Interview : Lycia Walter, réalisatrice du documentaire A l’ombre de tes rayons


La jeune réalisatrice Lycia Walter, dont le court métrage A l’ombre de tes rayons a été diffusé en avant première à l’Utopia en début d’année, répond aux questions du Type sur ce film visant juste et qui interroge le lien entre territoires et les risques liés au nucléaire. En s’attachant à dépeindre la relation qu’entretiennent les habitants du Médoc avec la centrale de Blaye, et en donnant la parole à une diversité d’acteurs (citoyens, politiques…), Lycia parvient à sensibiliser sur un sujet grave sans sacrifier l’esthétisme de son film.

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Bonjour Lycia, est-ce que tu peux te présenter et en dire plus sur ce master « réalisation de documentaires et valorisation des archives » que tu as suivi ?

Lycia : Je suis née en région Parisienne dans une famille de musicien. J’ai 23 ans et je vis entre le Médoc et Bordeaux. J’ai suivis un parcours universitaire plutôt généraliste, un bac L, une licence Info/com et un master audiovisuel. En ayant en tête de faire quelque chose dans l’image, l’écriture et la musique, j’ai tâtonné sur des stages en radio, photographie, chronique musicale, communication événementielle, production audiovisuelle… Et comme tout m’intéresse, j’ai monté mon autoentreprise et exerce toutes ces activités !

Le master de réalisation de documentaires et valorisation des archives m’a permis de réaliser mon premier film, en étant encadrée par des professionnels et des universitaires. Une chance quand on cherche à savoir de quoi on est capable… Le sujet est libre, tout comme la manière de le traiter. Ce qui constitue à la fois un avantage et un inconvénient ! Avec trop de liberté, on peut se perdre aussi.

La formation se veut complète : écriture, production, vidéo, audio, montage, étalonnage… Les heures effectives de cours étant la limite du projet. Mais le prêt du matériel donne à chacun l’occasion de s’entrainer. D’autant plus qu’il y avait une bonne dynamique dans la classe. Ça a donné lieu à des projets communs entre étudiants, très formateurs.

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Dans A l’ombre de tes rayons, tu indiques être une « étrangère adoptée » du Médoc. Quelle relation entretiens-tu avec cette région et comment en es-tu arrivée à en faire l’objet de ton film ?

Lorsque nous habitions en Normandie, mes parents et moi avions pour habitude de partir en vacance en camping-car, le long des côtes du Sud-Ouest. Un fois par an, nous découvrions la mer après 8 heures de route, et c’était magique. Finalement, nous nous y sommes installés. Et ça été le début des vacances non-stop !

Je parle de cette région « dont je ne connaissais que le visage estival », l’océan et ses nombreuses plages, le lac, la forêt, les marais, la rivière… Mais tout ça est aussi bien en hiver, ce sont d’autres couleurs, d’autres ambiances sonores. Quand on y vit, on connait les endroits les plus sympas et puis, mes amis sont Médocains ! Donc ils m’ont transmis tout ça.

Un jour, alors que j’étais chez moi, il y a eu une déflagration qui a fait trembler ma baie vitrée. Ça été très impressionnant. La première chose à laquelle j’ai pensé c’est la centrale nucléaire de Blaye. Je n’y ai pas vraiment cru, mais j’ai regardé mon jardin et tout ce que j’y avais planté. J’ai pris conscience de la fragilité de cet équilibre, celui de la nature. Je me suis demandé concrètement ce qui se passerait s’il y avait un accident.

Quelques minutes après, on a appris qu’il s’agissait d’un avion qui avait franchi le mur du son en dessous de l’altitude réglementaire. Mais ça été le début de mon questionnement sur cette situation, vivre avec le risque.

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Tu avais en tête l’idée de ton documentaire depuis ce moment ? C’est une idée que tu as mûri longtemps et que tu as concrétisé au cours de ta formation ?

Pour rentrer dans le master, il fallait présenter un projet de film. C’est donc en cherchant un sujet à présenter que j’ai eu envie de donner à entendre toutes les conversations sur la centrale dont j’avais été témoin, entre mes parents et leurs amis.

