Les Chatouilles ou La Danse de la colère – Avignon Le Off 2015


C’est compliqué de revenir sur ce qui nous a bouleversé. Pour vous dresser le topo, à la fin de cette pièce, bien avant que le rideau tombe, ça reniflait pas mal. Un joli flot de larmes. Le Type revoit cette femme assise derrière lui qui cachait son visage dans ses mains pour qu’on ne la voie pas pleurer. A la sortie du Théâtre Actuel, elle pleurait encore.

Les Chatouilles, on sait qu’elles existent, on les lit consterné et choqué dans les médias mais on ne les vit jamais de front. Les Chatouilles, bien souvent, elles n’arrivent qu’aux autres, comme on dit. C’est l’histoire d’un viol. Du pire, des viols. C’est l’histoire d’un enfant brisé qui essaie d’affronter une vie qu’on pense perdue d’avance, seul contre tous. Odette rêve d’être danseuse. Elle peut l’être, elle va l’être. Mais Odette a un secret. Un secret tellement enfoui que comme beaucoup d’enfants qui ont survécu à l’horreur, elle laisse l’oubli et le déni prendre le dessus pour faire de ce secret un trou béant à combler avec tout ce qu’on peut. La danse, les hommes, la drogue. La fuite.

Mais un jour c’en est assez. Il faut parler. Il faut se souvenir. Il faut prendre le passé à bras le corps pour avoir l’audace de vivre.

Ce souvenir, il est interprété par Andréa Bescond, danseuse et comédienne, seule sur scène avec pour seul décor une chaise et un jeu de son-lumière. Un monologue chorégraphié dirons-nous. Mais c’était bien plus que ça. A travers plusieurs personnages qu’elle incarne avec justesse et frénésie, Andréa Bescond nous enferme dans une histoire qu’on n’a honnêtement pas envie d’entendre aussi violemment. Du moins seulement protégé par un écran. On est pris comme témoin et juge de tous les détails du traumatisme. Dès les premières minutes de la pièce, on est pris par l’horreur, la nausée et cette sensation ne nous lâchera jamais. Aucune issue n’est possible, vous devez voir, savoir comprendre, écouter. Alors on va rire parfois, on va sincèrement rire parce qu’il faut bien du répit dans le combat. Et c’est là tout le talent d’Andréa Bescond. Danseuse de formation puis comédienne, elle manie avec brio une palette d’émotions fortes qui ricochent instantanément dans la salle. Nous rions tous, nous tremblons tous, nous sombrons, nous enrageons, nous ressentons le malaise. Et tout ce flot d’émotions partagées pèse. Ca monte crescendo jusqu’au tombé de rideau et Le Type étouffe. Il aimerait bien mettre ça sur le dos de la chaleur avignonnaise mais il n’en est rien. Il est bouleversé. Il voudrait que les lumières s’allument. Qu’elle se taise. Tais-toi. Il n’y a pas que sa tête qui est prise dans le tourbillon de La Danse de la colère mais son corps aussi qui se crispe quand se joue devant lui ce cauchemar dégueulasse.

Et puis quand la lumière s’est finalement rallumée. Il s’est senti dépouillé. Perdu. Il est debout pour le standing ovation mais tout se mélange dans sa tête. Puis il sort hébété. Les yeux secs, grand ouverts. Il marche un peu. C’est dans la rue des Teinturiers qu’il a fini par s’effondrer en larmes. Comme un enfant. Le Type revoit cette femme assise derrière lui.

Il n’a pas réussi à faire mieux. Un grand sentimental ce Type.

Les Chatouilles ou La Danse de la colère
Comédie dramatique écrite et interprétée par Andréa Bescond
Mise en scène par Eric Métayer
Au Petit Montparnasse jusqu’au 4 mai : https://www.facebook.com/leschatouilles/timeline

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