[Critique] THE WOLFPACK


Réalisé par : Crystal Moselle
Genre : Documentaire
Nationalité : Américain
Date de sortie DVD / VOD : 13 janvier 2016
Durée : 1h26mn


 

De quoi ça parle ?

L’histoire étonnante d’une bande de frères élevés en isolement total, depuis leur naissance, dans un appartement de Manhattan, par des parents méfiants du monde extérieur. Leur seul aperçu de la vie passe par le cinéma qu’ils consomment sans modération. Un documentaire hors du temps, sensible, touchant, intriguant et effrayant à la fois.

Notre avis

Le rôle d’un documentaire est de soulever des questions sur un sujet social, sociétal, ou des individus hors du commun. The Wolfpack est tout cela à la fois. Quelles raisons peuvent pousser des parents à un tel isolement ? Comment a-t-il été possible? Dans quelle mesure cela a créé un décalage social entre ces enfants élevés dans la marginalité et la vie à l’extérieur qu’ils observent depuis leur fenêtre? Quel est leur point de vue sur cette réalité qui leur paraît si étrangère ?

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C’est à la suite d’un rejet du monde dans lequel ils ont vécu, que les parents (anciens hippies) décident d’abstenir cette expérience à leur enfants. Conséquence : emménagement dans une tour à Manhattan  et six enfants plus tard, cette incroyable histoire sert de matière à ce documentaire sur une meute fraternelle soudée mais surtout marginale. Le film de Crystal Moselle nous délivre avec une forte émotion le portrait de cette tribu dirigée par son chef, le père. La mère, présentée de manière touchante et empathique, occupe tout son temps à l’éducation de ses enfants par des cours à domicile. Le père, méfiant envers la société, refuse son fonctionnement et ses codes au point de ne pas travailler et de participer à ce monde qu’il ne comprend plus. Il transmet pourtant une chose essentielle au « Wolfpack » : une forme d’éducation atypique et une évasion de leur cage par le visionnage de classiques du cinéma.

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Le documentaire montre avec habilité l’évolution de leurs différentes personnalités, sommeillant derrière leur similaire apparence physique. Vivant hors du temps, on peut présumer que certaines de nos habitudes comme se rendre chez le coiffeur, le dentiste, surfer sur internet ou faire du shopping leur sont complètement étrangères.  A première vue mal dans leur peau ou possiblement déséquilibrés, ces jeunes se révèlent plein de ressources et de fureur de vivre.

En grandissant, des questions existentielles sont inévitables : comment affronter un désir d’émancipation sans se mettre à dos ses propres parents ? Est-il possible de se réinsérer dans la société ?

Privés de tout contact avec le monde extérieur, leurs quelques mètres carrés et leur phénoménale imagination sont leurs outils pour rêver et recréer le monde, ou du moins celui qu’ils pensent être à travers leur filmothèque. The Wolfpack est l’occasion de réfléchir sur la qualité pédagogique du cinéma. Se nourrir exclusivement du 7ème art peut-il être suffisant pour comprendre une société que l’on ne connaît qu’au travers d’un écran ou d’une fenêtre ? Les six frères grandissent donc en se nourrissant de films et reproduisent les scènes cultes chez eux : ils vénèrent les logorrhées typiques de Tarantino, se baladent déguisés en Batman dans l’appartement ou récréent avec minutie et ingéniosité divers costumes et décors mythiques.

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The Wolfpack, premier film de Crystal Moselle qui les a rencontré par un grand hasard, mérite donc d’être vu et connu pour son touchant portrait familial et sa capacité à nous faire prendre du recul sur notre propre mode de vie. Isolés entre quatre murs et accompagnant ces personnages extraordinaires, on s’émerveille des choses anodines avec un regard neuf sur notre environnement, qui pour nous est devenu quelconque. Vous pensiez être féru de cinéma et tout simplement empli de soif de liberté, attendez de voir la passion qui habite cette meute.

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@sebastienuguen

 

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