est arrivé à trois on était déjà dans une espèce de confrontation entre nous-même, avec ce côté subversif et compétition. Alors que sur Reine Claude, y’a une espèce de sérénité et plus besoin de se comparer.

 

Et ce qui ressort aussi, c’est votre amour pour les jeux de mots et les références improbables.

Les références sorties de nulle part, elles nous tiennent tellement à cœur. On adore ça.

Le morceau « Courcel » par exemple, en référence au cognac…

C’est pas du cognac Courcel, c’est du Courcel ! C’est un morceau qu’on a fait parce qu’on aime bien cette boisson. Quand on a enregistré Reine Claude, on buvait que ça. Courcel, canada dry et citron vert.

 

C’est buvable ?

C’est délicieux ! On a un cocktail par EP. On déjà a trouvé le nouveau pour le prochain projet et il est incroyable : Gin, ginger beer et citron vert.

 

Et vous buvez toujours de la prune ?

C’est pour les grandes occasions ! Pour le mariage de L’Epicier, on a bu de la prune. C’est quelque chose qui nous rapproche.

 

Et vous ne regrettez pas le choix de ce nom de groupe pour le référencement sur Google ?

Si on devait se poser ces questions, on aurait pleins de choses à regretter. Mais heureusement, c’est des questions qu’on ne se pose pas au moment de la production. Et puis il y a certainement beaucoup de gens qui en cherchant de la prune vont tomber sur notre musique et ça c’est un délice ! Mais il faut avouer que c’est un nom qui sort du commun.

 

Avec Reine Claude, vous restez sur le même champ lexical, c’est une variété de prune !

Alors Reine Claude, c’est aussi parce qu’un nom féminin était parfait pour cet EP qui parle beaucoup d’amour et de femmes.

 

Quand vous parlez de femmes, vous parlez de votre femme. C’est un discours assez original dans le rap.

En dix ans de rap, tu fais le tour, plus besoin de parler de putes. Tu peux aussi parler de ta femme, sans faire l’amoureux. Le morceau « FIB », c’était une facette. Bien sûr, tu grossis les traits. C’est des choses qu’on assume. On essaye de donner de la valeur aux choses sans être dans la surenchère. Et c’est plus sincère.

 

Il y a deux autres thèmes qui reviennent dans vos morceaux l’alcool et la ride. C’est le reflet de votre mode de vie ?

C’est totalement ça. On n’est pas là pour revendiquer. On ne fait pas des trucs de dingue. On raconte ce qu’on vie, les choses simples de la vie. On est assez à l’aise avec ce qu’on est et notre mode de vie, ça ressent dans notre musique. On essaye d’apporter du kiff. L’alcool, ça fait partie de la vie. On est des bons vivants, on aime la charcuterie fine, on aime bien boire un coup. On n’est pas trop William Peel, plutôt bonne bouteille de vin. Le côté gourmet de la chose quoi.

 

C’est quoi votre définition de la ride ?

On a découvert la ride avec un pote, Mimosa, qui faisait partie du collectif Réservoir Dogues. Il nous a initié à la ride, il y a des années. Tu peux rider à pied, tu peux rider ton canapé. C’est comme l’expression west, t’es dans une west, c’est être dans un truc cool. Rider, c’est un bon moment où tu ne penses pas à ce que tu vas faire après. La ride, le chill, le sud pour nous c’est les bonnes vibes.

 

Quels sont vos projets pour la suite ?

Ce qu’on peut te dire, c’est qu’on écoute déjà le prochain EP.

 

Vous êtes partis pour sortir des projets tous les 6 mois ?

On est sur une ride un peu vive. Mais sincèrement, ça nous a paru super long ces 6 mois !

 

La Prune en concert, c’est pour bientôt ?

On commence à avoir pas mal de morceaux, si on a des opportunités de scènes intéressantes on les saisira. Aujourd’hui, on veut construire quelque chose de solide. L’envie et la volonté sont là. En attendant, on va continuer à pousser notre concept de vidéo live session.

 

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