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mai 27, 2015

Des séries au top : Bloodline

dans ÉVÉNEMENTS
Bloodline

« Parfois, on sait que quelque chose va arriver. On le sent. C’est dans l’air. Dans nos tripes. On ne dort plus la nuit. Une voix dans notre tête nous suggère que quelque chose d’effroyable va se produire… Et qu’on n’y peut absolument rien faire. C’est ce que j’ai ressenti quand mon frère est revenu à la maison »

Le générique de l’épisode pilote vient tout juste de se conclure que déjà, le spectateur est averti, informé qu’un drame est à venir. La voix grave et posée qui déploie ces funestes augures, c’est celle de John Rayburn, second fils d’une fratrie de quatre enfants. Ses parents, connus et appréciés de tous aux Keys, sont sur le point d’être honorés : une jetée va être inaugurée et nommée au nom du père, Robert, lequel a fondé 45 ans plus tôt l’un des plus anciens hôtel de l’archipel floridienne. La tempête que John sent poindre à l’horizon prend la forme de Danny, le canard boiteux de la famille, peu fiable, potentiellement dangereux et seul enfant à s’en être allé loin des siens et de ce paradis tropical et humide où elle prospère. Le retour au camp de base du fils aîné après des années d’absence va mettre à mal les liens familiaux, rouvrir des cicatrices, ranimer des rancœurs pour finalement dénuder chacun des protagonistes de leurs secrets et dévoiler leur part d’ombre. C’est par l’entremise de ce mystérieux mouton noir que des fissures vont venir craqueler la façade de cette famille bonne sous tout rapport en apparence, mais en réalité soudée par un mur de mensonges, d’hypocrisie et de lâcheté.

Bloodline, nouveau-né des créateurs de Damages, est avant tout un drame familial. Cependant, les événements vont conduire la série à se doubler en un thriller ascendant policier. La narration est entrecoupée de nombreux mais courts flashbacks, lesquels viennent lever le voile sur des non-dits, tandis que des bonds en avant livrent au compte-goutte des scènes qui n’interviendront que plus tard, dans les ultimes épisodes. Danny, incarné par l’excellent acteur australien Ben Mendelsohn (Animal Kingdom, Lost River…), apparaît d’emblée comme le protagoniste le plus écorché par les aléas de la vie. Et comme pour toutes les questions que l’on se pose en regardant Bloodline, les pièces du puzzle ne se constituent qu’au-fur-et-à-mesure, et il faut faire preuve de patiente pour comprendre le pourquoi de ses souffrances, les raisons pour lesquelles il est amer vis-à-vis des autres membres de sa filiation et découvrir les causes de sa condition de paria parmi les siens. Surtout aux yeux de son père (Sam Shepard : Paris, Texas, Les Moissons du Ciel…), attachant et avenant aux yeux de la communauté, il est aussi un homme sévère, dur et parfois violent.

Bloodline
Le très bon Kyle Chandler (aka « coach Taylor » dans Friday Night Lights ; Demain à la Une) interprète John, tout à la fois fils, mari et père modèle, il inspire la confiance et est un policier respecté. Le destin l’a forcé à endosser le rôle d’aîné, laissé vacant par Danny. C’est quelqu’un sur qui se reposer en cas de problème et qui s’attache inexorablement à vouloir arranger les choses au sein du clan Rayburn.

Megan est la benjamine de la famille. Jouée par Lisa Cardellini (l’infirmière Samantha Taggart dans Urgence et aperçue dans la saison 6 de Mad Men), elle est jolie et intelligente. Bien qu’en couple depuis plusieurs années, Megan ne parvient pas à s’engager pleinement dans sa relation. Après des études de droit, elle est revenue dans les Keys où, en plus d’aider ses parents dans la gestion de leur hôtel, elle exerce en tant qu’avocate.

Le dernier frère, Kevin est marié, sans enfant. D’un tempérament colérique comme son père auquel il voue une admiration sans borne, il est un peu porté sur la bouteille et gère une entreprise de location de bateaux. Leur mère, Sally (Sissy Spacek, connue pour son rôle de Carrie dans Carrie au bal du diable), leur distille son affection et est le lien entre les enfants.

