Interview : Blåck Bøw


A l’occasion de la Propagande Night Release le 29 octobre dernier au Bootleg, spécialement organisée pour la sortie de leur morceau « Propagande », le Type s’est entretenu avec Blåck Bøw pour parler de leur alchimie, leurs influences ainsi que de leur point de vue sur la scène bordelaise.

 

Le Type : Pouvez-vous vous présentez pour les lecteurs du Type qui ne vous connaissent pas ?

Lionel : Moi c’est Lionel Fantomes, organisateur, booker, programmateur depuis 10 ans, DJ en solo et j’ai un side project avec Karim qui s’appelle Blåck Bøw.

Karim : Moi c’est Karim Malmö, j’ai rencontré Lionel : coup de foudre. Coup de foudre parce qu’il est aussi passionné que moi. Dans le son, tous les deux on est bien, et surtout on est très ouvert, on n’est pas uniquement enfermé dans un style. De toute façon on n’a pas l’âge pour rester forcément dans un style. On peut aimer du new beat comme de la new wave, du rock ou du rockabilly. On adore le jazz aussi, voire même le blues. Enfin on aime tous les styles car la musique est universelle à nos yeux !

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Comment vous arrivez à travailler ensemble en terme de production et de création ?

Lionel : On travaille de manière complètement décousue parce qu’on se complémente, on se fait confiance. Il y a une vraie complémentarité, on est vraiment différent. On gère au studio qu’on a aux Capucins, ou au Bootleg ou chez Karim. A partir de là, pour produire, on va poser notre workflow. Après, Karim va commencer à débrider le truc et après je suis la construction c’est pour ça qu’on est complémentaire.

Karim : Depuis qu’on bosse ensemble, il y a une grosse évolution qui se fait dans notre mode de création, même si on n’est pas tout le temps disponible pour se voir et avoir de la proximité ensemble. Mais en tout cas, ce qu’on se dit c’est très directif, objectif et on avance. Je suis convaincu que notre collaboration est ultra complémentaire et c’est ce qui nous permet de générer d’autres idées.

Lionel : Oui ça c’est clair, on travaille à distance.

Karim : On a un truc tous les deux complètement éclectique et j’adore Lionel sur ce point là ; c’est qu’il n’est pas fixé dans un style, il n’a pas envie de s’afficher en disant « avec Blåck Bøw on est dans la techno, on est dans la house, on est dans la musique électronique… ». Demain – on en a parlé, on peut s’entourer de musiciens autour de nous.

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On reviendra d’ailleurs sur les références que vous avez. Et par rapport à ça justement, du moment où vous avez écumé les différentes boîtes et les différents clubs de Bordeaux, comment vous voyez l’évolution de la scène bordelaise électronique, clubbing, sorties etc ?

Lionel : Ce qui est vraiment cool c’est qu’il y a des gens qui se bougent, surtout les indépendants, les promoteurs etc., pour faire de bonnes choses. Et heureusement, car on est très freiné par les endroits ; y en a pas beaucoup à Bordeaux. La ville, la commission, le préfet et compagnie ferment un peu les portes donc c’est assez dur de se battre là-dedans. Mais heureusement il y a des gens qui se bougent, et tous les week-ends il y a quand même quelque chose de crédible. Mais ça pourrait être 10 fois mieux.

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Dix fois mieux par rapport à l’offre artistique ?

Lionel : Je pense qu’à Bordeaux il y a un retard à peu près de 6 – 8 mois.

Karim : Ça va t’es gentil… Mais peut-être que l’écart est en train de se réduire, et Bordeaux devient une vraie ville intéressée par les sons électroniques pour une ville quand même historiquement rock…

Lionel : Les clubbeurs ont besoins d’être cocoonés et accompagnés.

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Quelles villes vous ont particulièrement marquées, par leurs atmosphères, leurs univers en France ?

