Omerta, la marque bordelaise qui monte


LE TYPE est parti à la rencontre de Manuel, un jeune bordelais touche-à-tout. Il nous présente son dernier projet : Omerta, la jeune marque qu’il développe et que vous avez peut-être déjà dû apercevoir sans vous en rendre compte, dans les rues de Bordeaux. Mais on en a également profité pour parler rap, Afrique, sneakers… Il nous a reçu dans son home studio pour une interview détendue.

 

 

Le rappeur Joke avec un tee-shirt Omerta

Le rappeur Joke avec un tee-shirt Omerta

Tu peux te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Manuel, mon blaze c’est Galman, je suis étudiant en M2 dynamiques africaines (Université Bordeaux Montaigne, ndlr) et je fais du rap depuis 2008.

Comment est née l’idée de la marque ?

Ça a commencé en 2013. En fait, quand je m’ennuyais en cours, je dessinais des sortes de masques africains, puis un jour je me suis dit pourquoi pas les mettre sur des tee-shirts.
Au départ ce n’était que pour moi, mais pas mal de gens ont kiffé. Du coup j’ai commencé à vendre mes premiers tee-shirts et sweat-shirts. Puis en septembre 2013 j’ai sorti un maxi qui, à l’origine, devait s’appeler « Pour les braves » mais que j’ai finalement renommé « Omerta » avec sur la pochette le fameux masque africain.

Pourquoi avoir choisi comme nom « Omerta » pour ta marque d’ailleurs ?

Omerta, c’est la loi du silence, en règle général les gens ont tendance à l’assimiler directement à la mafia. Mais au delà de ça, cela renvoi aux hommes humbles, qui ne parlent pas trop, n’en font pas trop, mais qui ont une parole et j’aime ça.

Et pourquoi ce symbole ?

Parce que j’aime l’art africain. J’aime aussi la notion de symétrie puis c’est assez facile à réaliser, pas besoin d’être bon dessinateur.

Ça nous amène forcément à parler de ton rapport à l’Afrique qui est fort il me semble ?

Évidemment. Déjà quand j’étais petit j’ai habité deux ans à Djibouti puis j’ai eu l’occasion de partir en Gambie et au Sénégal en 2012. J’ai été en Algérie aussi. Puis, même en France, j’ai toujours grandi avec pleins de gens originaire d’Afrique autour de moi.

T’as tourné pas mal de clips dans le monde entier, c’est important pour toi les voyages dans ton processus créatif ?

Pas tout à fait dans le monde entier (rires), dans différents pays européens et en Algérie aussi. C’est sûr que ça ouvre l’esprit, et permet de voir d’autres choses. Après ça m’influence davantage quand j’écris des textes que dans le textile. Aller dans d’autres pays pour le textile c’est plus pour le côté business (rires).

On va revenir sur ça t’inquiètes (rires). L’univers de la marque, comment tu le décrirais ?

Streetwear, hip hop c’est sûr.

Quelles marques t’ont influencé ?

Quand j’étais petit je portais du COM8 et 2 High en marques françaises (rires). Puis quelques trucs américains parce que mon frère portais du Karl Kani, du Ecko, du G unit aussi, … Après mes marques favorites c’est Nike, Lacoste, Adidas, Reebok, Clarks pour les chaussures. En jeans je porte du Carhartt. Et sinon Kangol je kiffe aussi.

Omerta est une très jeune marque encore, est-ce que tu envisages de la déposer ?

J’ai fait la demande en Août 2014 puis six mois après c’était fait. Du coup, elle est déposée nationalement.

Pour l’instant l’approche marketing de ta marque est hyper underground. Du bouche-à-oreille pour la promo et un petit message facebook quand on veut passer une commande. Tu comptes déposer dans des dépôts vente ou des shops, ou tu préfères garder cet esprit ?

Non franchement je te cache pas que j’aimerais bien en déposer dans des boutiques. Mais j’ai envie de faire les choses dans l’ordre, je n’ai pas envie de me précipiter. Si t’arrives avec un projet sérieux ça devrait pas poser de problème je pense.

Médine avec un tee-shirt Omerta

Médine avec un tee-shirt Omerta

Faisons un peu de fiction. Si un jour t’ouvres ton propre shop, ce que je te souhaite, quel album tournerait en boucle ?

(Rires et hésitation) Euh … « All Eyes On Me » de 2Pac, c’est un très bon double CD ça te tient assez longtemps comme ça !

Les visuels sont souvent les mêmes, tu comptes partir sur de nouveaux trucs ?

Pour l’instant les clients ne s’en lassent pas donc je compte vendre un maximum ça pour que le logo reste en tête ! Après, je réfléchis plus à des nouveaux imprimés style tissus africains, treillis, … Mais j’ai pensé aussi à faire un tee-shirt ou un sweat avec une vingtaine de petits masques africains différents.

J’ai l’impression que la clientèle est exclusivement masculine. J’ai faux ?

J’ai vendu à des filles quand même ! Quand j’étais en Angleterre, pour mon année Erasmus, j’ai vendu à pas mal de filles, à plus de filles que de mecs d’ailleurs ! Après quand tu fais du streetwear c’est pas évident de toucher une clientèle féminine mais je suis pas contre du tout. Là je vais d’ailleurs passer une commande de débardeurs pour pouvoir faire des modèles filles pour cet été.

Tu comptes élargir ta gamme de produits ?

Avec l’été je compte surtout pas mal développer les casquettes. Puis je vais surtout passer entièrement à la broderie parce que pour le moment c’est quasi exclusivement du flocage avec seulement un peu de broderie.

