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février 14, 2015

LE TYPE JOUE #1 : Don’t Starve

dans ART ET CRÉATION

« Le jeu vidéo est un art. Il nous transpose dans des univers oniriques, parfois monstrueux et repoussants, régulièrement enchanteurs et magiques. Le média vidéoludique nous fait vivre des aventures palpitantes qui marquent à jamais et laissent un souvenir impérissable. De temps en temps, un de ces jeux nous transcende et procure des sensations insoupçonnées. Parfois, un titre particulier utilise des mécanismes ou des concepts qui transforment l’expérience du joueur en quelque chose de très spécial. Bienvenue dans le monde de Don’t Starve. » Ashtor- Jeux video.com

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Il existe deux types de jeux vidéo ; ceux qui vous guident et qui vous permettent d’aller juqu’au bout, et puis on a les autres. Et c’est précisément là que Don’t starve peut jouer un rôle formidable. Sorti sur PC en 2013 et produit par le studio indépendant Klei, ce jeu vous fait incarner Wilson, un scientifique qui, lors d’une expérience, s’est trouvé jeté dans un monde à l’état sauvage, avec pour seule indication : « Don’t starve »

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Le plus inattendu, c’est que ce jeu est totalement addictif. En effet, son gameplay nous attire vers de nombreuses expériences qui, quand celles-ci s’avèrent réussites, nous récompense en améliorant notre confort. Dans le cas inverse, la sanction est sans appel : la mort. Cela peut paraître dur (et puis ce n’est qu’un jeu tout de même), pourtant cette sanction se montre clémente, puisqu’elle nous permet de gagner de l’expérience en nous donnant accès à d’autres personnages aux caractéristiques diverses et pouvant être fort utiles au sein de notre aventure.

Outre sa direction artistique inspirée de Burton, Don’t starve nous réserve bien des surprises. L’apport prochain d’un mode multijoueur ne pourrait que l’enrichir en mettant à l’épreuve nos compétences d’organisation.

Disponible sur Steam
14.99€

A voir ou A revoir #1 : Snowpiercer

dans ÉVÉNEMENTS

2H de film et un bilan qui est sans appel : Snowpiercer est un drame futuriste captivant emmené par un scénario achevé, une mise en scène raffinée et un casting impeccable (Et le Type modère ses propos) !

Le Pitch

Dans un futur proche, après une nouvelle ère glacière, le reste de l’humanité est entassé dans un train à l’image d’une arche de Noé devenue l’unique façon de survivre. Les classes et la hiérarchie sociales ont repris place. Autrement dit, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et certains en ont ras-le-bol. Ça va castagner dur.

Bande-annonce (Un conseil : Si vous n’avez pas encore vu le film, ne cliquez pas sur lecture)

Comment définir ce film en un mot : une claque !

Une claque reçue à chaque wagon du film. Des wagons qui pourraient s’apparenter à un découpage sous forme de chapitres. Une claque aussi inattendue dans l’esthétique des décors que dans le comportement des résidents du train. Ces ingrédients provoquent un sensible décalage avec l’univers dévoilé dans les chapitres précédents.

C’est ce séquençage qui crée un What The Fuck et nous accroche plus intensément à mesure que la narration se déploie. Et même si l’on se doute progressivement que le dénouement ne correspondra pas à nos attentes, on se maintient à ce train qui file à tout allure. Le mérite en revient aux multiples rebondissements qui entrechoquent nos idées préconçues de spectateur.

C’est à l’arrière qu’on gueule le plus fort ! (SPOILER : n’en lisez pas plus si vous n’avez pas encore vu le film)

On peut également déceler dans ce drame/Sci-Fi un parallèle ou une critique de notre société en quelques points (cela n’engage que moi). En somme une fiction plus vraisemblable qu’elle n’y paraît. Passons en revue ces différents éléments :
– De moins en moins de ressources pour plus d’humains sur Terre
Un décalage social et une misère qui s’accroît, contribuant à former un sentiment d’injustice, de frustration, et l’envie de tout risquer jusqu’a sa propre vie pour passer ce mur à la fois physique et moral
–  Les excès et les pêchés apparaissent naturellement dans la société, et la citation d’Alfred De Musset  – « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » – semble inhérente à l’être humain : ivresse de pouvoir, de leadership, de drogue, d’alcool…
–  Un pouvoir « militaire » bien présent et permettant de conserver l’ordre, même s’il faut pour cela frapper sur les plus démunis

Il s’agit du dernier film américano-franco-tchèque-coréen (c’est possible) du coréen Bong Joon-Ho (Memories of murder, The Host, Mother), adapté de la BD française éponyme des années 80.