Lionel : Marseille prend beaucoup d’ampleur. Ils ont un festival sur les ports, il y a Marsatac, les Docks, la Dame Noire…

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Vous avez joué dans d’autres villes en dehors de Bordeaux, quelle est la scène qui vous a le plus marqué ?

Karim : Montréal pour les Piknic Electronik.

Lionel : Montréal car c’est un festival d’envergure internationale : il y a Melbourne, Dubaï, Barcelone qui cartonnent bien et on a joué au siège, à Montréal et ça reste un souvenir ultime.

Par rapport à quoi, l’ambiance, les backstages, au public…?

Karim : Au public.

Lionel : Ils ont cette ouverture par rapport à l’ambiance. Quand je parlais des 6-8 mois de retard qu’à Bordeaux, c’est notamment par rapport aux artistes que tu retrouves programmés là-bas, comme à Copenhague aussi. Des sons un peu plus nordiques, un peu plus ronds, un peu plus pointus, plus cérébraux. Les bordelais ont du mal et apprécient plus des noms. C’est assez dur à Bordeaux de fédérer et de travailler avec d’autres promoteurs qui sont d’avantage dans la concurrence. Alors que la ville est petite : on devrait un peu plus travailler ensemble.

Karim : On risque de faire des choses différentes à cause de ça car on rentre pas dans ce moule conventionnel des organisateurs de soirée qui font un peu les mêmes trucs comme Carl Craig pour imager. On court pas après les DJ hyper connus. Pour preuve, toutes les programmations de Lionel dans les soirées, ça va être des artistes absolument pas connus mais qui sont sur le devenir. C’est aussi cette démarche d’aider des artistes qui sont en train de démarrer. C’est facile de prendre un artiste, une grosse tête et de faire pleins d’entrées, mais on n’a pas envie de faire ça.

Lionel : Il y a quelques années, le Zoo Bizarre puis l’Heretic (devenu le VOID, ndlr) cartonnaient bien car il y avait de moyens headliners, mais ça restait sur 250 – 300 personnes. Le 4 Sans me manque beaucoup : avec 1 500 personnes, ils savaient gérer à la fois l’artiste local, la moyenne tête d’affiche et l’headliner complètement international en respectant la hiérarchie de ce qui se passait à Bordeaux.

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Au-delà du fait que vous êtes très éclectiques, vous avez forcément des influences importantes ; quelles sont-elles ?

Lionel : On est très vieux de la vieille mais on côtoie beaucoup le moderne. Trentemoller, Lulu Rouge font partie de nos bases. On aime les sons très ronds, analo, très froids mais on n’est pas beaucoup fixé. Un bon Ron Morelli va super bien passer, je suis fan d’I:Cube et d’Etienne Jaumet. On est très ouvert que ce soit la scène allemande qui marche très bien ou les italiens en techno.

Karim : Dans notre progression, c’est ce qui va nous aider. Lionel m’a fait écouté une compil de disco qu’il a mixé, c’est une tuerie. Tous les trucs ont été repris par les artistes français house.

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Si on prend des références hors musique électronique, est-ce qu’il y a des personnages ou des artistes qui vous ont marqué ?

Lionel : Terry Riley, en musique répétitive. Prince aussi, indéniablement, on aime bien le rock aussi, un peu la new wave.

Karim : Je suis un dingue de Andrea Scholl, c’est de la musique classique qui me touche beaucoup. Philipp Glass aussi, c’est très expérimental car c’est très répétitif mais avec une magie et c’est cette magie qui nous tient avec Lionel.

Lionel : On n’est pas là à dire « j’aime pas », alors que des artistes se font un peu la guerre et t’as envie de leur dire « bouge toi, va voir un peu ailleurs, tu vas voir c’est bon aussi ». Je sais que, quand j’organisais, je faisais parti des gens qui allait voir les autres. Et je me rends compte qu’on est tous fan et qu’on aime beaucoup de choses. Moi, à part des fans clubbeurs, il y a peu de gens du métier qui sont venus me voir. J’ai toujours eu plus d’amis chez les boss de club, les boss de labels : c’est à dire des gens qui ont une vraie ouverture. Et un mec comme I :Cube est ultra ouvert par exemple.