T’es made in France ?

Au tout début, pour les prototypes, j’étais à XL Impression (shop bordelais qui personnalise des vêtements, ndlr). Puis quand je suis parti en Angleterre, j’ai trouvé un super plan donc j’ai énormément produit. Quand je suis rentré à Bordeaux j’ai un peu produit ici, mais quand t’as connu les prix anglais même avec les frais de port c’est plus intéressant de produire là bas. Encore plus pour la broderie où t’as plein de coûts supplémentaires comme le set up où ils informatisent ton logo… Donc pour le moment je reste en Angleterre, faut peut-être que j’approfondisse mes recherches sur Bordeaux … Dernièrement j’ai démarché toutes les boîtes d’impression de Bordeaux mais en plus des prix élevés, tu peux être mal reçu en tant que jeune qui a une marque streetwear en plus.

Si dans le rap beaucoup se lancent dans la mode, c’est parce que ce dernier n’est devenu qu’un business où chacun vient chercher sa paye ?

Dans le hip hop déjà c’est hyper lié quand même vêtements et musique. Bon après c’est vrai qu’avec la crise de l’industrie du disque, l’artiste se dit que lancer sa marque ça lui assure un revenu supplémentaire. Je ne crache pas dessus, sur ce côté business, c’est normal. Tout travail mérite salaire. Mais attention je ne suis pas dans l’esprit « faire de l’argent faire de l’argent ». Pour le moment je suis dans la diffusion j’ai juste envie que ça me rembourse ce que j’ai investi, plus du bénéfice qui puisse me permettre de réinvestir.

En ce moment on remarque le retour de sneakers mythiques comme la Stan Smith, la Superstar, la Suede et récemment il y a eu une réédition de la Cortez (celle de 1972 et qu’on peut apercevoir dans Forrest Gump). Le retour de tous ces classiques, une bonne chose ?

Ca dépend comment tu vois les choses. Moi perso j’aime porter des choses que personne n’a. Par exemple, j’ai une paire de Stan Smith depuis longtemps (mais également de Cortez, ndlr) mais depuis que tout le monde la porte je la mets moins. En plus il y a pas mal de chaussures qui sont identitaires, comme les Stan, les Superstars, les Air Max, les TN, les Timberland boots ou même les Clarks wallabees donc ça peut soûler quand tout le monde les porte… Mais bon au final ce n’est pas une si mauvaise chose que ça. Ce sont de belles chaussures et baskets donc ça fait plaisir que les gens les portent. Ce qui est dommage c’est plus l’effet de mode. Par exemple, la Stan Smith c’est une paire intemporelle. Pourtant dans trois ans si tu les portes beaucoup de gens vont te dire que t’es en retard alors que pour moi c’est une chaussure indémodable.

J’ai l’impression que la mode est un outil de melting pot social qui, par l’avoir, nous permet d’obtenir une partie ce que l’on n’est pas. Par exemple, dans les années 90 des marques plutôt élitistes comme Ralph Lauren ou Lacoste étaient, respectivement aux USA et en France, principalement portés par des rappeurs originaires de classes populaires. Dans l’autre sens, aujourd’hui, la sneakers, accessoire plutôt street, entre dans le vestiaire des catégories sociales favorisées. Ton avis sur la fonction sociale de la mode ?

C’est un truc de fou. Surtout à Bordeaux qui est une ville bourgeoise. Tout le monde fait attention à soi. Ce qui est marrant c’est quand tu te promènes tu peux voir deux personnes, de milieux complètement opposés, habillés exactement pareil !

D’ailleurs ta marque est portée par qui comme public ?

Franchement un peu tout le monde (étudiants, jeunes de quartier, rappeurs, breakers aussi). Il n’y a pas un public particulier. Ce qui est bien avec ma marque c’est que tu peux la porter de plusieurs manières, street mais pas obligatoirement. Il n’y a pas longtemps j’ai même sponsorisé une équipe de foot universitaire aussi par exemple !

Plutôt rap ou plutôt Omerta alors ?

Quelle question ! Honnêtement je fais mes études je prétends ni de vivre du rap ni de ma marque. Mais à choisir si t’es pas bête tu choisis la marque parce que le rap ne paye pas. En gros ça fait sept ans que je fais du rap et un an et demi pour ma marque, mais je me suis fait cent fois plus de thunes avec Omerta.

Justement parlons rap un peu pour finir, t’as des projets en ce moment ?

Là j’enregistre pas mal de sons. Je vais en balancer une fois toutes les 2 semaines, petit à petit. Puis en 2015 je vais sortir un maxi encore.

Tes influences en musique ?

Principalement du rap mais je kiffe le funk, la soul. Le funk j’aime vraiment, ça rend joyeux (rires) en plus c’est hyper lié au rap.

Un (des) album(s) que t’as kiffé dernièrement ?

Lino il a des lyrics de fou même si je n’ai pas trop aimé les prods, Guizmo, Demi portion qui a sorti un truc récemment. Ali de Lunatic aussi qui revient. Et en américain Joey Bada$$ bien sûr même s’il aurait pu faire mieux. C’est un bon album, mais il ne s’est pas donné à fond sûrement, mais il a le temps, il est jeune.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour le futur ?

De développer ma marque à fond et de toucher un maximum de gens avec ma musique aussi.

Merci à toi Manu et bonne continuation !

Le rappeur Alpha Wann du collectif L'entourage avec un tee-shirt Omerta

Le rappeur Alpha Wann du collectif L’entourage avec un tee-shirt Omerta

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Lien de téléchargement du Maxi : Galman x Malcom – D’Ordinaire :
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