On constate ici les qualités indéniables du réalisateur, notamment concernant le travail des couleurs et des plans qui donnent sa personnalité et son rythme au film. Celui-ci débute sur des couleurs relativement absentes pour en être de plus en plus garni tout au long des péripéties. Concernant les angles de caméra, on remarque le choix pertinent du travelling latéral qui accentue la notion d’avancée physique et narrative des personnages.

Une utopie pas si insensée que cela

Afin d’éviter tout outrage de tomber sous le coup des insultes et de recevoir des lettres de menaces avant d’être obligé de terminer ma vie sous un nom d’emprunt dans un programme de type service de protection des témoins… il m’est nécessaire de restituer le contexte du film.

En effet, si on réfléchit quelques instants : pourrait-on vivre en société sans hiérarchie sociale ? Là où tout le monde aurait accès aux mêmes ressources et aurait les mêmes libertés ? Est-il possible de concevoir cela, tout en sachant que ces mêmes ressources se font de plus en plus rares ?

En parlant de raréfaction, on remarque que Marlboro a réussi à placer avec délicatesse  un paquet de cigarettes face caméra et dans les dialogues. Un exploit qui n’est pas anodin quand on sait que le « monde » tel qu’on le connaît est mort depuis des années et que même le goût du steak a disparu de nos papilles. C’est bien la preuve scientifique que le tabac est plus résistant et fidèle que les bovins pourtant tenaces.

Gilliam (joué par John Hurt) : “Jesus, Marlboro Lights? I can’t believe it. Cigarettes have been extinct for more than 10 years now”
Gilliam (joué par John Hurt) : “Jesus, Marlboro Lights? I can’t believe it. Cigarettes have been extinct for more than 10 years now”

Revenons à nos moutons. En supplément des ressources nutritives, l’espace vivable s’est lui aussi amoindri et l’humanité s’est entassée dans un train pour survivre. Nous pouvons également nous demander s’il aurait pu exister une organisation naturelle, une équité, un respect mutuel sans avoir recours à une certaine forme de pouvoir… Ici, l’ordre et la mécanique du train restent maintenus jusqu’à ce que les plus opprimés du système en décident autrement.

Une once de reconnaissance d’avoir été sauvés et accueillis à bord de cette locomotive ? Que nenni ! Un mouvement de rebellion et d’ingratitude a prit place parmi ces résidents de l’arrière, qui représentent les plus démunis, en opposition avec la tête du train qui est le commandement et pouvoir absolu. Bien qu’à première vue ils cherchent à se révolter car méprisés et livrés à la misère, les principaux acteurs cherchent en majorité à poursuivre des intérêts qu’on pourrait qualifier de personnels : retrouver ses enfants kidnappés pour des raisons obscures, obtenir des réponses sur le What The Fuck ambiant, sniffer suffisamment de drogue pour un aller/simple sur Pluton, ou encore chercher une échappatoire.

Conclusion

En définitive, Snowpiercer nous étale une critique de notre société de consommation, de notre faculté à chercher le bonheur dans le matérialisme, et du combat des plus démunis pour simplement survivre. Il en ressort l’aspect le plus sombre, égoïste et animal de l’homme, entrelacé d’espoir et de liberté.

Note : 8/10.  Jouissif et exultoire ! Un film à consommer sans modération.

**

Dans le même genre :

Elysium (2013) pour… la lutte des classes et des inégalités dans un monde futuriste
Dawn of the planet of the apes (2014) pour… l’art de vivre en communauté dans un univers post-apocalyptique
L’armée des morts (2004) / Zombie (1978) pour… l’apologie du consumérisme jusqu’à notre dernier souffle (prend ça Marlboro !)

Motorama – Poverty

dans MUSIQUE

C’est frais, c’est carré, c’est noir, c’est mignon, ça sautille et ça vibre. C’est le nouvel album de Motorama. Le troisième album, pour être précis : Poverty. Je vous passe l’historique complet du groupe, mais disons que ces quatre gaillards font de la new-wave (ou du post-punk, allez savoir…) depuis 2005. Ils sont russes. Mais ils chantent en anglais.

