Survivant - Chuck Palahniuk

« Survivant » de Chuck Palahniuk


Lorsqu’il paraît en 1999 Survivant met Chuck Palahniuk face à l’inévitable défi sur la route de chaque auteur rédigeant son second roman : le difficile et redouté test de la confirmation. Car même si là tout de suite son nom ne vous dit rien, il y a de fortes chances pour que vous connaissiez déjà son premier ouvrage. Peut être même avez-vous visionné, et plusieurs fois qui plus est, l’adaptation sur grand écran. Oui, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec Fight Club, Chuck Palahniuk avez fait une apparition remarquée dans le monde de l’édition. Avec Survivant, il récidive et prouve qu’en fait, pour lui, l’obstacle de la seconde parution n’est qu’une chimère.

Ce qu’il y a de vraiment bien avec Survivant, c’est avant tout son parti pris narratif. Ce roman s’ouvre à la page 365 par le chapitre 47. Par la suite, ce thriller égraine son récit tel un compte-à-rebours. L’action commence et s’achève avec les paroles d’un individu de sexe masculin ayant détourné un avion mais dorénavant seul à bord et qui décide de conter sa vie à l’enregistreur de vol de l’appareil. Son idée étant qu’une fois produit l’inévitable crash, les autorité mettront la main sur ses confessions contenues dans la bobine métallique, archive permanente de la boîte noire. Ainsi, chapitre après chapitre, le lecteur découvre par le détail tout ce qui aura mal tourné dans l’existence du personnage principal.

Ce roman est extrêmement jouissif dans la mesure où le plaisir de lecture va crescendo tandis que l’on avance dans l’histoire. Durant les premiers chapitres, on ressent une certaine frustration alors que l’on est propulsé dans la situation initiale et le quotidien du héros, avant que tout dans sa vie ne parte en vrille. On ne cesse de se demander pourquoi son existence et ses manières d’être et d’agir sont étranges et se situent au-delà de la norme. Néanmoins, à mesure que le témoignage se déploie et que l’on en apprend davantage sur lui (qui il est, d’où il vient, quelle a été son éducation, pourquoi les choses ont-elles mal tourné), l’ensemble prend forme et l’on est comme happé par le besoin d’en savoir toujours plus.

Même si ce roman est globalement bon, plusieurs points noirs émergent. Au premier rang desquels qu’il ne soit guère aisé de rentrer dans l’histoire. De plus, le style de Palahniuk, à la fois rythmé et saccadé, peut paraître brouillon et déplaire. Néanmoins, l’auteur fait montre d’une imagination incroyable ainsi que d’un sens du détail extrêmement poussé. Survivant est provoquant à souhait, parfois dérangeant, propose une atmosphère teintée de cynisme et distille une bonne dose d’humour noire tandis que les personnages secondaires émaillant l’existence du héros sont excellents (notamment l’assistance sociale et l’agent).

En fin de compte, Survivant, en plus d’être un roman de qualité, développe un certain nombre de réflexions parmi lesquelles la thématique de l’individu confronté à la société de la consommation, celle de la question de la célébrité et de la perfection ou encore la manière dont des règles artificielles régissent nos existences.

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