Al'Tarba & DJ NIX'ON

[INTERVIEW] Al’Tarba, DJ NIX’ON et VJ Tom’z


Chez le Type, on aime bien le label bordelais Banzaï Lab et ses artistes. On vous avait même parlé de leur Semaine Kamikaze, au début de l’été. Vous y étiez ? Hé bien nous aussi. Même qu’on y a croisé Al’Tarba, DJ NIX’ON et VJ Tom’z, qui avant de poser leur matos dans les jardins de Mériadeck ont accepté de nous parler de leur collaboration, de musique, de ciné et évidemment du beatmaking en France, bref, de choses de la vie, quoi.

Le Type : Petit tour de l’actu pour les lecteurs : depuis combien de temps travaillez-vous ensemble, et quels sont vos futurs projets ?

Al’Tarba : Avec NIX’ON on travaille ensemble depuis trois ans, on est en tournée perpétuelle. Depuis octobre dernier, il y a VJ Tom’z qui nous accompagne pour faire la vidéo sur le set. À part ça, il y a l’album de mon groupe, Droogz Brigade, qui arrive à la rentrée! Pour l’instant c’est l’objectif. Et l’album avec la Galle aussi, qu’on a produit à deux avec le beatmaker I.N.C.H.
DJ NIX’ON : Beaucoup de collaborations à droite à gauche pour moi, mais il y en a tellement que je ne veux pas en citer pour être sûr de n’oublier personne ! Je collabore avec des artistes américains et français. Parce qu’à la base j’ai commencé par des collaborations américaines et les collaborations françaises sont venues plus tard ; donc je fais aujourd’hui les deux, mais je continue à travailler en majorité avec des américains.

Le Type [à NIX’ON] : Tu travailles avec qui par exemple ?

DJ NIX’ON : Un artiste qu’on a en commun avec Al’Tarba : Lord Lhus, avec qui on a donc travaillé tous les deux. Il y a encore un groupe de Boston, qui s’appelle Headshot. Je travaille avec le groupe entier, ainsi que sur les albums de chaque rappeur du groupe. Il y a aussi un titre d’I.N.C.H, ou encore le beatmaker Ugly Tony qui sort un album de rap américain avec qui j’ai beaucoup collaboré… Voilà, plein de choses à droite à gauche !

Le Type [à NIX’ON] : Comment as-tu rencontré ces artistes américains, comment se sont faits les premiers contacts ?

DJ NIX’ON : Internet ! MySpace, à l’époque. La première fois que j’ai collaboré avec un artiste, c’était quelqu’un qui m’avait demandé par le biais de quelqu’un d’autre et ça s’est fait comme ça ; c’était Lord Lhus, ma première collaboration américaine. Grâce à lui j’ai été écouté beaucoup plus aux Etats-Unis, du coup mon son s’est exporté, des demandes ont surgi de part et d’autre, et après j’ai fait mon cercle d’« amis » sur MySpace et autres, qui me demandent quand ils ont besoin de moi, et ainsi de suite ; c’est l’effet boule de neige !

Le Type : On vous compare à RZA, on vit dit adoubé par DJ Mugs… Vous pensez que cette musique a surtout sa place parmi les artistes américains ou les français s’y mettent un peu ?

Al’Tarba : ça fait longtemps je trouve que les français ont leur place là dedans. Me comparer à RZA, j’ai toujours trouvé que c’était très exagéré… Mais le journaliste a dit lui même, au début de l’article, qu’en fait il faisait exprès d’exagérer pour attirer l’œil du lecteur. Par contre « adoubé par DJ Muggs » bon… DJ Muggs a juste dit dans une vidéo que mon son était bien ! Donc c’est un peu jouer sur les mots. Je pense qu’en tout cas le beatmaking français existait déjà et était reconnu bien avant que j’arrive, de toute façon… Pour ce qui est du scratch c’est NIX’ON qui pourra t’en dire le plus, mais là, en France, on touche à la crème de la crème !

DJ NIX’ON : On n’a pas à avoir honte au niveau du turntablism en France, on a une très belle scène. Pour moi c’est assez dur de rivaliser avec ce qu’il peut y avoir ici, même si j’ai pas du tout honte de ce que je fais… Mais c’est sûr qu’en France on est ni les premiers, ni les derniers !

Le Type : Vous faites beaucoup de morceaux en featuring avec d’autres artistes. Vous préférez être accompagnés plutôt que seuls ?

Al’Tarba : Perso ça dépend des périodes, mais je préfère souvent travailler seul ou à la limite par exemple avec NIX’ON, parce que là c’est pas un rappeur mais du scratch. Après… Travailler tout le temps seul ça doit être chiant, travailler tout le temps en featuring ça me ferait pas trop bander non plus !
DJ NIX’ON : Je pense que travailler avec quelqu’un, d’une part, ça permet de fournir moins de travail personnel sur un seul morceau parce que, bon, tu divises en deux le travail. Je pense aussi que travailler toujours tout seul c’est pas bon, parce que tu t’enfermes vite, tandis que faire plein de featurings avec des artistes qui te plaisent, c’est bon pour ta musique, et c’est bon pour l’autre musicien aussi.

Le Type : Le fait de collaborer vous fait apprendre de l’autre et vice versa?

DJ NIX’ON : disons que collaborer, ça t’ouvre sur d’autres horizons. Après, c’est vrai que quand on collabore toujours avec des rappeurs – c’est ce qu’on fait souvent – c’est toujours un peu la même chose ; c’est des rappeurs. Mais travailler avec des « vrais » musiciens par exemple, ce qu’on a jamais fait, ça doit être un bon truc, ça doit amener d’autres ouvertures musicales.