Bloodline
Lancée le 20 mars dernier, Bloodline est à mon sens la production la plus aboutie jamais développée pour Netflix. Pour ceux d’entre vous qui tenteraient d’objecter, elle est largement meilleure que les récentes Dardevil (beaucoup trop consensuelle, prévisible et faussement dark ; vous y avez vu une seule goute de sang, vous ?) ou Marco Polo (d’accord, les décors et les costumes sont épatants, mais depuis quand le marchand vénitien fait-il du kung-fu ?). Et oui, dans une autre catégorie que House of Cards, rien de plus qu’une adaptation (la mini-série originelle éponyme a été diffusée sur la BBC en 1990) agrémentée du style et de la photographie made in Fincher et implémentée d’un casting 5 étoiles (Kevin Spacey, deux Oscars au compteur, pour camper le rôle principal c’est la classe). Ce constat qualitatif sera peut être contesté le 5 juin prochain quand la plate-forme de streaming mettra en ligne les 10 épisodes de Sense8, série de science-fiction signée de Lana et Andy Wachowski (la trilogie Matrix, Cloud Atlas…), et dont Le Type vous parlera bientôt.

Au final, les scénaristes dépeignent l’éclatement des faux-semblants d’une famille où les choses ne sont jamais être aussi parfaites qu’elle n’en paraissent. C’est une série de qualité, à ranger au niveau des meilleures séries diffusées sur Showtime (Episodes, Master of Sex…) ou Fx (Sons of Anarchy, Fargo…) et qui aurait pu prétendre à intégrer la grille de la référence HBO (The Leftovers, The Newsroom…). Kyle Chandler confirme son talent tandis que Ben Mendelshon brille de mille feux dans le rôle de Danny : Le ton de sa voix et son visage expressif traduisant parfaitement le désespoir de son personnage, être complexe, un peu fou et bloqué dans le passé, attachant par certains aspects, répugnants et malsain par d’autres.

Une saison 2 a été commandée par Netflix.

La loi du marché : Thierry, LE héros de notre époque

dans ÉVÉNEMENTS

Il y a des films dont on a pas envie de parler de la mise en scène. Pas envie de parler de la performance d’acteur, du montage ou quoi que ce soit d’autre de technique. Pas que tout cela ne soit pas bien fait, non, mais juste qu’on on a pas le temps pour tout ça, parce que voilà, il y a des films qui sont des flèches lancées dans nos cœurs, contre l’indignité, l’intolérance, et contre tout ce qui tourne pas rond dans notre époque de merde.

Parce que voilà, ce film c’est la réalité qui te donne des coups.

Et pourtant je me méfie des films « réalistes » : Leur capacité à être menteurs. J’ai peur qu’ils modifient la réalité pour me faire croire à une vérité générale. Souvent je leur préfère des films utilisant des symboles et un côté plus poétique.

MAIS LÀ : On sait que la situation des chômeurs aujourd’hui ressemble à celle de Thierry dans le film, que la situation des travailleurs précaires aussi. Rien de plus courant. Et si toutes les situations du film (florilège de relations de domination et de violence, destin presque trop extrême pour être vrai pour Thierry, il faut l’avouer) ne se retrouvent pas forcément toutes en même temps dans la vie d’un individu précaire aujourd’hui, on sait que dans la conjoncture actuelle, un destin comme celui-ci est plus que probable, et que beaucoup d’individus ont du connaître au moins deux ou trois de ces expériences de domination en vrai.

Ceux qui le vivent ou l’ont vécu savent. Pour les autres privilégiés qui ne sont pas encore dans ce cas, comme moi, on a vu des documentaires comme ceux de ARTE sur les classes précaires ou le doc « Danger Travail » de Pierre Carles (liens des docs au-dessous de l’article). On n’a plus qu’à constater ça une nouvelle fois. On n’a plus qu’à re-découvrir la tragédie. On n’a plus qu’à se prendre des coups. Et se rappeler.

Après la vision de ce film, certains applaudiront la performance d’acteur et poursuivront leurs activités quotidiennes comme pour oublier un mauvais rêve. D’autres espéreront toujours garder intact cette flèche plantée dans leurs cœurs.

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Documentaires à voir sur le sujet

Classes moyennes, des vies sur le fil, documentaire de Frédéric Brunnquell en 3 épisodes passés sur Arte il y a quelques mois.

Danger Travail, un pamphlet contre le monde du travail et une invitation à faire autrement, par Pierre Carles.

Chocolat & OBN IIIs @ iBoat, 20 mai 2015

dans MUSIQUE

On m’a proposé d’aller voir Chocolat, j’y suis aller sans grande conviction. J’avais à peine jeter une oreille dans le Bandcamp, ça sonnait bien mais un peu trop policé pour le sale Type que je suis. Je m’attendais à voir une bande de sagouins sapés fripes de luxe et casquettes pastels, aux idées courtes et aux dents longues, claviers en cascade arc-en-ciel et guitare super-fluette. FAUX !

Je me sens lancé sur Chocolat, je vais continuer. On parlera d’OBN IIIs ensuite si vous le voulez bien, mais gardons en tête que le concert s’est déroulé dans l’autre sens.