Formation classique pour ce genre de sucrerie : un clavier plutôt sombre sur une batterie en mode boîte à rythme, effet de reverb sur la guitare et peut-être même un peu sur la basse. Grosses lignes de basses d’ailleurs, en parfaite adéquation avec la batterie, très sèche. Le principal est là : ça swingue ! Parce que c’est de la musique qui trépigne, monsieur. Les neuf chansons se suivent et se ressemblent en s’étalant sur une petite demi-heure. Le calcul est vite fait, elles sont compactes et robustes. Robustes, oui. Ça tient la route, quoi. C’est dans l’ensemble très (trop ?) cohérent et on se fait plaisir. Quelques temps faibles, bien sûr, à commencer par… le commencement. L’ouverture est, d’après moi, le titre le plus dispensable, mais ne t’arrête pas là, le plus dur est fait. En effet, Dispersed Energy, premier candidat sérieux, est excellent. Simple mais envoûtant. C’est léger, le clavier se pose en douceur dans tes oreilles, et pourtant, ça tambourine derrière. Numéro 3 et numéro 4 ouvrent un flanc plus pop, tout en mélodie guitaristique, et c’est agréable. En charnière : Impractical Advice. Insipide. Si j’ai un conseil à te donner, mon ami, c’est d’appuyer sur la double flèche à droite, voilà le deuxième flop. C’est le dernier, rassure toi la deuxième mi-temps est de qualité.

Arborant fièrement le numéro 6, on trouve Lottery et sa batterie rentre-toi-ça-dans-le-crâne. Elle porte ce joli morceau de A à Z, ça me plait bien. Ah, Old et son incantation sauvage ! On piétine au couplet, pour mieux se décoiffer sur le refrain. La meilleure construction de l’album. Peut-être pas la plus belle ni la plus sophistiqué, mais ma préférée. Et voilà déjà Similar Way, plus sombre, au rythme bancal, une histoire sympathique. On termine avec Write To Me : on lâche ses cheveux et on apprécie la sourde énergie de ce truc : très peu de variations instrumentales et une jolie mélodie au chant.

Verdict : trente minutes qui ne sont pas perdues. Un album honnête qui se laisse écouter sans faire d’histoire malgré le manque de richesse des chansons en général. Mais si elles sont simples, elles sont efficaces. Un compromis classique. Du plaisir instantané, et vite oublié si je n’étais pas allé voir Motorama en live. Parce que là –– c’était différent.

It Follows, le nouveau bijou du film d’horreur

dans ÉVÉNEMENTS
Capture d'écran de la bande-annonce d'It Follows

Coqueluche des festivals de ces derniers mois, It Follows affronte les salles depuis le 4 février. Entre jeu sur les codes du film d’horreur et esthétique impeccable, le deuxième long métrage de David Robert Mitchell s’en sort avec brio.

Des airs de road movie adolescent

Une jeune fille en minishort gris et talons rouges. Au milieu d’une aire résidentielle périurbaine typique des Etats-Unis, elle court. Ou plutôt, elle fuit. Sur fond de musique angoissante à la sauce électro, elle prend son sac, sa caisse, et trace sa route. Quelque chose la suit. Ça a forme humaine mais ça se transforme à chaque nouvelle apparition. Ça marche lentement, mais ça peut tuer, violer, briser des vitres et démolir des portes. Ça fait peur, c’est invisible aux yeux des autres, et ça rappelle méchamment une créature de Stephen King.

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Comme la jeune fille de cette superbe scène d’ouverture, Jay hérite de la malédiction. La raison ? Le sexe. Son copain lui a refilé une sorte de forme ultime de MST. Elle peut coucher avec un autre pour s’en débarrasser, mais jamais définitivement : quand ça aura tué le jeune homme en question, ça reviendra pour elle, inlassablement. La jolie blonde doit alors se persuader de la réalité de la malédiction, en convaincre sa bande de potes, et prendre le volant pour fuir la chose le plus loin possible, gratifiant le spectateur de quelques scènes de road movie adolescent aux airs de Stand By Me.

Un jeu sur les codes du film d’horreur

Certaines scènes sont effectivement très réussies et ont une valeur en soi, indépendamment du genre horrifique. La mise en scène est splendide, le cadre soigné et très coloré, et la photographie magnifique. On est très loin des mises en scène précipitées et qui piquent les yeux auxquelles on a souvent droit dans les films d’horreur. Jouant avec les couleurs, Mitchell fait s’opposer le rouge du vernis, d’un livre, d’un ballon, des sièges de cinéma, au jaune des bâtiments et d’une robe.

