[Critique] TALE OF TALES


Date de sortie : 05 juillet 2015 (Durée : 2H13)
Réalisateur : Matteo Garrone
Casting : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones
Nationalité : Italien, français, britannique
Distributeurs : Le Pacte

Vous connaissez sans doute les contes faisant partie intégrante de notre culture populaire : de Charles Perrault (Le petit chaperon rouge, Petit Poucet, Cendrillon) aux frères Grimm (Hansel & Gretel, Raiponce, Blanche-neige)… Beaucoup ont été adaptés au grand écran en représentations plus ou moins conformes ou au contraire s’éloignant des œuvres originelles.

Peu de gens le savent mais le plus ancien recueil littéraire européen de contes est originaire d’Italie (plus précisément de Naples) et s’intitule Le Conte des Contes (ou Pentamerone), de Giambattista Basile au 17ème siècle. Après ses films dont la trame de fond était cette même ville de Naples, de la mafia (Gomorra, 2008) à l’univers de la télé-réalité (Reality, 2012), le réalisateur Matteo Garrone met ici fidèlement en images ces fables méconnues du grand public.

Tale of Tales 1

SYNOPSIS :

Il était une fois trois royaumes voisins où régnaient rois et reines, princes et princesses : une reine obsédée par son désir d’enfant (Salma Hayek,) un roi fornicateur et libertin (Vincent Cassel), et un autre obnubilé par un étrange animal (Toby Jones)… Au centre de ces histoires résident des sorciers et fées, des monstres redoutables, un ogre et des vieilles lavandières, ainsi que des saltimbanques et des courtisans.

NOTRE AVIS :  7 / 10

UNE ESTHÉTIQUE SANS DÉFAUT

D’entrée, on découvre avec plaisir et une grande curiosité les trois royaumes développés dans trois histoires distinctes. Les acteurs incarnent tous à la perfection leur personnage, et les péripéties s’enchaînent à tour de rôle. Ainsi, on alterne constamment entre ses différents mondes où prennent place le merveilleux aussi bien que l’horreur. La grande force du film réside dans sa magnificence visuelle.

Tale of Tale 2

Les costumes renvoyant au style de la Renaissance ne sont pas qu’une simple formalité stylistique mais au contraire prennent part à la création des univers. En effet, on note de nettes différences de couleurs entre les trois royaumes. Les robes de Salma Hayek sont davantage sombres, illustrant bien son désir de tout sacrifier pour avoir un enfant et le confiner auprès d’elle. Les habits de Vincent Cassel sont dans des tonalités de rouge et de doré, illustrant son esprit de débauche et d’exubérance. A l’inverse, le royaume de Toby Jones revêt des couleurs grise, verte exprimant un royaume plus terne et paisible.

Tale of Tales 3

L’Italie offre des décors somptueux et variés, allant de la région du Latium jusqu’à Florence mais également en Sicile (plus d’images ici). Le spectateur voyage ainsi dans ces contrées lyriques fourmillant de châteaux, forêts  ou montagnes.

La beauté est aussi sonore avec une composition en finesse créée par le français (et oscarisé) Alexandre Desplat, qui a le don pour s’associer à des films de qualité.

UNE AMBIANCE DÉSTABILISANTE

Venons-en à l’aspect fantastique de Tale of Tales, car même si le réalisateur a souhaité ancrer le film dans réel, les histoires mettent en scène des créatures effrayantes, des sorciers et de la magie. Des événements surnaturels apparaissent dans un univers où des lieux, des personnages et des actions sont vraisemblables. Matteo Garrone a pour but de créer un sentiment d’angoisse et de crainte chez le spectateur. Tale of Tales réussi en ce point à procurer cette sensation d’inquiétante étrangeté, qu’on retrouve dans les contes ou certains films de réalisateurs comme Tim Burton ou Brian de Palma. Vous avez certainement déjà expérimenté, même sans le percevoir, ce mélange de réalisme et d’imaginaire, apporté par du surnaturel, mais aussi d’autres éléments techniques comme la gestion de la lumière/obscurité ou des décors.

On est donc constamment sur le fil entre de l’émerveillement et un aspect volontairement troublant, voir dérangeant. Ici, le côté inquiétant ou sanglant en vient même à plus nous affecter que l’aspect tragique des situations. C’est sans doute cette petite étincelle qui manque, et aurait pu hisser le film à un niveau supérieur. Il aurait été plus plaisant de voir des personnages avec davantage de relief, et pour lesquels on puisse s’attacher.

LA MORALE DE L’HISTOIRE

A l’image de contes ou de fables, on se questionne sur les valeurs qui sont illustrées et si nous devons déchiffrer un message à la fin de l’histoire.

D’après le réalisateur, son intention était de mettre en image les sentiments humains. Au final, les trois histoires, suivent le destin de trois femmes, dans des lieux, situations sociales et âges différents. Chacune à ses propres désirs pouvant être justifiés ou non : avoir une descendance et profiter de manière exclusive de son amour, retrouver sa beauté d’autrefois ou avoir la reconnaissance d’un père.

Cependant on remarque que d’autres personnages détiennent également une avidité aveugle. Nous découvrons un monde enchanteur, parfois nihiliste, où le chemin pour atteindre ses désirs est de lutter inconsciemment contre des événements qui nous dépassent, et de poursuivre ses intérêts personnels sans se soucier d’autrui. Nous avons par exemple l’ascension sociale, la sensation qu’assure le pouvoir, la soif des femmes, la richesse….

Nous n’avons pas ici une fin de conte digne d’un Disney. Le traditionnel « ils vécurent heureux… » laisse sa place à une autodestruction de personnages dictée par leur avarice.

**

Tales Of Tales fait partie de ces films qui plaisent, qui sont conformes à l’image que l’on s’en fait avant de les voir, mais qui pourtant ne font que répondre aux attentes sans les surpasser. Il détient cependant des qualités indéniables et propose un genre cinématographique rarement à l’affiche des cinémas.

On découvre donc avec beaucoup de plaisir une fable qui nous emporte dans des univers attirants et repoussants à la fois, oscillant entre la beauté pure et l’horreur. Bien que l’on ne soit pas profondément ému par les personnages, ce film charmera à coup sûr les amateurs de contes par son univers envoûtant.

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Tale of Tales 4

@sebastienuguen

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