Après la tornade d’Austin, Texas (leur label est basé à Chicago mais ce sont de vrais texans), arrivent donc nos compères québécois. De suite l’ambiance s’installe, chaleureuse et complice. Ils sont avenants et n’hésitent pas à discuter avec le public. La langue ici n’est pas une barrière, contrairement à OBN IIIs qui a eu du mal à communiquer. L’accent bien connu et souvent moqué apporte même une touche d’exotisme bienvenue. En plus ils n’ont pas de casquettes pastels ! Plutôt des cheveux long et filasses très engageants. La musique se lance et mon scepticisme s’envole rapidement. Ces gars-là font du lourd avec du doux, à coup de rythmiques souvent répétitives sans être redondantes. Le bassiste met tout le monde à l’aise et on sent que ses camarades s’appuient facilement sur ses lignes rondes. Il a l’air d’un sacré joyeux luron ! Plus tard il lâchera sa basse pour se jeter dans le public et tâter le plafond de l’entrepont. Mais la tête pensante est apparemment le chanteur-guitariste (pour changer), aux épaules frêles mais solides, portant son groupe avec aisance et décontraction. Alternant anglais et français, son chant aérien mais vif se pose comme une évidence sur ce rock tantôt léger et planant tantôt dur et électrisant, toujours entraînant. Les fades douceurs tant redoutées au clavier se sont révélées nappes frénétiques et le tout est parfaitement agencé. Ça sent les aromates psychédéliques. Ça sent parfois l’Amérique. Ah oui, ils sont excellents sur des boogies à la Status Quo (« Tss Tss ») ou des pilonnages distordus sans fin façon Black Angels (« Apocalypse »). Et même ailleurs, finalement, même quand le mur de son se mue en jolie toile mélodique, c’était bon. Magnifique « Mèche », presque frissonnant en live alors qu’il m’avait laissé froid face à mes – petites – enceintes. C’était chaud et doux et fin et très cool, Chocolat. Pas de rappel, pas d’anecdote ultra-croustillante mais un moment tellement agréable que si l’album avait été à dix euros, à l’entrée, je serait parti avec. Malheureusement c’était douze et je n’avais que mon billet rouge. Triste histoire.

Avant ça, quand même, il y avait OBN IIIs. Qui vaut le coup qu’on en parle ! En fait, j’étais venu surtout pour eux parce que ça tâche et que j’aime quand ça tâche. Bon, Chocolat leur a volé la vedette que je leur avait nonchalamment attribuée, vous l’aurez compris, mais j’ai quand même bien trippé avec le gang de punk garage. Directes et brutes, leur compositions tiennent autant des Stooges les plus violents que du hard-rock de la fin des années 70. J’ai pensé à Airbourne qui serait resté coincé dans un hangar en tôle en plein soleil pendant quelques jours, et bien sûr à la récente scène garage californienne, même si ici on ne retrouve pas le côté surf music d’un Ty Seagall ou Thee Oh Sees par exemple. Batterie binaire et pressée, grosse distorsion et hurlements urgents. Enfin, c’est toujours difficile de trouver des points d’ancrages pour ce genre de groupes, ça ressemble à beaucoup de chose mais quand il s’agit de mettre des noms, c’est plus difficile. Pour résumer, c’est du punk assez lourd. D’après moi. Le blond chanteur à guitare est un vrai boute-en-train, il mène sa barque d’une main de fer et est même assez impertinents de temps en temps. Il n’hésite pas à se foutre de la gueule du public qui ne comprend pas ses invectives et multiplie les attitudes défiantes typiques du fameux « rock’n’roll way of life ». Ça plait ou ça plait pas, en tout cas l’énergie est là et le show est à la hauteur de mes espérances. Deux beaux bordels ce soir, je reviendrais !

LA VIDÉO DU JOUR #81

dans ÉVÉNEMENTS/MUSIQUE

Si le beatmaker français de chez Banzaï Lab nous régale depuis maintenant un bon petit bout de temps de ses prods bien soignées et terriblement bien aiguisées, c’est par la sortie d’un clip que celui-ci s’illustre ici. Extrait de son album Let The Ghosts Sing sorti en 2014 chez Jarring Effects, le titre Siberian Vengeance est en effet passé sous contrôle d’Emilien Malaret du collectif parisien & bordelais Kloudbox qui l’a affublé d’un décor barré et plutôt exotique, à rebours du nom du titre. On y découvre, entre des images de désert ou de mobiliers urbains 3 bad girls à la recherche d’un certain Capitaine : le trip hop de l’artiste toulousain se prête parfaitement à ce trip halluciné dans laquelle nous plonge le vidéaste, juges-en par toi même :

 

 

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