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Le natif du Michigan s’amuse et joue aussi avec les codes du genre. La fameuse musique angoissante des moments fatidiques, il la moque et transforme la dimension déceptive du spectateur en rires. Le méchant du film, il apparaît autant sous la forme d’un géant terrifiant à la David Lynch que sous celle d’un type improbable, à poil sur un toit. On n’échappe toutefois pas au traditionnel et piteux scare jump ni à l’utilisation pas toujours judicieuse de la musique, mais face à l’état des sorties du genre de ces dernières années, on passera volontiers sur ces quelques scories.

Après tout, c’est aussi et surtout en tant que film d’horreur qu’It Follows parvient à briller. Par des panoramiques à 360 degrés et des travellings circulaires rappelant le panoptique de Foucault, le spectateur vérifie sans cesse que la chose n’est pas dans les parages et s’imprègne ainsi de la parano de Jay. Par des plans moyens de personnages dans des pièces confinées, sa claustrophobie s’accroît. Et il assiste par là même à un très bon film d’horreur ; esthétique et irrévérencieux envers le genre, mais surtout angoissant et jouissif.

Défilé Franck Sorbier – Haute couture printemps-été 2015

dans ART ET CRÉATION

La présentation Haute Couture printemps-été 2015 de Franck Sorbier a eu lieu le mercredi 28 janvier, au magnifique Oratoire du Louvre, à Paris. Franck Sorbier est aujourd’hui un créateur reconnu depuis plusieurs années dans le monde de la mode. Il a su innover depuis les débuts de sa maison de couture, que cela soit en 2008 avec une présentation virtuelle de son défilé ou par l’accessibilité de ses défilés, moyennant des frais pour la fondation Franck Sorbier. Fondation qui l’aide à créer ses collections. 

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Franck Sorbier Haute Couture – Photo : Piero Biasion

Arrivés devant l’imposant bâtiment, les gens commencent à se bousculer pour rentrer dans l’Oratoire, temple protestant de la rue Saint Honoré, où va se dérouler le défilé du poétique Franck Sorbier. Une fois à l’intérieur, on observe un lieu fort en caractère ; on s’attend à ce que Monsieur Sorbier nous surprenne une nouvelle fois, lui qui a tellement l’habitude de présenter des défilés toujours plus originaux et surprenants au fil des saisons, par exemple au défilé Haute-Couture Printemps-Été 2014, avec cette immense silhouette en osier.

Ce défilé, le créateur a choisi de le nommer « Pirate » en hommage à son inséparable, disparu quelques mois auparavant, après 14 ans de présence aux côtés de Franck Sorbier. Ce dernier est aussi connu pour sa passion pour les oiseaux, très présents, au sein de l’atelier de la maison Sorbier. Le défilé rend donc hommage à cet oiseau, que ce soit par le choix de la musique ou encore de la sélection des matières, telles que la dentelle dont raffolait le petit volatile.

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Franck Sorbier Haute Couture – Photo : Piero Biasion

Rapidement, les invités prennent place dans le temple, des bulles de savon commencent à voler gracieusement depuis le plafond, les notes de musiques démarrent, une fumée étrange s’étend peu à peu sur le sol, le défilé Sorbier peut commencer.

La première silhouette arrive doucement sous cette pluie de bulles. C’est une robe longue et noire qui fait son apparition, comme une représentation du deuil. Viennent par la suite des robes très lumineuses et angéliques, d’un blanc éclatant. Les robes se succèdent, il y a du drapé et des dos nus. On assiste à un bal entre la légèreté des robes de mousseline et des robes au bustier presque sculptée.

Au fur et  à mesure, le créateur nous dévoile des robes plus colorées les unes que les autres. On se délecte de délicates broderies qui ornent les bustiers, montrant le savoir-faire de Franck Sorbier.

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Franck Sorbier Haute Couture – Photo : Piero Biasion

Le défilé se clôt en beauté, avec une représentation moderne d’une mariée vêtue d’une délicate robe en dentelle accompagnée d’un panty. Le public est conquis, Franck Sorbier nous a emporté dans un merveilleux voyage, plein de magie. Une présentation remplie d’imagination comme il sait si bien le faire depuis des décennies et qui prouve encore une fois son talent. Rappelons que Franck Sorbier est le premier couturier à avoir obtenu le titre de maître d’art en 2010.

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