Le Type : Et quand vous travaillez avec des rappeurs justement, vous préférez adapter votre son à ce qu’ils font ou c’est plutôt l’inverse ?

DJ NIX’ON : Je pense que pour pas mal de rappeurs, quand ils font appel à Al’Tarba, ils viennent chercher le son Al’Tarba
Al’Tarba: Bah ça dépend, c’est la même chose que pour toi (NIX’ON, ndlr) ! Au début on était plutôt dans la proposition, et puis on passe un certain cap où effectivement les gars viennent plus te chercher pour ta musique, mais ça peut m’arriver aussi de démarcher des mecs. Maintenant, je fais plutôt des sons instrumentaux. Je fais pas trop sur demande, mais parfois si un type avec qui je veux travailler se ramène avec un sample qui me plaît, je le redécoupe et le refais, comme si c’était un cadavre au début et qu’il fallait le transformer en une jolie poupée !

Al'Tarba, NIX'ON & VJ Tom'z

Al’Tarba, NIX’ON & VJ Tom’z – photo d’Yvain Michaud – yvainmichaud.com

Le Type [à VJ Tom’z] Comment tu construis tes vidéos ? Tu fais par rapport à la musique ou tu les adaptes ?

VJ Tom’z

: on a décidé de la création en fonction des morceaux, Al’Tarba m’a indiqué la thématique puis j’ai trouvé des images à caler dessus.

Le Type : il y a un thème à chaque chanson qui se retrouve dans chaque vidéo ?

VJ Tom’z : Oui. C’est pas un clip, j’ai pas du tout repris les clips qu’on peut voir sur internet afin qu’il y ait une vraie différence entre le live et les disques. Le live est une chose à part entière : ce sont des petites histoires, c’est un peu plus qu’un habillage. Il n’y a pas de structure narrative, mais il y a quand même des phases et ambiances qui suivent les ruptures et les breaks, une construction évolutive.

Le Type : Niveau technique et matériel ça se passe comment, tu gères quoi ?

VJ Tom’z : j’ai plusieurs écrans, six, sur lesquels je fais un mapping de la vidéo. J’ai une scénographie qui se module un peu tout le temps parce que c’est jamais les mêmes plateaux, jamais les mêmes contraintes techniques… C’est toujours pareil mais c’est toujours différent !

Le Type : Et pour vous (Al’Tarba et NIX’ON, ndlr) quel matériel est essentiel pour le travail que vous faites ?

Al’Tarba : pour moi c’est l’ordinateur. Tu peux faire plein de trucs avec, il y a plein de sons que j’ai fait rien qu’avec ça. Y’a sûrement des gens qui vont crier à l’hérésie, mais moi pour faire ce que je fais, j’ai juste besoin d’un ordi !
DJ NIX’ON : moi ce serait la platine vinyle, mais je pense que le premier vrai instrument principal c’est la musique elle même, parce que nous on crée de la musique à partir d’autres musiques ; on s’approprie des samples, des voix… on a besoin de contenu musical pour faire notre musique.

Le Type : Il y a une certaine omniprésence de l’univers cinématographique dans vos sons. Quelle importance a le cinéma, la vidéo pour vous ? Comment vous l’adaptez à votre musique ?

Al’Tarba: Je regarde beaucoup de films depuis très jeune, tous les jours. C’est une source de samples et d’inspiration intarissable !
DJ NIX’ON : Je dirais pareil ; on vit avec les films, on est des enfants de l’image. On utilise beaucoup de dialogues et de musiques de films, du coup c’est une grande partie de notre musique. S’il n’y avait jamais eu de films ou d’images dans notre vie, je pense que notre musique serait complètement différente !

Le Type : Il y a des genres de films qui vous inspirent, vous intéressent plus que d’autres ?

DJ NIX’ON : C’est beaucoup de films d’horreur.
Al’Tarba : Les films d’horreur des années 70 et 80, mais je regarde vraiment tout. Les films asiatiques, les films italiens… Pour sampler, c’est les vieux films italiens. Les vieux films romantiques sont remplis de samples : des beaux violons, des clavecins, des musiques un peu kitsch !

Le Type : Et au-delà du cinéma, quelles sont vos influences musicales ?

Al’Tarba : Pour moi c’est le hip-hop, le punk rock et l’abstract hip-hop.
DJ NIX’ON : Pareil, le hip hop en règle générale et beaucoup de musiques de films, parce que je trouve qu’il y a beaucoup de trucs à puiser là dedans donc je prends beaucoup de plaisir à écouter juste des musiques de films. Vraiment pour le plaisir.

Le Type [à Al’Tarba] : tu citais le punk-rock, t’as commencé là dedans ?

Al’Tarba : ouais, enfin j’ai commencé par le rap tout au début, après j’étais plus branché punk-rock, hardcore… En fait, c’est le jour où mon père m’a montré le vinyle du premier album des Clash. Au début je disais « quoi ? c’est ça du punk rock ? » pour moi ça devait gueuler, tu vois ! Et en fait voilà, ç’a été vraiment The Clash au début, puis Sex Pistols, puis je me suis intéressé à toutes les « écoles ».

Le Type [à Al’Tarba] Ca t’inspire dans ta composition musicale ?

Al’Tarba : nan, mais dans la vie de tous les jours ouais par contre ! Quand je rentre chez moi en chantant tout bourré !

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