Interview : Smokey Joe and the Kid


Méliès voyageait vers la lune, eux y vont en courant ; le 25 mars prochain, Smokey Joe and the Kid reviennent avec Running to the Moon. Sans délaisser les machines, si chères au travail de tout beatmaker qui se respecte, les deux gangsters de l’électro s’entourent désormais d’un petit orchestre de « vrais » musiciens. C’est peut-être un détail pour vous, comme dirait l’autre, mais pour moi ça veut dire beaucoup : Running to the Moon rayonne de vie, déborde d’énergie et nous transporte, peut-être encore plus que leur premier album, dans l’univers décalé de Smokey Joe and the Kid. Un cadre moins cadré, qui au-delà de l’avantage de créer une musique festive à souhait mène à une toute nouvelle mise en scène en live ; mais trève de paroles en l’air, place aux mots des artistes. Alors que Smokey Joe and the Kid s’apprêtent à vous offrir une bonne grosse release party le 5 mars, le Type a pu les rencontrer.

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cover running to the moon

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Votre premier album est sorti en 2013, mais en réalité, ça fait combien de temps maintenant que vous faites de la musique ensemble ?

The Kid : alors, Smokey Joe and the Kid ça fait 6 ans, on avait fait un EP avant l’album.
Smokey Joe : Nos tracks avant c’était des free-downloads qu’on mettait sur Soundcloud, mais on a vraiment commencé à exister discographiquement avec l’EP, donc fin 2012. Avant ça on faisait surtout de la scène.
The Kid : Au moment où on a créé le projet [Smokey Joe & the Kid] on n’avait qu’un seul morceau, c’était Zazou qui est dans le premier album, mais à part ça on avait rien du tout. Donc on est partis de zéro ; on a pas commencé à tourner tout de suite, mais assez vite quand même. Puis on a commencé à faire pas mal de remixes de trucs qu’on avait sur Soundcloud, et progressivement l’album s’est créé petit à petit.
Smokey Joe : Il a fallu faire des rencontres aussi, pour avoir tous les invités qu’on avait sur l’album ça prend du temps !

Et ces rencontres justement, elles surviennent comment ?

The Kid : C’est des choix artistiques…
Smokey Joe : C’est des gens qu’on aime en fait! Des gens qu’on a écouté, nous, en tant que public, et qu’on écoute toujours.
The Kid : y’a pas mal de gars vachement rétro sur nos projets ; des mecs comme Gift of Gab de Blackalicious, Lateef de Quannum Projects, Puppetmastaz eux-mêmes, qui existent encore mais ça fait quand même 15 ans, Java/R.Wan pareil… Sur l’album y’a des vieux aussi quoi ! On bosse avec des mecs vachement contemporains aussi comme Chill Bump ou Pigeon John… On demande aux gens avec qui on a envie de bosser, quoi. On a eu qu’un seul « refus » pour l’instant : Gérard Baste [Svinkels]… Mais il a même pas vraiment refusé, en plus ! Il a dit qu’il allait le faire, pendant un an il a dit qu’il allait le faire… Au final c’est Yoshi qui a remplacé Gérard sur la chanson.

Cet album sonne, je trouve, plus jazz/hip hop que le précédent. C’est un virage, un changement définitif ?

The Kid : si tu regardes le premier album, en featuring y’avait Puppetmastaz, y’avait R.Wan… Le morceau avec Yoshi, d’ailleurs, c’est la suite du morceau avec R.Wan. Moi, je pense que c’est pas un virage, mais une belle évolution.
Smokey Joe : on a gardé ce côté un peu suranné… mais l’idée du paradoxe c’est surtout une question de cohérence, donc on est resté focalisés sur une période donnée du temps, quoi. Et là en fait, on est allés piocher dans des trucs qui n’ont rien à voir entre eux, il y a des morceaux qui viennent d’origines très différentes… Des morceaux de soul, de rockabilly, de funk… Le fait d’enregistrer des gens, ça a apporté une autre dimension aussi ! On a essayé de se libérer.
The Kid : on a fait pas mal d’EP très hip hop aussi ! Donc voilà, c’est vrai qu’on a tendance à se calmer un peu, mais je pense que c’est une bonne évolution. Autant le premier album c’est un peu la foire tu vois, y’a plein de choses différentes ; c’est un peu tantôt swing, tantôt hip hop, tantôt ya des grosses basses et tout… Là y’a plus ces grosses basses comme ça, y’a une vraie cohérence par contre.

