Bienvenue à l’hôtel commissariat


Bordeaux regorge de belles et vieilles architectures, dont la plupart servent encore de locaux municipaux, destinés à divers services publics ou, comme la salle Amédée Larrieu, de lieux destinées à être prêtés à des associations. Mais tout promeneur curieux aura remarqué, çà et là, quelques bâtiments en proie aux friches, l’air un peu perdu entre deux époques, attendant, depuis qu’ils ont été démis de leurs fonctions, qu’on leur redonne une utilité et un peu de vie. Ce sont ces « lieux en transition » que Transfert, collectif de graffeurs et plasticiens, s’attelle à investir d’œuvres en tout genre, de la peinture au land art, en passant par la sculpture, la vidéo et la performance. De la fin du mois jusqu’à septembre, les artistes vous ouvrent les portes de l’ancien commissariat Castéja, bientôt requalifié en logements sociaux.

Coulisses cour intérieure Transfert 2015 - ©Apolline Clapson

Impossible de rater l’imposant immeuble en pierres de trois étages, entouré d’imposantes grilles, lorsqu’on arrive au croisement des rues Abbé de l’Épée et Castéja. Sur l’un des murs extérieurs noircis par le temps et les pots d’échappement se dressent une hampe sans drapeau et un panneau rectangulaire masqué par du plastique noir, vestiges d’une époque où des centaines de képis grouillaient derrière ces portes. C’est dans ce lieu encore vaguement empreint de son passé policier que s’invite le street art du collectif Transfert. La trentaine d’artistes qui le compose s’est investie d’une mission : métamorphoser, tout en le gardant intact, ce bâtiment inscrit au titre des monuments historiques. « On a plein de contraintes, mais ça pousse à la créativité ! » relativise cependant Charl, un des artistes du collectif. Au-delà de ce « détail », rien n’est imposé ; chaque pièce reflète l’idée de son ou ses créateurs, libres d’imaginer et de réaliser ce qui leur plaît. Car c’est aussi ça, Transfert : donner aux jeunes artistes la possibilité de s’exprimer et d’exposer, quelle que soit la tendance artistique du moment.

La jeune rebelle en moi s’est émerveillée devant une pièce réaménagée en salle d’interrogatoire par le toulousain Sike, mais décorée de procès-verbaux gribouillés et autres tags ACAB partout sur les murs. Odeg, quant à lui, aborde dans sa salle un thème qui semble lui tenir à cœur : les matières premières, à savoir « l’eau, la terre, le feu, l’air et… Le béton ». On admirera également les créations de Jean Rooble, artiste qui s’est découvert sur le tard un don pour les portraits, qu’il réalise avec une précision réellement bluffante. Ailleurs, on trouvera un hommage modernisant à Pablo Picasso. Enfin, je n’ai pas pu aller vérifier moi-même, mais un portrait géant d’une personnalité bordelaise, œuvre de Landroïd tenue secrète jusqu’à l’ouverture officielle, serait « vraiment à voir », selon une bénévole chargée des travaux préparatifs. Pour le reste, je vous laisse la surprise entière : de personnalité en personnalité, d’œuvre en œuvre, cette exposition est un véritable voyage dans des milliers de couleurs, des centaines d’idées et des dizaines d’ambiances toutes époustouflantes.

Azot-Charl-Tack 2013 ©Repaze

Pendant deux mois, différentes formes de visites (visites-ateliers, visites guidées, visites libres), des afterworks et différents événements vous seront proposés. Partenaire de l’Institution Nationale des Sourdes-Muettes, Transfert organise également des visites commentées à destination des personnes malentendantes. Le vernissage aura lieu samedi 27 juin à partir de 14h, avec showcase du collectif bordelais Template, performances et poésie au rendez-vous. Réservez également votre 26 septembre, soirée de dévernissage : « on va jouer du rap devant le monument au mort de la police », riait Kendo. Mais qui donc viendra faire cet honneur à l’ancien commissariat ? Juste un certain groupe bordelais adulé par le Type depuis ses débuts, et dont je trouverais presque indécent de vous rappeler le nom…

Toutes les infos, les horaires et les tarifs sont à retrouver sur le site internet du collectif. Allez-y, d’abord parce que ces artistes le méritent, mais aussi parce que c’est peut-être votre dernière chance d’entrer en ce lieu !

Collectif Transfert - ©NKaïd

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