En master 1, j’ai beaucoup travaillé sur l’écriture avec Cathie Dambel et mes professeurs. Pour l’exercice, on nous a demandé de réaliser un film ‘esquisse’ du projet. A la fin de la deuxième année, j’ai réalisé le film pour le présenter au jury final du master.

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Justement, le film croise bien tous les points de vue avec une pluralité d’intervenants. Les personnes interrogées ont bien accueilli ta démarche ? Parce que finalement, au regard de la gravité du sujet, on peut imaginer qu’ils aient une grande envie de s’exprimer sur leur situation.

Effectivement, je n’ai pas eu de mal à convaincre les protagonistes du film à s’exprimer sur le sujet. Est-ce que ça veut dire qu’ils avaient une grande envie de s’exprimer sur le sujet ? Je ne sais pas, mais en tout cas, ils n’ont pas eu peur de dire ce qu’ils pensent. Et je n’en savais pas grand-chose d’ailleurs ! J’avais une petite idée, par des bribes de conversations… ce sont des personnes proches de mon entourage. J’ai attendu d’être en situation d’interview pour vraiment leurs poser des questions sur leur point de vue.

Pour ce qui est des mairies, ça été plus compliqué. Des maires ont catégoriquement refusés de s’exprimer sur le nucléaire, et ce, après des mois de relances. J’ai rencontré deux fois ceux qui sont dans le film, ça a pris beaucoup de temps à la fois pour moi et pour eux, qui ont un agenda chargé. Mais, on peut difficilement se passer d’une première rencontre, pour faire connaissance, se présenter et présenter le projet.

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Hormis le refus de certains maires, tu as rencontré d’autres difficultés pour la réalisation du film ?

Je prévoyais d’intégrer une énième interview à la fin du film, celle d’un communicant de la centrale. En détaillant mon identité par téléphone et par e-mail, j’ai pu lui poser des questions. Il a bien voulu y répondre, mais a refusé de faire partie du film. Je me suis résignée.

Pour la réalisation, j’avais la chance d’avoir du matériel à disposition. J’ai fait des plans tout au long de l’année. Ce qui m’a valu de très beaux plans, mais beaucoup trop nombreux !

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Quels sont tes projets après la diffusion d’À l’ombre de tes rayons à l’Utopia ? Que ce soit par rapport au film en lui-même ou à d’éventuels d’autres réalisations ?

J’essaie d’inscrire mon film à des festivals et d’organiser des projections. Il y en aura dans le Médoc à l’occasion de la semaine de l’environnement, samedi 18 Mars au Café Artémis de Lesparre-Médoc, ainsi qu’au cinéma Eden de Pauillac pour les élèves du collège et du lycée.

Pour la suite, je travaille sur un projet de documentaire en Médoc sur la musique et le handicap. J’ai également monté une micro-entreprise pour pouvoir travailler entant que photographe.

Merci Lycia !

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Une esquisse du court métrage de Lycia (dont la version longue dure 26 minutes) :

A l’ombre de tes rayons – Film Esquisse from Lycia Walter on Vimeo.


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Commentaire sur “Interview : Lycia Walter, réalisatrice du documentaire A l’ombre de tes rayons

  • christiane rambert

    un très beau documentaire, qui j’espère t’ouvrira les portes du cinéma, à l’instar de JOSÉ DAILLAN, qui elle aussi est tombé en amour pour le Médoc et vit à st seurin de Cadourne .Je te souhaite une très longue vie, belle et heureuse, dans cette si belle région que tu aimes, et qui est aussi ma région, que pour rien au monde je quitterais. Tu es une artiste accomplie, et avec en plus une très jolie voix de rossignol, nos chemins se sont croisés, et ce croiseront encore. Vole de tes belles ailes ,vers des cieux prometteurs ,et que tout cela t’apporte tout le bonheur du monde . Toutes mes pensées t’accompagnent , tout au long de ce chemin parsemé d’embuches, mais dont tu sauras avec dextérité, sauter tous les obstacles du haut de ta monture. Va , va , sans te retourner , soit fière du chemin parcouru, bon voyage dans les limbes du cinéma jusqu’au fronton des plus grandes salles