Je vous ai lu qualifier cet album d’ « album de la maturité »…

(rires)
The Kid : à chaque fois qu’on sort un album c’est notre album de la maturité !
Smokey Joe : ouais voilà, avec cet album maintenant on est super matures…
The Kid : notre manager, à chaque fois qu’il y a un projet qui sort il est là « c’est le meilleur album que vous ayez fait » ! Après nous on a vraiment fait ça avec le cœur, au feeling. Les choses se sont faites comme ça et ça découle de cette évolution, assez logique par rapport ce qu’on fait en live aussi. Le fait de jouer de vrais instruments etc… c’est pas se démocratiser mais on avance quoi.
Smokey Joe : on est pas des DJ quoi, on fait de la musique !
The Kid : On avance vers une identité, vers quelque chose.

Vous n’aimez pas que l’on qualifie votre musique d’électroswing, mais vous, vous la qualifieriez comment ?

(rires)
The Kid : Ah, ça commence à rentrer !
Smokey Joe : Euh, du hip hop avec des grosses basses et des beats un peu vintage…
The Kid : … et des instruments aussi ! Là sur l’album on a enregistré pas mal de gens : beaucoup de cuivres, des guitares, des claviers, du banjo aussi…
Smokey Joe : trombonne, trompette aussi, clarinette, sax…
The Kid : voilà, c’est pas mal déjà ! On avait jamais fait ça en fait, c’est la première fois. Avant c’était que du sample et des sons synthétiques.

Vous avez fait beaucoup de scène ; ça, le public, c’est important pour vous ?

The Kid : là on a stoppé pendant 4 – 5 mois…
Smokey Joe : et ça manque un peu !
The Kid : ouais, du coup pour cet album ça repart bien !
Smokey Joe : On a plein de dates qui vont arriver, on va jouer avec des instruments sur scène, un MC de Lyon qu’on a rencontré et qui est super, Mystro… Enfin voilà quoi, il nous tarde de continuer ! Il nous tarde de jouer, de jouer de jouer de jouer !

Vous essayez d’atteindre un public international ?

Smokey Joe : on a déjà bien tourné au Canada, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Angleterre… on va aller à Istanbul… Après c’est difficile, quand tu n’habites pas sur le territoire, d’y exister vraiment. Mais notre musique, au fur et à mesure, la moitié des gens qui écoutent notre musique viennent de l’étranger. Sur Soundcloud on a des gens qui nous suivent en Azerbaïdjan, en Russie…
The Kid : on a joué en Russie aussi…
Smokey Joe : On a joué là bas oui, à Saint Pétersbourg ! C’est cool de voir que notre musique est écoutée dans le monde entier.

Quoi de prévu pour cette année, du coup ?

The Kid : On a préparé un nouveau live complètement, on est repartis à zéro, on a rajouté des instruments et des instrumentistes : on a ajouté deux cuivres, on a changé le MC et Smokey Joe joue de la basse. On continue à jouer avec des machines, moi je joue de la guitare, du banjo, de la batterie électronique… On essaie de rendre le truc le plus vivant possible. En opposition complète avec ce qu’on faisait avant ! On faisait déjà de la musique vivante, mais ça ne se voyait pas forcément parce que c’était essentiellement des machines. Là on veut donner un vrai aspect live, que les gens le ressentent plus. Que tout soit moins figé… Qu’une corde lâche et qu’on soit obligé de la changer pendant le morceau, que ma baguette casse… On a hâte !


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