Flavien Berger : interview.

dans MUSIQUE

En ce début de mois de février tiraillé entre un ciel bleu et des pluies éparses, vie sauvage était de retour le week-end dernier à l’IBoat pour présenter la quatrième édition de la collection hiver du festival.

Pour l’occasion, vendredi soir, c’est Flavien Berger qui prenait possession de la cale du bateau. Il nous livra un live d’un peu plus d’une heure. Cet homme atypique aux cheveux mi-long n’est plus tellement à présenter. Après trois EP, Glitter Gaze et Mars Balnéaire en 2014, puis La Fête Noire en 2015, il sort en avril 2015 son premier album Léviathan. Et dernièrement il a même offert en téléchargement gratuit l’album Contrebande, le disque de Noël. De sa voix au large ambitus, il transporte le public directement à l’intérieur d’un univers qui lui est propre. C’est à la fois poétique, un peu fou et rempli d’une certaine énergie mystique. 

La vieille de son concert, Le Type a eu le plaisir de pouvoir poser ses questions à cet O.V.N.I de la musique électronique pour en savoir un peu plus.

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Bonjour Flavien, comment-vas-tu ?

Je vais bien, je suis à l’Orillon, un bar à Belleville que j’aime beaucoup et je viens de manger une chocolatine. C’est toujours meilleure quand on dit chocolatine que pain au chocolat. Et sinon ça va très bien, l’année commence sur les chapeaux de roue.

Tu avais déjà été de passage l’année dernière à l’Hérétic, heureux de revenir cette année à Bordeaux à l’IBoat ?

Ouais, à l’Hérétic ça a été une des dates que j’ai préféré parce que c’était de la folie et aussi parce qu’on était à l’Hérétic, donc le plafond était bas. C’était une soirée de pleine lune en plus et les soirs de pleine lune il se passe des trucs incontrôlables, que la raison ne sait pas canaliser. J’avais vachement kiffé et je suis content de revenir parce que on a eu pas mal de rendez-vous manqués cette année donc là c’est bien de se retrouver à la rentrée, histoire de reprendre les bases.

En plus tu verras qu’à l’IBoat aussi il y a un plafond plutôt bas, donc tu retrouveras le bonheur du plafond bas.

Génial, le bonheur du plafond bas. Je ne viens que pour les plafonds bas à Bordeaux. (rire)

Et avant de te lancer dans la musique, que faisais-tu? Tu a toujours fais ça, ou tu as eu Une sorte de « vie antérieure » ?

Non, en fait j’ai toujours fais de la musique par passion, par occupation, comme d’autres font des activités sportives ou s’adonnent à des hobbies. Et puis j’ai fais de plus en plus de musique et à un moment je faisais ça à fond. C’était par effet boule de neige de pratique aussi. Sinon je fais des choses à côté, je suis professeur dans une école et puis il y a souvent d’autre projets qui sont menés de front. Mais bon la musique c’est central depuis deux ans.

Tu es professeur à l’atelier de Sèvres c’est ça ? Qu’enseignes-tu ?

Oui c’est ça. J’ai enseigné quatre ans la vidéo, et cette année j’enseigne le son et la pratique de faire du son dans des œuvres d’art et comment les mettre ensemble. C’est assez difficile, car ce n’est pas encore dans le champ des arts vraiment explicites le son. Qui sont les artistes sonore ? Dans le milieu de l’art contemporain on ne les connaît pas. C’est un champ qui n’est pas solitaire, qui n’est pas au même niveau que les autres. Donc en plus quand t’es étudiant et que tu veux travailler là dessus, si tu veux en parler à des concours c’est difficile. C’est une pratique qui est encore à questionner alors qu »il y a des pratiques qui existent et on questionne les œuvres et les travaux. Mais là c’est la pratique en soit qui est à prouver.

Après l’album Léviathan et puis l’album surprise Contrebande: le disque de Noël, tu te vois faire quoi ? Peut-être partir sur d’autre sentiers que la musique ?

Non, justement le sentier de la musique il est très bien parce qu’on parle de musique et moi ça me va. Donc je me vois continuer à faire et écrire de la musique, à faire des disques et à continuer à faire des concerts pour jouer mes disques en live. Je trouve que la structure telle qu’elle est est très bien. Le fonctionnement il est clair, il est simple. Dans le cadre du disque je peux expérimenter et j’ai pas a redéfinir le cadre, c’est ce qui me plaît.

Tu as un sacré univers, elle vient d’où toute cette inspiration ?

De partout, c’est redigérer des influences. C’est se servir des choses qu’on imagine et les faire rentrer dans des cadres d’illustration. Ça vient du cinéma, de rêves, de sons. Ça vient aussi de la drogue, des apparitions, de l’exploration de failles, de la croyance en des êtres invisibles. Ça vient de plein de choses différentes qui sont toutes liées à l’histoire que je veux raconter. Car ce sont des histoires que je veux raconter. Dans le cas de Léviathan c’est une grande histoire fragmentée en plein de reflets. Chaque morceau parle d’un de ces reflets là. C’est une histoire éternelle, c’est une histoire d’exploration de l’inconnu et c’est une métaphore de l’aventure amoureuse. J’ai fais exprès que ce ne soit pas très clair parce que sinon on ne pourrait pas imaginer ce que l’on veut. Mais en tout cas c’est un fil rouge que j’ai tracé et que je change de couleur au fur et à mesure des morceaux.

