American Psycho


Avant d’être un film à la qualité douteuse et perturbante, American Psycho est un bouquin plus que fabuleux. En effet, malgré une performance excellente de Christian Bale, le film n’est pas tout à fait au même niveau que le roman de Bret Easton Ellis.

A-P

Patrick Bateman est un jeune homme de 27 ans, qui représente à merveille la réussite à l’américaine. Il est beau, terriblement charmant. Il est riche, a un boulot confortable, un appartement immense en plein centre ville et il a une femme, une maîtresse, bref sa vie fait rêver tous les hommes. Il a tout, même ce petit déséquilibre caractéristique du golden boy. Sauf que ce tout ne remplit pas le vide de la solitude. Et son petit déséquilibre est devenu un gros problème. Car sa solitude le bouffe, lui ronge l’esprit. Du coup il se drogue, et petit détail, il viole, torture, tue des prostituées, des conquêtes quelconques, des escort girls, des clodos, pour se marrer. C’est là, précisément, que le petit déséquilibre devient un gros problème.

Mais le pire reste à venir. Il aime ça, il s’en vante ouvertement. Il parle avec aisance de ses meurtres et personne ne réagit, comme si personne ne l’écoutait vraiment. Pourtant ils l’entendent.

« – Oh regardez qui est au bar là bas, c’est pas cette mannequin de chez Zaphir, la nouvelle égérie là?

 – Alors là mon vieux tu délires complètement, t’as changé de coco? C’est Machine de chez Truc!

-Pas du tout les gars, c’est Chose, pas Machine et elle est chez pas chez Truc ?

-Ah certainement pas.

Pendant qu’ils débattaient honteusement sur cette Cindy, Cathy peut-être, j’étudiais la créature. Elle était blonde et grande. Mince. Elle portait des talons noirs de chez Rossi. Des collants noirs très fins et une robe échancrée sur le devant de chez Dior. Deux petits boutons dorés à chaque manches. Des bracelets et un collier, tous dorés, argentés, diamantés, en veux-tu en voilà. Pour finir, une petite pochette noire et dorée aussi, de chez Gucci. Une vraie salope dans laquelle j’aimerais fourrer ma queue dans tous les trous.

– Et toi Pat tu sais qui c’est?

-Tout ce que je sais, c’est que j’aimerais dépecer vivante cette pouffiasse décolorée et boire son sang.

-Mais ça on le sait déjà Pat, mon dieu, ce mec est chiant, à croire qu’il ne nous écoute jamais. »

 

Voilà l’ennui que l’on peut rencontrer en lisant ce livre. Ce bouquin rend fou. Bien que la folie soit monnaie courante pour celui qui écrit ces quelques lignes, à la lecture de ce livre il en est devenu dément. Car généralement, en refermant le roman, le lecteur se découvre alors une bonne dizaine de symptômes du psychopathe.

AP

Ce bouquin, ce chef d’oeuvre, renferme une vérité bien plus criante. Certes le protagoniste principal est un dangereux psychopathe, mais on se rend compte, au fur et à mesure des pages, que ce n’est pas le plus grand mal de notre société. Et si être psychopathe voulait seulement dire être humain, avoir des sentiments mais les révulser très profondément, pour appartenir au monde plat et apocalyptique dans lequel nous tentons de survivre. Et si le plus grand mal de notre espèce n’était pas la psychopathie (ou la sociopathie pour les cas plus légers), mais l’ignorance et le déni. Et si c’était la société qui, à force de rejeter et d’ignorer notre anti-héros, avait fabriqué un « monstre ». Car le leitmotiv principal du livre est, mis à part le crime, l’appartenance. Le léviathan de la solitude a pris une place bien plus grande que la peur sociétale de la justice. La nature reprend ses droits.

Une merveille signée Bret Easton Ellis.

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