Karim : Ce qui est important de signaler c’est qu’on a pas envie de rivaliser avec qui que ce soit sur un style de musique. On vit notre truc et c’est une belle aventure tous les deux.

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Je voulais également parler de votre label, Label & La Bête, qu’est ce que vous pouvez nous en dire en terme d’organisation, au niveau des objectifs etc ?

Lionel : C’est notre label qu’on a créé depuis 1 an et demi…

Karim : …qui est en train de faire du bruit sévère parce qu’il y a des artistes qui ont été signés récemment comme Johnson de la Dame Noire.

Lionel : Chris Gavin qui est chez Carl Cox.

Karim : Il a fait un super remix de notre premier track !

Lionel : On a des mecs qui sont dans l’ombre mais qui sont dans de très bonnes choses. Pour moi, il y a vraiment un problème là-dessus. Il y a ce décalage si tu veux où les gens sont pas assez curieux. Ils se contentent de ce qu’on leur donne.

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Sur le label justement, vous êtes tous les deux avant tout des artistes live et production. Et dans le label il y a d’autres pôles : l’organisation, la stratégie, l’administratif : comment ça se gère ça ?

Karim : C’est beaucoup Lionel qui gère toute cette partie.

Lionel : Ça se gère comme une petite entreprise. Tu ne gagnes pas d’argent spécialement avec, à moins de vouloir fonder avec une licence d’entrepreneur du spectacle, ce qui permet de sortir de la France et de pouvoir faire le nombre d’évènements que tu veux.

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Concernant votre dernier EP, Propagande ; quels sont vos retours et qu’est-ce que vous en attendez ?

Lionel : On a eu des bons retours des labels managers. Il y a Vidal qui a bien aimé, Ygal qui fait parti de l’administratif de Versatile et ARK m’a dit « continuez les gars c’est cool » (un remix peut-être, on verra bien..). Il y a des locaux qui nous suivent, qui sont fans, qui nous encouragent. C’est vrai qu’on sort moins de tracks que certains artistes mais celles qu’on sort sont vachement travaillées. On travaille vachement le mix, on a un bon master derrière. On se fait plaisir gentiment et on essaye de faire quelque chose de vrai et de pur.

Karim : Sinon on aurait fait un espèce de tube énorme qui claque avec un gros kick, tendance mais on est loin de tout ça. C’est pas qu’on veut se dénoter ou quoi que ce soit, mais en fait on fait comme on a envie. On a des idées ensemble, on se les écoute et on se dit « ça ça nous plait ». On se pose pas la question de savoir si ça va faire le buzz sur telle radio ou tel truc.

Lionel : Moi ce que j’aime dans la musique, c’est ce qui est intemporel, indémodable, quelque chose qui a une vraie identité.

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Dernière question, vous préférez produire ensemble ou faire du live ensemble ?

Karim : Produire ensemble. Je préfère faire de la prod avec Lionel que de mixer en club car on est sur un projet qui est très personnel, qui nous regarde nous et cette complicité qu’on peut avoir est importante.

Lionel : On va pas se voiler la face que de dire que le DJ set reste un amusement. On est plus des selector, beaucoup dans la recherche.

Karim : Il y a une forme d’égoïsme aussi, on va rechercher de l’inspiration dans nos mix après on se concerte, on a passé de l’acid, on a passé de la techno et ça nous permet de s’inspirer car notre objectif c’est de se retrouver en studio et de faire de la prod.

Lionel : On prend notre temps pour avoir les tracks qu’on veut et on sortira notre live quand il sortira, on a pas de date à donner. Par contre on va être contents de sortir notre live, d’où travailler des morceaux intemporels.


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