Quelles seraient tes influences du coup ?

J’aime bien les œuvres de n’importe quel domaine artistique qu’elles soient, qui font appel à la distanciation. C’est-à-dire un phénomène de prise de recul sur la situation de contemplation. Pour les films j’aime bien Richard Linklater qui est un cinéaste américain qui fait plein de films différents à chaque fois et qui dresse des dogmes et des codes qui font qu’à chaque fois ça lui donne des champs d’expérimentation pour faire ses films. Par exemple il a fait un film sur douze ans qui s’appelle Boyhood ou bien il a fait un film sur le rêve où il a demandé à des gens de redessiner chacune des images du film, ça c’est Waking Life, qui est un de ses meilleurs films. Richard Linklater pour moi c’est un mec génial. J’aime bien Lars Von Trier aussi. J’aime bien la littérature un peu méta, la science fiction qui te ramène à ta condition de lecteur, ta condition d’humain au XXIème siècle. En musique j’aime bien Philippe Katerine, qui va lui par exemple faire un album où il y a une idée par chanson et qu’une seule et c’est génial. Du coup il va beaucoup plus loin que plein d’autres gens qui veulent se cacher derrière des milliards de concepts pour faire une musique qui n’est pas bien au final. J’aime bien Salut C’est Cool. J’aime bien Gainsbourg, qui lui va se donner comme concept de mélanger des choses qui ne sont pas censées être ensembles au départ comme un style de musique et un thème ou un style d’écriture et un genre musical. Enfin voilà, j’aime bien les gens qui expérimentent mais qui mine de rien n’ont pas l’air d’expérimenter. Car en ce n’est pas un genre en soit d’expérimenter, c’est juste une philosophie, une manière de voir le monde. Les gens qui font juste de la musique expérimentale je trouve ça bidon parce que ce sont des mecs qui n’ont pas réussis à faire rentrer leur expérimentation dans un cadre digeste.

Parle nous un peu du clip de Bleu sous-marin, c’était un concept assez original de tourner le clip et de le retransmettre en direct sur Youtube.

C’est du méta-cinéma. Justement méta c’est un terme que j’ai utilisé deux secondes avant pour parler de la distanciation. C’est le travail de deux réalisateurs, Cosme Astro et Jeanne Frenkel. Ces deux personnes viennent à la fois du théâtre, des arts plastiques et du cinéma. Et elles ont eu l’idée de faire comme ça un plan séquence, et de le retransmettre en direct sur Youtube. Je trouve que c’est une des premières fois où on atteint la justification de l’illustration de l’image. Le clip c’est juste un objet commercial, pour diffuser de la musique à la télé ou sur internet, c’est juste pour faire parler de ta musique. Même si dedans il y a des choses géniales. Il y a même des choses qui ont changé l’histoire de l’image. Mais ça reste en soit un format bâtard. C’est pas noble. Sauf quand les gens s’en emparent et réussissent à faire un truc qui s’émancipe de ça et qui transcende le cadre du clip. Et ça rejoint ce qu’on disait sur le cadre et les contraintes.

C’est un peu repousser les limites que le cadre du clip impose alors ?

C’est l’idée ouais, en plus dans le clip il y a un dogme qu’on a mis en place avec Robin Lachenal, le directeur artistique du projet visuel de ma musique. En fait on a fait un dogme avec pleins d’éléments. Il faut qu’il apparaisse dans chacun des clips, il faut que chacun des éléments soient comme des chapitrages, comme dans les livres où tu serais le héro mais là c’est les clips dont tu es le héro. Et ils ont bien réussi Cosme Astro et Jeanne Frenkel à faire ça, parce qu’en fait tout ces éléments apparaissent dans le clip mine de rien. Il y a des signes qui reviennent. C’est à la fois des signes, des sigles, des images, des métaphores, des lieux, des environnements. Ça c’est intéressant et ils l’ont bien réussis.

Pour terminer, t’en penses quoi toi de la disparition des accents circonflexes dans la langue française ?

Je pense qu’il ne faut pas l’affilier à un contexte particulier. Ceux qui arrivent à rapprocher la guerre en Syrie et l’accent circonflexe, c’est des connards. Après l’accent circonflexe c’est joli, moi je continuerai toujours à l’utiliser parce que c’est un sigle joli, parce que j’aime bien les lettres en majuscules, les graphismes orthographiques, la cryptographie. J’aime bien tout ce qui est sigle et la signification. Donc l’accent circonflexe de toutes façon ça rappelle que avant il y avait des S à la suite de la lettre qui porte l’accent, c’est juste une espèce de trace du passé mais moi je trouve surtout que c’est une ornementation qui me plaît, donc je continuerai de l’utiliser. Après les académiciens ils font ce qu’ils veulent, c’est cool. La langue elle est faite pour changer, voilà. Je n’ai pas de problème avec ça.

Le Type remercie encore Flavien Berger de lui avoir accorder un peu de son temps.

Crédits photos: Nico Pulcrano – photo prise à l’Hérétic le 21 mars 2015 


Si vous voulez vous amusez à retrouver les éléments qui constituent le dogme mis en place dans les différents clips de Flavien Berger allez faire un tour par ici ou bien par  ou encore .

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